Lundi 6 juillet 2009

                          
      


LA LIBERTE EN MOUVEMENT


          "
Si bas que soient tombées les lois sous la puissance d'un seul, si intimidée que puisse être la liberté, tôt ou tard, elles se relèvent et percent, ou par de muettes protestations, ou par le scrutin secret des élections.
          La liberté qui fut un moment suspendue nous mord plus fortement au coeur que la liberté qui n'a jamais été perdue
."
                                                                      
Cicéron, Des devoirs

          L'aspiration à la liberté est une lame de fond que rien ni personne ne peut endiguer. La liberté en mouvement est indomptable. 
          Pour les autocrates, les apprentis autocrtes, présents ou à venir ... A méditer.
 







Par Tidiane Diakite - Publié dans : POLITIQUE
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Dimanche 28 juin 2009


     LES PREALABLES DU VOTE DEMOCRATIQUE :
      LA PRESIDENTIELLE GABONAISE

                    

             Puisque le parti qui incarne l'opposition gabonaise est celui qui réclame le report de l'élection présidentielle a pour nom "Union Gabonaise pour la Démocratie", il va sans dire qu'il est bien instruit de ces règles et qu'au pouvoir demain, ou dans l'opposition aujourd'hui, il veillera à leur sticte application.
        
      L'opposition gabonaise réclame un délai de cinq à six mois pour organiser l'élection présidentielle après la mort d'Omar Bongo. Seule façon selon elle de parvenir à "une élection libre, transparente et crédible", alors que la Constitution du pays prévoit un délai maximum de 45 jours après la prise de fonction du président par intérim. Ce  report est préférable au "cafouillage" ou à l'imbroglio.
             Ce souhait est en soi un signe de lucidité et de bon sens. Bien des
Constitutions africaines sont calquées sur celle de l'ancienne métropole, du moins dans la formulation des mots. Or les réalités sont bien différentes. Dans nombre de pays d'Afrique, on va aux élections comme à la foire. Les préalables incontournables qui garantissent la régularité et la validité du vote font défaut ; sans compter le financement de l'organisation des élections.
              - S'assure-t-on avant le vote de l'existence effecive de
listes électorales fiables, à jour ?
              - Sait-on le nombre d'électeurs potentiels inscrits ?
              - Sait-on le nombre de
bureaux de vote, de bulletins imprimés ?
              - Sait-on le nombre et la qualité des urnes ?
              - S'assure-t-on que les
isoloirs sont rigoureu- sement aménagés ?
                
               Autant d'éléments parmi ceux qui fondent le vote démocratique.  Cette rigueur dans la prévision et l'exécution induit justice, transparence, respect des électeurs et des candidats, le tout antinomique de contestation, de désordre et de violence. Bien des contestations postélectorales en Afrique proviennent de ces défaillances possibles.
               La
démocratie a ses règles dont l'apprentissage et le respect s'imposent. Le vote ne s'improvise pas. Il est l'aboutissement d'une organisation, avec en amont, recherche, précision, rigueur, sens de l'étique ; tout le contraire de l'amateurisme. 
               Le
mot ne fait pas le démocrate. On ne peut être démocrate en ignorant ou en bafouant sciemment les règles de la démocratie.

                                                        
             

Par Tidiane Diakite - Publié dans : POLITIQUE
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Dimanche 21 juin 2009

                                      


LE GABON ENTRE REDEMPTION ET REGRESSION

               La succession du "Président-Monarque" Omar Bongo sera-t-elle une simple formalité dynastique qui voit le fils succéder au père, ou le signal d'une rupture avec les moeurs largement partagées sur le continent, où la Constitution est taillée à la mesure (et selon le bon vouloir) du chef, et où le fils, adoubé dès la naissance, enjambe le texte fondamental de la nation pour se hisser au sommet de l'Etat, comme au Togo ou en République (dite) Démocratique du Congo ?
               Cette succession sera-t-elle une investiture dynastique ou au contraire l'éveil de la Démocratie où le chef de l'Etat est issu du suffrage honnête des citoyens ?
                Il est temps que l'Afrique donne des gages en ce sens et qu'enfin, la majorité des citoyens se reconnaisse, par le respect de son vote, dans un responsable politique de premier plan, à la tête bien faite et aux mains propres.
               En l'occurrence, les Gabonais, comme ailleurs en Afrique, sont en droit d'exiger que l'on donne aux vocables République, vote, démocratie, citoyens, leur sens véritable.
                Le cas du Gabon a valeur de test pour l'ensemble du continent. La Démocratie enfin ? C'est-à-dire le respect des citoyens, de leur personne, leurs droits, leurs biens, des biens de la nation ? L'Afrique a aujourd'hui besoin de justice et de vérité pour éviter la violence. Le respect ou non de ces valeurs fera que l'Afrique et les Africains seront respectés ou non.



Par Tidiane Diakite - Publié dans : POLITIQUE
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Samedi 20 juin 2009






               

                                                                                       

               LA CUISINE FRANÇAISE AU GOÛT DES ROIS AFRICAINS

              Le goût des Africains pour les produits français en général aux XVII et XVIIIe siècles trouve quelque reflet dans l'art culinaire ; car les souverains et dignitaires africains étaient souvent invités à la table des directeurs de Compagnies ou de forts et de capitaines français sur la côte africaine. Ces contacts furent le biais par lequel vinrent l'habitude et le goût de la cuisine française. Cela est attesté par maints témoignages tel celui d'André Brüe (représentant de la France au Sénégal) qui relate l'invitation à sa table du roi de Galam, Tonca Boucani (Sénégal) en juillet 1698. On y apprend que :

              
le repas comporta les mets ordinaires, plus l'eau-de-vie et du chocolat que le roi apprécia, avouant qu'il n'en avait jamais goûté.

             
Le même André Brüe reçut à déjeuner la principale femme du Brak (un roi du Sénégal) le 10 avril 1715 :

               On servit le déjeuner, c'est-à-dire de l'eau et du miel, des confitures et des biscuits de France, de l'eau-de-vie et du vin.

 

              Dans ce domaine comme dans bien d'autres, les rois et chefs ainsi que les grands marchands africains furent les premiers relais de la mode française parmi la population. Des Marchais (déjà cité) nous apprend ainsi que :

 

              Les seigneurs et les marchands ont fait apprendre la manière de faire la cuisine à leurs esclaves chez les Européens et qu'il y en a qui se sont rendus très habiles et qui font une soupe, un ragoût, une fricassée aussi bien qu'en France. Et qu'en plus ceux qui ont de pareils officiers mangent comme les Européens et se font servir par leurs esclaves.

 

               Des Marchais fait la même constatation au sujet du roi de Juda (au Bénin actuel) lorsqu'il affirme :

               Le palais du roi est bien distribué, on y voit des lits magnifiques, des fauteuils, des canapés, des miroirs, en un mot tout ce qui peut orner une maison ... Le roi, les grands et les marchands riches ont des cuisiniers qu'ils ont fait instruire par ceux des Européens et qui réussissent à merveille, de sorte que les Européens, à qui ils donnent à manger, ne trouvent aucune différence des tables de ces seigneurs nègres  à celles des gens les plus délicats d'Europe ... On leur porte des vins d'Espagne, de Canaries, de Madère, et des vins français. Ils aiment les liqueurs et l'eau-de-vie, et il leur faut la meilleure des confitures, du thé, du café et du chocolat ; leurs tables, du moins quand ils donnent à manger, n'ont plus rien qui ressente la cuisine ancienne du pays.

 

                Le plus remarquable est que Français et rois africains s'invitent mutuellement à la table les uns des autres comme quelque chose de naturel. Bel exemple de mixité ! (Réserve de taille : la présence d'esclaves chez les uns et les autres)

                  





Par Tidiane Diakite - Publié dans : CULTURE
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Samedi 13 juin 2009

                             
  
   

 

LES MISSIONNAIRES FRANÇAIS A L'EPREUVE DES REALITES AFRICAINES

             Si dans les domaines vestimentaire et culi-naire la mixité est directement palpable entre modes françaises et africaines, pour la religion, ce fut un peu plus compliqué. La volonté des Français, particulièrement de Louis XIV, de convertir tous les Africains au catholicisme, ne fut pas couronnée de succès pour une série de raisons.
              Le premier obstacle vient sans doute de la perception même de la religion et de son rôle dans la vie quotidienne. En témoigne ce dialogue curieux entre un voyageur français et un Africain de Juda (Ouidah, ville de l'actuel Bénin) en 1697 :

             - Combien de dieux ? demanda l'Européen.
             - Il serait difficile de les compter, leur nombre est presque infini. Si quelqu'un parmi nous veut entreprendre quelque chose d'important, il cherche d'abord un dieu dont la protection puisse le faire réussir ; il sort de chez lui dans cette idée ; le premier objet qu'il rencontre, soit un chien, soit un chat, ou quelqu'autre animal, ou même un arbre, une pierre, lui paraît être venu sur son chemin exprès pour lui offrir ce qu'il cherche. Il lui fait des offrandes ; il lui promet de l'honorer et de l'adorer toute sa vie s'il lui donne le succès ; s'il en a en effet, voilà un nouveau dieu, s'il n'en a point, il l'abandonne.

 

              Ceci laisse apparaître les sources d'un malentendu fondamental entre les religieux européens et les Africains. Pour les seconds, l'important n'était pas un salut ultraterrestre car ils attendaient plutôt de la religion ou du dieu des solutions aux besoins immédiats de leur existence quotidienne. Ainsi le dieu, fût-il celui des Chrétiens ou de toute autre origine, devait avant tout contribuer à leur assurer une croissance de leurs forces temporelles. Il devait non seulement accroître leurs biens matériels, mais aussi rendre les femmes fécondes et aider dans les luttes contre les peuples voisins ennemis. Ainsi les Africains n'ont pas toujours compris que les Européens puissent proposer le même dieu et le même rituel à des peuples voisins et de surcroît ennemis.

                Et si ces missionnaires européens n'étaient que des sorciers ou des magiciens plus doués que ceux d'Afrique ? Les Africains se sont souvent posé cette question. Le sort réservé au Sieur Du Roube par les Ethiopiens atteste cet amalgame dans l'esprit des Africains entre religieux européens et sorciers.
                La crue du Nil n'avait pas été suffisante en 1706 en Ethiopie. En conséquence, la récolte fut mauvaise dans tout le pays. Un religieux catholique français (envoyé de Louis XIV pour convertir les habitants au catholicisme) fut dénoncé par des missionnaires italiens comme responsable de la famine pour avoir empêché par magie l'arrivée des eaux du Nil. Sur ordre du roi, le religieux français fut arrêté et mis à mort.

                La compétition entre missionnaires européens est donc une des causes de leur échec en Afrique.
                    Il est une autre raison de leur échec, un autre amalgame, l'amalgame entre négriers et religieux ; car les navires qui déversaient les marchandises européennes sur les côtes d'Afrique aux XVII et XVIIIe siècles, en échange d'esclaves noirs, débarquaient également les religieux. L'association entre ces deux domaines, traite et religion, fut totale dans la conscience des Africains qui n'arrivaient pas toujours à distinguer le prêtre du négociant, tant leur association semblait parfaite. Pour eux, le  prêtre participait, tout comme le capitaine négrier ou le directeur de comptoir européen, à la traite des Noirs. Ils débarquaient des mêmes navires, ils parlaient la même langue, ils avaient la même couleur de peau, d'où cette suspicion permanente dans laquelle les Africains tenaient ces religieux. Cette collusion supposée ou effective entre le négrier et le prêtre fut fatale à la propagation de la foi. Le premier démolissait ce que le second avait bâti la veille. Le premier cherchait à tirer tout le profit possible des Africains, tandis que le second faisait appel à leur confiance pour avoir leur conscience.
                   Pire, les Africains verront parfois dans les religieux, des espions venus les épier, en vue de découvrir leurs secrets au profit des trafiquants ou de peuples voisins ennemis. Un religieux français l'affirme :

                   Les Noirs ont l'impression que la confession n'est qu'une sorte d'espionnage permettant aux missionnaires d'obtenir des renseignements sur les affaires temporelles. Le reproche principal fait au nouveau culte est de ne point offrir les mêmes services magiques à usage pratique que celui de jadis. L'idée africaine du rapport entre l'homme et le surnaturel impliquant une relation de service mutuel : sacrifices, pluies, bonnes récoltes ...

                   Dans le domaine de la religion, les missionnaires français, en particulier les Jésuites, obtinrent, semble-t-il, de meilleurs résultats en Orient, en Chine notamment, à la même époque. De même, il semblerait que la mission portugaise ait eu beaucoup plus de réussite en Afrique occidentale, tout particulièrement en Afrique centrale, que la française sur la côte ouest-africaine. Ainsi le bilan de la mission portugaise au Congo avec la promotion des tout premiers prêtres africains dans cette région d'Afrique, apparaît beaucoup plus éloquent. A aucun moment les Français n'enregistrèrent de tels succès avant le XIXe siècle.

                      Les missionnaires français de retour en Afrique au XIXe siècle eurent plus de succès que leurs homologues des XVIIe et XVIIIe siècles. En ont-ils tiré les leçons ?
                      Les progrès indéniables enregistrés par l'Eglise catholique à partir du XIXe siècle et pendant la colonisation proviennent d'une part de l'effort de scolarisation et d'autre part de la volonté de s'atteler aux soucis du quotidien. C'est en partant du social, du concret et du culturel : création d'écoles, de dispensaires, de centres de soins divers, de foyers sociaux, et en s'efforçant d'apprendre les langues locales que ces missionnaires obtinrent l'adhésion d'une fraction de la population à la foi chrétienne. En cela l'Eglise en Afrique fut plus apte à assurer la promotion de cadres africains que l'Administration coloniale laïque.

                             

Par Tidiane Diakite - Publié dans : HISTOIRE
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