005.gif La force dans l’épreuve, lumière intérieure et nature

     « Le maître intérieur, quand il se conforme à la nature, envisage les événements de telle sorte, qu'il puisse toujours, selon la possibilité qu'il en a, modifier sans peine son attitude envers eux. Il n'a de préférence pour aucune matière déterminée, mais il se porte, après choix, vers ce qu'il croit le meilleur ; et, s'il rencontre un obstacle, il s'en fait une matière, comme le feu lorsqu’il se rend maître des choses qu'on y jette, alors qu'une petite lampe en serait étouffée. Mais un feu ardent a vite fait de s'approprier ce qu'on y ajoute ; il le consume et, de par ce qu'on y jette, il s'élève plus haut.

     N'accomplis aucun acte au hasard, ni autrement que ne le requiert la règle qui assure la perfection de l'art.
     On se cherche des retraites à la campagne, sur les plages, dans les montagnes. Et toi-même, tu as coutume de désirer ardemment ces lieux d'isolement. Mais tout cela est de la plus vulgaire opinion, puisque tu peux, à l'heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle part, en effet, l'homme ne trouve de plus tranquille et de plus calme retraite que dans son âme, surtout s'il possède, en son for intérieur, ces notions sur lesquelles il suffit de se pencher pour acquérir aussitôt une quiétude absolue, et par quiétude, je n'entends rien autre qu'un ordre parfait.
     Accorde-toi donc sans cesse cette retraite, et renouvelle-toi. Mais qu'il s'y trouve aussi de ces maximes concises et fondamentales qui, dès que tu les auras rencontrées, suffiront à te renfermer en toute ton âme et à te renvoyer, exempt d'amertume, aux occupations vers lesquelles tu retournes. Contre quoi, en effet, as-tu de l'amertume ? Contre la méchanceté des hommes ? Reporte-toi à ce jugement que les êtres raisonnables sont nés les uns pour les autres, que se supporter est une partie de la justice, que les hommes pèchent involontairement, que tous ceux qui jusqu'ici se sont brouillés, soupçonnés, haïs, percés de coups de lances, sont allongés, réduits en cendres ! Calme-toi donc enfin.
     Mais peut-être as-tu de l'amertume contre le lot que l'ensemble t'assigne ? Rappelle-toi le dilemme : Ou une Providence ou des atomes, et par quels arguments il a été prouvé que l'univers est comme une cité.
     Les choses du corps ont-elles alors fait mainmise sur toi ? Considère que la pensée ne se mêle point aux agitations douces ou violentes du souffle vital, une fois qu'elle s'est recouvrée elle-même et qu'elle a reconnu sa propre force ; et enfin rappelle-toi ce que tu as entendu et admis sur la douleur et sur le plaisir.
     Mais peut-être sera-ce la gloriole qui te sollicitera ? Jette les yeux sur le très prompt oubli dans lequel tombent toutes choses, sur le gouffre du temps qui, des deux côtés, s'ouvre à l'infini, sur la vanité du retentissement, la versatilité et l'irréflexion de ceux qui paraissent te bénir, l'exiguïté du lieu où la renommée est circonscrite. La terre entière, en effet, n'est qu'un point, et quelle infime parcelle en est habitée ! Et là, combien d'hommes, et quels hommes, auront à te louer !
     Il reste donc à te souvenir de la retraite que tu peux trouver dans ce petit champ de ton âme. Et, avant tout, ne te tourmente pas, ne te raidis pas ; mais sois libre et regarde les choses en être viril, en homme, en citoyen, en mortel. Au nombre des plus proches maximes sur lesquelles tu te pencheras, compte ces deux : l'une, que les choses n'atteignent point l'âme, mais qu'elles restent confinées au-dehors, et que les troubles ne naissent que de la seule opinion qu'elle s'en fait. L'autre, que toutes ces choses que tu vois seront, dans la mesure où elles ne le sont point encore, transformées et ne seront plus. Et de combien de choses les transformations t'ont déjà eu pour témoin ! Songes-y constamment. "Le monde est changement ; la vie, remplacement."
Il faut toujours avoir à ta disposition ces deux préceptes ; l'un, de n'accomplir uniquement que ce que t'inspire, dans l'intérêt des hommes, la raison de ton pouvoir royal et législatif. L'autre, de changer de conduite, s'il se trouve quelqu'un pour redresser et modifier ton opinion. Il faut toutefois que ce changement procède toujours d'un certain motif soutenable, de justice, par exemple, ou d'intérêt général et tels doivent être exclusivement les mobiles qui puissent t'y déterminer, et non point ce qui te paraît glorieux ou agréable.
       […]
     En un mot, toujours considérer les choses humaines comme éphémères et sans valeur : hier, un peu de glaire; demain, momie ou cendre. En conséquence, passer cet infime moment de la durée conformément à la nature, finir avec sérénité, comme une olive qui, parvenue à maturité, tomberait en bénissant la terre qui l'a portée, et en rendant grâces à l'arbre qui l'a produite.
        […]
     Ressembler au promontoire contre lequel incessamment se brisent les flots. Lui, reste debout et, autour de lui, viennent s'assoupir les gonflements de l'onde.
     " Malheureux que je suis, parce que telle chose m'est arrivée !" Mais non, au contraire : " Bienheureux que je suis, puisque telle chose m'étant arrivée, je persiste à être exempt de chagrin, sans être brisé par le présent, ni effrayé par ce qui doit venir. " Chose pareille, en effet, aurait pu survenir à n'importe qui ; mais n'importe qui n'aurait point su persister de ce fait à être exempt de chagrin. Pourquoi donc cet accident serait-il un malheur, plutôt que cet autre un bonheur ? Appelles-tu, somme toute, revers pour un homme, ce qui n'est pas un revers pour la nature de l'homme ? Et cela te paraît-il être un revers pour la nature de l'homme, ce qui n'est pas contraire à l'intention de sa nature ? Eh quoi ! cette intention, tu la connais. Cet accident t'empêche-t-il d'être juste, magnanime, sage, circonspect, pondéré, véridique, réservé, libre, et cætera, toutes vertus dont la réunion fait que la nature de l'homme recueille les biens qui lui sont propres ? Souviens-toi d'ailleurs, en tout événement qui te porte au chagrin, d'user de ce principe : Ceci n'est pas un revers, mais c'est un bonheur que de noblement le supporter.
      […]
     Va toujours par le chemin le plus court, et le plus court est celui qui va selon la nature. Voilà pourquoi il faut agir et parler en tout de la façon la plus naturelle. Une telle ligne de conduite te délivrera de l'emphase, de l'exagération et du style figuré et artificiel. »
                               Marc-Aurèle (121-180 ap. JC.), Pensées pour moi-même.

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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 10:49
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015-C

 

 

 

Afrique, indépendance et responsabilité dans la gestion du monde

 

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     A peine une décennie après la 2e Guerre mondiale, à la veille de l’accession à l’indépendance des colonies européennes d’Afrique, des rencontres d’élites culturelles noires se sont multipliées en Europe : à Paris et à Londres notamment. Elles furent l’occasion d’exprimer à la fois l’impact de la colonisation sur les peuples dominés et aussi la vision rêvée d’une Afrique décolonisée, libre et souveraine, qui assume sa part de responsabilité dans la marche du monde.
     Le 1er Congrès des écrivains et artistes noirs tenu à la Sorbonne à Paris, du 19 au 22 septembre 1956, dans la perspective de la libération des peuples colonisés, fait partie de ces événements fondateurs.
     La date de ce 1er congrès d’intellectuels noirs n’est pas fortuite : 1956 :quasiment toute l’Afrique noire est, comme à la fin du 19e siècle, partagée entre les différentes puissances coloniales : Grande-Bretagne, France, Portugal, Espagne, Belgique. Mais 1956 c’est aussi, pour les colonies françaises, l’année de la Loi-cadre (1) qui ouvre des perspectives nouvelles, de fait, la voie vers l’indépendance à court terme (sans intentionnalité cependant). Les Britanniques également se préparent à sortir de la colonisation. Leur colonie, la Gold Coast, accède à l’indépendance dès 1957 et prend le nom de Ghana. Les colonies françaises suivront le mouvement en 1960. L’inéluctable libération des colonies agite donc les esprits, en Afrique comme en Europe. C’est dans ce contexte que se tient le congrès de 1956.
     La synthèse de ses travaux dont suivent quelques extraits permet de juger la pertinence des propos et de mesurer leur degré de concrétisation dans l’Afrique de 2012.
     Il s’agissait pour ces élites noires de réfléchir aux moyens d’assembler les matériaux constitutifs du socle culturel de la souveraineté politique, afin que l’Afrique, une fois indépendante, soit entièrement elle-même, tout en n’étant pas cependant qu’elle-même, et puisse ainsi jouer sa partition, à sa mesure, dans la symphonie du monde.
     Les voies et pistes esquissées à cette fin, sont à ce titre, dignes d’intérêt et de nature à inspirer élites intellectuelles et responsables politiques de l’Afrique d’aujourd’hui. Ces élites avaient compris en 1956 que l’indépendance, pour être réelle, viable, et signifier pour les peuples libérés le tremplin vers le développement et l’épanouissement, devait être fondée sur un effort de construction méthodique et raisonnée de l’Etat et de la nation.

     «On peut donc, tout en poursuivant la lutte contre le racisme et le colonialisme, songer à l'avenir, aux tâches qui suivront l'indépendance et qui dès maintenant doivent être pensées et assumées par les Africains et les hommes de culture noirs.
     Mais, auparavant, qu'il nous soit donné de rappeler, contre un certain pessimisme, que les écrivains d'expression européenne tels que les poètes, les romanciers, les dramaturges doivent éviter de considérer leur mission comme achevée, au seuil de l'indépendance. Rien n'est moins certain ; et ce serait avoir une idée bien pauvre de leur mission que de se résigner à de telles perspectives. Ils ont à éveiller la conscience de leurs peuples à la vie moderne. Ils ont aussi à éveiller la conscience occidentale à des formes de beauté à un sens de la justice et de la solidarité dont le monde moderne n'avait pas conscience. Ils sont les premiers bâtisseurs d'une Cité mondiale où les familles humaines trouvent assez d'horizon, assez de lumière sur les possibilités immenses de l'aventure humaine. Nous pensons, sans vanité, que les hommes de culture des peuples non-occidentaux offriront l'inspiration la plus riche et la plus universalisante au monde qui va naître.
     Mais à côté de ces éclaireurs audacieux, et parmi eux très souvent, on s'attachera à des tâches plus humbles et dans une intention plus adaptée à la vie intime de nos peuples. Il s'agit de la renaissance d'une culture négro-africaine, indispensable à l'équilibre moral de la culture occidentale et indispensable à la vitalité de nos peuples.
     Nous proposerions donc plus spécialement aujourd'hui à l'attention des hommes de culture la nécessité de faire développer les travaux de linguistique, de spiritualité, d'histoire et de science.»

bouton 007 Langue et culture

     «La langue d'un peuple est le miroir de son âme. Il n' est pas question d'abandonner les langues européennes. Elles nous sont indispensables dans l'immédiat comme langues de travail et d'acculturation aux conditions de la vie moderne. Elles nous seront indispensables dans un avenir moins immédiat comme langues dépositaires d'une part de notre histoire et de nos œuvres. Mais il est inévitable que les peuples nouveaux ne développent et ne dressent certaines langues indigènes (après choix judicieux) à appréhender et exprimer les réalités et situations modernes liées à nos destins. Elles seules d'autre part son susceptibles de dévoiler des aspects de notre passé, des dimensions de nos personnalités que les langues européennes sont d'autant moins aptes à refléter que les œuvres en langue française ou portugaise ne sont actuellement pas connues du 1 /10e de nos populations. Aussi des travaux sérieux et urgents s'imposent-ils à nos élites, aux jeunes en particulier (ainsi qu'aux africanistes de toute origine) pour que progressivement et rationnellement, sous l'inspiration de nos peuples, des options interviennent, que certaines langues soient favorisées et que leur enseignement s'organise dans les écoles et les universités. Car la langue d'un peuple est la source vive à la fois de son humanisme et de son histoire. Les peuples ont coutume de confier aux inflexions familières, aux sonorités, aux rythmes, aux lois intimes d'une langue, des éléments subtils de leur spiritualité et de leur humanisme. Ces éléments sont intraduisibles pratiquement et indispensables à l'expression intégrale d'un humanisme.

     Cet humanisme est spiritualiste. Il est encore vivace dans le peuple et comporte divers aspects. Il y a une sagesse cosmogonique, il y a des récits mythiques, des légendes historiques, du théâtre, des poèmes, des fables. Il ne suffira pas de recueillir ces richesses, il faudra que le peuple soit associé à ces travaux et les désire et soit fier de les faire admirer.»

bouton 007 Histoire et conscience nationale

«Cependant, dans cet humanisme, il est une discipline qu'il serait opportun de privilégier : l'histoire. Il semble que ce soit d'elle que les circonstances exigent un développement urgent. La conscience nationale a besoin de meubler les horizons de sa vie et d'armer sa volonté d'une passion légitime d'interpréter le passé et les institutions. Ici nos rencontres avec les historiens occidentaux occupera une place à part. Et nos historiens s'attachent déjà à redéfinir ce que furent nos rapports dans le passé. Mais il est non moins précieux qu'à l'école et dans des œuvres solides de culture générale nos conceptions traditionnelles soient connues. L'histoire est toujours celle d'un historien, d'une époque, d'une intention. Pourquoi alors laisserions-nous éclairer notre passé par les seuls historiens occidentaux ? Pourquoi ne pas restituer à nos peuples la liberté légitime de reconstruire leur passé dans les perspectives mêmes que leur situation leur impose ?
     Il semble, en tout cas, que l'histoire soit fort appréciée de nos peuples. Aidons-les à écrire la leur. C'est délivrer leur ardeur à assumer des responsabilités.»

bouton 007 Culture et technique

     «Enfin il est un domaine qu'en Occident même l'on a parfois coutume d'opposer à la culture : la technique. Pour certains, il s'agit de préserver les Africains contre les méfaits d'une technique qui a dépersonnalisé l'homme et atomisé l'unité de son âme. Pour d'autres (plus soucieux de « balkaniser » la conscience africaine) l'industrialisation introduirait dans les sociétés africaines (diverses, juxtaposées mais chacune intimement unifiée), les ravages et les traumatismes les plus affligeants.
     En fait, ces discussions sur les méfaits de la technique correspondent à des situations et des problèmes plus propres à l'Occident actuel.
     La technique, quand elle est assumée et pensée par un peuple, devient un élément de sa culture. C'est dans cette perspective (non dans celle d'une technique qui nous serait imposée selon les impératifs du colonialisme) qu'il nous faut envisager la question. A l'heure où la Russie et les U.S.A. (les plus favorisés dans ce domaine) s'inquiètent de ne pas avoir assez de techniciens pour assurer leur sécurité et leur prospérité — où bien des nations en Europe opèrent une conversion révolutionnaire de leur système d'éducation pour produire davantage d'ingénieurs et faire face à leurs obligations modernes — les peuples les plus déshérités (mais les plus riches en matières premières) seraient mal inspirés de se contenter de poésie et de danse, de musique et de métaphysique. La technique est désormais, comme le rappelle un historien, la substance de la vie moderne. Elle s'intègre à notre humanité, puisque c'est par elle, à travers elle que l'homme est appelé à connaître l'homme et à l'aimer. Il faut saluer avec respect l'émouvante ferveur de ces philosophes qui aspirent à sauver l'homme contre la technique, mais il serait dangereux de vouloir arracher la technique des mains des sens, de la réflexion de l'homme.
     Au surplus, les ressources qui entourent la vie de nos peuples et qui suscitent tant d'appétits éveilleront et préciseront rapidement notre vocation technique. Et rien n'oblige à croire qu'elle sera une simple réplique de la vocation de l'Europe.

     Il est d'autant plus impérieux d'encourager nos travaux et initiatives scientifiques que l'Occident exerce sur nos vies une sorte de dictature culturelle et spirituelle qui n'est bienfaisante ni à notre santé morale, ni à celle de l'Occident lui-même.»

bouton 007 Universalité  et rencontre des cultures

     «Selon l'angle où on la considère, la culture est une autorité, l'expression d'une subjectivité, un dialogue, l'expression de valeurs universelles ou une démarche à la conquête du monde. Elle est tout cela. Mais c'est comme autorité qu'elle nous intéresse d'abord ici. La vie culturelle du monde est dominée uniformément par l'autorité de l'Occident. Les œuvres du passé de l'Europe, les canons propres à l'Europe, l'influence d'expériences historiques, culturelles ou spirituelles de l'Europe continuent de diriger l'évolution de la vie des peuples.
     En effet, les instances où l'on juge, où l'on édicte des lois sont localisées en Occident et insérées dans la seule culture occidentale jusqu'ici. C'est que cette autorité culturelle est liée à la fois au pouvoir politique et à la puissance technique. De sorte qu'on pourrait aisément dresser une géophysique de la culture. Le concours que le pouvoir politique, dans sa souveraineté, confère à l'essor et au prestige d'une culture, nous l'apprécions pleinement. Nous savons aussi que le pouvoir politique seul peut libérer l'élan créateur d'une culture. L'appui de la puissance technique est également essentiel. Après la souveraineté politique cette puissance sera notre plus précieuse conquête. Nous voudrions rappeler qu'elle ne peut être l'œuvre que des peuples eux-mêmes.
Non seulement il faudra opérer une décentralisation progressive des institutions culturelles mondiales, mais la voix des nouvelles cultures devra se faire entendre dans les instances culturelles ou spirituelles d'où s'énoncent les valeurs et se diffusent les réflexions qui jouissent de la plus grande autorité.
     Nous songeons par exemple à la vie chrétienne dans le monde. Nous ne sommes pas sans avoir remarqué que les Pères de l'Eglise, les docteurs, les saints sont tous insérés dans la seule culture occidentale. Les recommandations et décisions qui, de Rome, s'étendent sur le monde chrétien se formulent sous l'inspiration d'expériences, de ressources d'expression propres à l'Europe, et s'expliquent plus volontiers sur un fond historique propre à la culture occidentale.
     Nos cultures et nos aspirations souffrent d'une telle situation.
Hommes de culture du monde noir, nos tâches sont nombreuses et exaltantes. Les assumer en toute lucidité et passionnément, c'est exercer dès maintenant notre part de responsabilité dans la gestion du monde — et préparer une renaissance culturelle qui réponde aux douloureuses et profondes aspirations des peuples vers la paix.
     Et c'est enrichir les ressources de résistance à la dictature — ce vrai mal des peuples — que l'Occident n'était guère préparé à vaincre, puisqu'il vivait d'exercer sa dictature sur les autres peuples.»

                                                      Revue Présence Africaine, n°14-15, juin-septembre 1957.

 

1. loi-cadre : votée par l'Assemblée nationale le 23 juin 1956, la loi-cadre ou loi Gaston Defferre, modifie le statut des colonies d'Afrique noire. Elle accorde le suffrage universel aux populaltions, renforce les pouvoirs de l'Assemblée territoriale mise en place depuis 1946 et opère une certaine  décentralisation administrative.

 

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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 12:09
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001-copie-2 Code de la famille et droits de la femme


La faiblesse du niveau d’éducation représente toujours un risque pour la démocratie, risque de manipulation, d’altération des principes, en un mot, risque de détournement de la démocratie à des fins partisanes. Dans une société analphabète à plus de 70%, la pratique démocratique exige, en plus d’un effort constant de pédagogie et d’éducation, une vigilance sans relâche, elle-même fondée sur la vertu.

Il s’agit d’éveiller les esprits aux règles et aux exigences de la démocratie, laquelle ne saurait se confondre ni avec le droit de faire tout ce qu’on veut, ni avec la tyrannie du nombre. La démocratie est respect des consciences et recherche permanente de conciliation d’intérêts contraires, pour le bien de tous.

La laïcité, qui est garante de ce respect des consciences, est un élément fondamental du système démocratique. Aucune religion, même majoritaire dans le pays, ne peut s’arroger le droit de se substituer à la loi civile, à moins de vicier la nature démocratique du système de gouvernement. La séparation des domaines religieux et laïc garantit le droit de chacun au libre choix et au libre exercice de sa foi.

Or, le récent vote d’un nouveau code de la famille par l’Assemblée nationale malienne interroge et intrigue à cet égard. Questionnement légitime dès lors que ce code inscrit dans la loi un statut inférieur de la femme. Un précédent code issu du vote de la même assemblée en 2009, avait été retiré face à la levée de boucliers des partis islamistes avec l’appui des forces conservatrices (parmi lesquelles curieusement, un grand nombre de femmes). La nouvelle mouture adoptée par les députés le 2 décembre 2011, donne satisfaction à ces derniers sur les aspects majeurs du texte et constitue un sérieux recul par rapport à la mouture de 2009, parce que beaucoup moins favorable aux droits de la femme.


gif anime puces 286 Extraits :

         Quand le texte de 2009 fixait à 18 ans l’âge minimum légal du mariage de la femme, le texte de 2011 le ramène à 16 ans, et le mariage religieux est désormais légalisé, à égalité avec le mariage civil.

         La responsabilité parentale inscrite dans l’ancien texte, cède la place à la « puissance paternelle », et la femme doit « obéissance à son époux » (mention qui avait disparue dans le texte de 2009).

 

Si le texte de 2009 se gardait de proclamer l’égalité des sexes, il constituait néanmoins une avancée en faveur des droits de la femme, concernant notamment la place de l’épouse au sein de la famille. L’unique bénéficiaire du nouveau code, c’est l’homme, ce nouveau « pater familias » qui voit la femme à ses pieds, soumise, et exclue de l’essentiel de la gestion de la famille, de la garde des enfants et des procédures d’héritage.


L’homme à lui seul est tout, a tout.


Entre le code de 2009 et celui de 2011 s’opère un glissement et une radicalisation, porteurs de dangers multiples pour la société malienne, un glissement vers le bord du précipice. Une société où la loi fait de la femme un être inférieur, est une société qui se condamne en hypothéquant son avenir.

Le code de la famille n’a pas pour vocation de prescrire par la loi la domination de la femme par l’homme, ni l’inverse, mais la recherche des moyens de l’épanouissement du couple et l’harmonie de la famille. La responsabilité familiale partagée est plus propice à cet épanouissement et à l’équilibre du foyer que l’exercice solitaire de la « puissance paternelle », en favorisant la coopération, l’échange dans la recherche du meilleur pour la famille. Elle est facteur de paix, de concorde.

Pourquoi dans un Etat comme le Mali, où en théorie prévaut la séparation du religieux et du laïc, le code civil serait-il dicté par les partis religieux ? L’islam, que je sache, n’est l’objet d’aucune menace au Mali. Pourquoi dès lors vouloir passer d’un islam paisible et consensuel, qui a toujours vécu en harmonie avec les autres religions, à un islam qui divise la population et les familles, crée et hiérarchise des catégories sociales ? Quel intérêt pour le pays ? Quelle est la motivation première de ceux qui œuvrent à une telle transformation ? La liberté, l’épanouissement individuel et collectif y seraient-ils garantis ?

Puisse la « charte de paix », également connue sous le nom de « pacte » ou « Constitution de Médine » promulguée par le Prophète Mohammed, en l’an 624 après Jésus- Christ, inspirer les fondamentalistes du Mali et d’ailleurs. Cette première « Constitution » écrite du monde, comptait 47 articles dont aucun ne mentionnait une quelconque « religion d’Etat ». Elle permit d’instaurer la paix dans la cité-Etat de Médine et l’entente entre les différentes composantes sociales et religieuses : polythéistes, chrétiennes, musulmanes (qu’il a fondées), juives…

Que le Mali soit un pays musulman à 90% n’autorise pas une infraction aux principes de la laïcité. Quand les religieux deviennent arbitres de la vie politique, c’est la nature même du régime qui est en jeu. Il s’agit de confirmer ou non le caractère laïc de l’Etat malien comme inscrit dans la Constitution du pays.

De plus, avec ce nouveau code, le Mali se trouve en porte-à-faux non seulement avec des articles fondamentaux de sa Constitution, mais aussi par rapport à ses engagements internationaux. Ce nouveau texte, en effet, viole gravement les obligations internationales consacrées par la Convention des Nations unies sur l’élimination de toute discrimination à l’égard des femmes, ratifiée en 1985 et le protocole de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples que le Mali a ratifié également en 2005.

Il ne s’agit ici ni de « civilisation occidentale », ni de « civilisation orientale », mais de civilisation tout court, laquelle reconnaît et garantit à toute personne un droit au respect et à l’égale dignité.

Le Mali succombera-t-il à la tentation de l’islam fondamentaliste contraire à sa tradition religieuse ? Ou, au contraire, l’antique sagesse malienne faite d’esprit de conciliation, de mesure et de sens du dialogue prévaudra-t-elle en définitive ?

Si les responsables politiques ne prennent pas leurs responsabilités à l’égard de cette question, il appartiendra à la société civile et à l’opinion éclairée d’ « éclairer » les esprits. Il serait infiniment regrettable que le Mali, qui, depuis 1991, a pris résolument l’option de la démocratie, et qui est cité depuis comme modèle, soit perçu comme le pays le la négation des droits légitimes de la femme.

La première mouture du code de la famille de 2009 avait fait descendre 50 000 personnes dans la rue sous la bannière des partis islamistes avec le renfort des forces conservatrices. Ce coup de force amena le chef de l’Etat malien à renoncer à la promulgation de ce texte et à demander une nouvelle mouture votée en 2011. Celle-ci, en tous points défavorable à la femme, fera descendre combien de personnes dans la rue ?

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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 17:08
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gif anime puces 283   Osez !


femmes1

 

 

          Il est des faits qui passent sous silence et qui, néanmoins, constituent des symboles chargés de sens dans le cours de l'histoire d'une société. Les manifestations de révolte, d'indignation et de protestation de plus de 4 000 Egyptiennes sur la désormais mythique place Tahrir au centre du Caire, le 21 décembre 2011, loin d'être anodines, sont de ceux-là.

       Rien n'y a fait, ni la coupure de l'éclairage électrique ordonnée par le gouvernement, ni les intimidations, ni les menaces. Les femmes ont bravé le danger et ignoré les interdits. A l'origine, il s'agissait de protester contre les brutalités subies par une jeune Egyptienne sur la fameuse place ; mais en réalité, ce fut un puissant mouvement organisé par les femmes pour revendiquer leur droit au respect et à la dignité.

         Il n'y a aucun doute, les slogans inscrits sur des banderoles brandies avec fureur et hardiesse sont le signe d'une prise de conscience et d'une volonté de changement.


"Les filles d'Egypte, c'est la ligne rouge !"

"Frapper des femmes, ce n'est pas acceptable..."

"Le chemin est encore long, mais nous y arriverons."

 

        Autrement dit, au-delà de la dénonciation de la violence faite aux femmes, l'objectif, c'est bien le changement des mentalités et des comportements.

          Les images elles aussi étaient saisissantes et inédites : des femmes de tous âges, de toutes conditions et confessions, des musulmanes voilées donnant la main aux chrétiennes en jupe, des enseignantes et des avocates, des bourgeoises côtoyant des ouvrières et des domestiques. Toutes unies pour le même objectif, par la même détermination, scandaient les mêmes propos et portaient le même espoir : celui du changement des mentalités et des pratiques à l'égard des femmes.

         Ce mélange des conditions et des générations, unique en Egypte, n'est-il pas une nouveauté symbolique dans ce pays ? Enfin les femmes osent  réclamer l'abolition des barrières qui les séparent des hommes et clamer leur droit à une citoyenneté pleine et entière. Elles se sont ainsi exprimées dans un mouvement et un rassemblement d'une ampleur sans précédent depuis 1919, quand, aux côtés des hommes, elles manifestaient alors contre la présence britannique dans le pays. C'est ce ressort d'indignation et de désir de dignité que les autorités ont tenté de briser ce 21 décembre 2011, en vain. C'est en même temps un signal adressé à leurs gouvernants du moment, mais c'est avant tout une nouvelle conscience qui s'éveille pour faire de l'esclavage des femmes une pratique d'un âge désormais révolu. Loin d'être un simple feu de paille, il est probable qu'en Egypte comme en Tunisie, ce vent nouveau qui se lève ira se renforçant et que les femmes écriront, avec les hommes, une nouvelle page de l'histoire de leur nation.

 

gif anime puces 029 Quid des  femmes au sud du Sahara ?

 

         Pourquoi un tel mouvement féminin n'est-il pas constaté dans les Etats subsahariens ?

         Pourquoi le souffle du "printemps arabe" ne traverse-t-il pas les dunes du Sahara pour illuminer le Sud en y déposant les germes de l'espoir du changement ?

         Pourtant, au moins autant qu'au Nord, les femmes portent le même poids de siècles de domination, d'exploitation, d'injustice et de relégation sociale. (Les hommes non plus n'ont pas reproduit les "révolutions" du Nord).

         D'une manière générale, par rapport au Nord ,le Sud semble rester dans l'expectative. Il semble y manquer le souffle de l'indignation. Pourquoi y peine-t-on à braver les féodaux, à incarner les forces susceptibles d'ébranler les fondements des vieilles murailles politiques et sociales ? Comme au Nord, les autochrates y confisquent le pouvoir, exploitent les populations, pillent les ressources du pays à leur seul profit depuis plus d'un demi-siècle.

      Le poids de la tyrannie annihile-t-il les capacités de protestation et de revendication en anesthésiant la volonté du renouveau ? L'une des raisons résiderait-elle dans les fondements culturels, la pesanteur sociale, celle des traditions et du système social en général, confortés par la trop grande faiblesse du niveau d'éducation qui tous, écrasent l'individu en le vidant de sa capacité de jugement et d'esprit critique, dans des sociétés où les sorciers, les marabouts, la culture du fétichisme obscurantiste, mais surtout le regard permanent des ancêtres enserrent l'esprit dans un cercle de fer ?

          En effet, dans ces sociétés, à la différence de celles du Nord, les morts règnent sur les vivants, dictent leur conduite et guident leurs actions. De surcroît, la peur de la malédiction, cette "fatwa" du groupe et des aînés, perpétuelle épée de Damoclès, est une puissante force de dissuasion à la disposition des gouvernants et des forces conservatrices. Et pourtant, il faut bien ouvrir une brèche dans cette épaisse muraille des siècles, renverser la multiséculaire chape de plomb qui innhibe des personnalités, et passer !

 

gif anime puces 029 Femmes d'Afrique, du Nord et du Sud, osez !

 

       Vous êtes le tremplin vers le renouveau. C'est de vos volontés, de vos énergies, de vos indignations ouvertement manifestées que naîtra une Afrique nouvelle, réconciliée avec elle-même, à jamais débarrassée des dinosaures politiques, des pratiques esclavagistes et des "cultures carcans" aliénantes et liberticides qui la maintiennent dans le creux de l'Histoire depuis si longtemps.

 

      Pour une Afrique enfin dans le sens de l'Histoire, en mouvement, osez !

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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 16:05
- Publié dans : SOCIETE
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A TOUTES LES VISITEUSES ET A  TOUS LES VISITEURS   DU BLOG

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                               T.D.

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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 18:07
- Publié dans : PONCTUEL
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