Dimanche 22 novembre 2009
           CHINE EN AFRIQUE : UN OURAGAN QUI BALAIE TOUT SUR SON PASSAGE

          La présence des Chinois en Afrique constitue un des phénomènes les plus étonnants de ces dernières décennies. En effet, la Chine effectue une percée massive et fulgurante dans ce continent et bouscule bien des traditions établies. Les rapports entre les partenaires occidentaux traditionnels et ce continent sont perturbés par cette présence. De tous, la France est le plus menacé.
          Jamais dans l'histoire, une nation seule n'avait investi un continent entier aussi massivement et aussi rapidement. De 1990 à 2005, la Chine a tissé une toile serrée à travers  le  continent.  Les Chinois sont partout en Afrique et font tout partout en Afrique : de l'entrepreneur à l'ingénieur en télécommunication, du marchand de gros au petit détaillant, de l'infirmière à la vendeuse de rue, de l'esthéticienne au médecin traditionnel, de la marchande de beignets à la prostituée ... aucun domaine n'échappe à l'activité des Chinois. Et tout ce qui est chinois est moins cher.
            Leur nombre autant que leurs investissements et leurs échanges avec le continent, monte en flèche d'année en année. La valeur de ces échanges estimée à 800 millions de dollars en 1978, monte à 3 milliards de dollars en 1995,  à 40 milliards en 2005, à 50 milliards en 2006, à 120 milliards (estimations) pour 2010. Pourquoi un tel succès en Afrique ?
 
           
  
   Petit florilège :

              Le président de l'association des Chinois au Nigeria, R. Zhang, répondant à la question de deux journalistes français :
             - Pourquoi les Chinois sont-ils si bien accueillis en Afrique ?
             - Vous, les Occidentaux, vous êtes paternalistes. Quand vous arrivez ici, vous parlez
des droits de l'homme aux Africains, vous leur parlez de toutes sortes de droits. Vous les prenez de haut. Nous, on va tout droit au but, on parle business .


               Un ministre africain (Cameroun) répondant aux mêmes journalistes à la question :
               - Pourquoi déroule-t-on le tapis rouge aux Chinois ?
               - Vous, les Occidentaux, quand vous investissez chez nous, vous posez beaucoup de préalables et de conditions. L'avantage de la Chine sur vous, c'est qu'elle ne s'occupe pas de politique. Elle ne parle pas de démocratie.


               Le ministre guinéen des Mines, à la même question :
               - L'espoir vient des Chinois. Ils sont les seuls à nous proposer des "packages", autrement dit des offres complètes : une mine, un barrage, une centrale hydroélectrique, un chemin de fer et une raffinerie, le tout financé par la banque chinoise qui se rembourse en alumine. Les Chinois travaillent plus vite et moins cher que les autres.

                Le ministre congolais de l'Habitat, à la même question :
                - Après tout, mes enfants ont reçu une bonne éducation en France. J'aimerais bien avoir l'occasion de rendre service à la France, mais, elle ne me donne pas cette possibilité. La seule chose qui l'intéresse quand elle vient ici, c'est de savoir si les populations ont reçu leur bulletin de vote, alors que voulez-vous ?

               A la question : Pourquoi l'Afrique ? le vice-président de l'association des Chinois du Nigeria répond :
                - L'Afrique est vraiment une immense opportunité qui tombe à point nommé pour nous. C'est le dernier endroit comme ça sur terre, où l'on peut faire autant d'affaires ! Je vais vous dire la vérité. La Chine utilise l'Afrique pour arriver au niveau des Etats-Unis, puis les dépasser. Pour ça, elle est prête à tout, comme construire un chemin de fer nigérian qui sera toujours déficitaire.
                                          (Source de ce florilège : La Chinafrique. Pékin à la conquête du continent noir, Serge Michel et Micel Beuré, Grasset)


     Parmi les raisons principales de la présence et du succès des Chinois en Afrique, deux prédominent.

          - Raison politique :
         
         Après l'événement de Tiananmen (le printemps de Pékin, juin 1989), la Chine est unanimement condamnée par la communauté internationale et vivement mise en cause par les Nations unies, sauf par les Etats africains. Dès lors elle décide de se tourner vers ces derniers. Les voix africaines représentent par ailleurs plus du quart des votes à l'assemblée générale de l'ONU. C'est désormais de ce côté-ci qu'elle trouvera ses soutiens. La Chine joue alors sur la communauté de destin, l'appartenance au tiers-monde, dans le camp des opprimés contre les oppresseurs.

             - Raison économique :

            La Chine arrose les dirigeants africains de dollars et pratique ce qu'elle appelle "le partenariat gagnant-gagnant" : milliards de dollars offerts,  réalisation d'infrastructures importantes : routes, autoroutes, voies ferrées, ponts, ports, aéroports, électrification, constructions d'édifices monumentaux (palais de la présidence, maison de la radio et de la télévision, palais des congrès, stades...) contre l'exploitation des ressources naturelles, en premier lieu le pétrole. La Chine compte sur l'Afrique pour réaliser et maintenir sa croissance, amplifier son développement.


       Questions subsidiaires :

               1. La percée fulgurante de la Chine en Afrique aurait-elle été possible sans l'abandon de ce continent par les Occidentaux (la France en particulier) dans les années 90, au lendemain de la chute du mur de Berlin et de l'éclatement de l'URSS ?
                      2. Cette percée aurait-elle été possible si les pays africains étaient des Etats démocratiques ?

       
             


        
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Samedi 14 novembre 2009
                     
L'AFRIQUE A-T-ELLE VOCATION A RECEVOIR LES DECHETS DU MONDE ?



Un exemple


Lu pour vous

                                           Ouest-France, 13 / 11 / 09

OUF !
                               
                           


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Samedi 7 novembre 2009

LES AFRICAINES ET LE SYNDROME DE LA MELANINE

CAMPAGNE CONTRE LE BLANCHIMENT DE LA PEAU !


      20% des femmes noires originaires d'Afrique et des Antilles et rédisant à Paris se blanchissent la peau à l'aide de produits dangereux pour leur santé. 
           La campagne initiée par la mairie de Paris le 3 novembre 2009 avec ce slogan "séduire ... oui ! Se détruire ... non !" vient à point nommé (il est simplement significatif qu'une telle campagne soit lancée à Paris et non à Accra, à Lagos ou à Dakar).
           On peut aussi considérer qu'au lieu de porter sur les seuls dangers du blanchiment de la peau, elle rendrait un insigne service aux Africaines si elle pouvait mener celles-ci à une prise de conscience de leur beauté naturelle qui devient laideur sous les perruques blondes.
          Beaucoup d'Africaines vivant en France (ailleurs aussi) ont totalement manqué le rendez-vous de l'esthétique.
          L'argument avancé par le président du Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), pour expliquer cette pratique du blanchiment de la peau, me paraît insuffisant, fort en dessous des réalités. Selon M. Patrick Lozès "si certaines Françaises se blanchissent la peau, c'est qu'il existe dans notre pays une forme de hiérarchie mélanique : les sondages montrent que les Noires sont deux fois plus victimes de discriminations que les métis."
          Certes. Mais il s'agit en l'occurrence, avant tout, d'une question de santé individuelle et publique. Ensuite, cela va évidemment au-delà de la peau et touche au plus profond du mental et du culturel. Ce n'est qu'un des aspects du complexe colonial.(1) A cet égard, que l'argument du président du CRAN est décalé ! M. Lozès a-t-il parcouru les rues des principales villes d'Afrique, celles du Ghana, du Nigeria ou du Sénégal ... ? Le phénomène du blanchiment de la peau étant apparu depuis bien longtemps dans ces pays.
          En plus du complexe ci-devant évoqué, certaines femmes africaines qui pratiquent le blanchiment,  sont motivées par le souci de séduire leurs hommes, qui, apparemment sont demandeurs. L'un des produits les plus utilisés à cette fin, et des plus nocifs, contenant de l'hydroquinone (interdit dans l'Union européenne et aux Etats-Unis dans les cosmétiques) est importé d'Afrique où curieusement aucune autorité politique  - à ma connaissance -  n'a songé à l'interdire.
          Cette pratique du blanchiment de la peau appartient à la même motivation que l'usage des perruques ou maquillages inappropriés. 
          Quelle gifle pour les théoriciens de la "Négritude", et surtout quel camouflet cinglant pour le poète sénégalais, Léopold Sedar Senghor, porte-flambeau de cette Négritude, chantre et promoteur impénitent des valeurs noires et de la beauté naturelle de la femme africaine !

   Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
[..]
Femme nue, femme obscure
Savane aux horizons purs,
Savane qui frémit aux caresses du vent de l'Est
[..]
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau"

          Hélas ! M. le Poète ; "femme noire", pour notre malheur, n'a plus ni forme ni peau !



(1) : Un prochain ouvrage abordera les racines du phénomène dans une analyse approfondie du complexe colonial.

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Lundi 2 novembre 2009

DES AFRICAINS A VERSAILLES

         
Les relations entre Français et Africains restent à écrire, pour l'essentiel, au-delà des rapports de nature strictement politique ou marchande.
          Il existe tout un pan ignoré, en tout cas fort peu abordé (rapports d'avant colonisation notamment). Ce "pan caché" gagnerait cependant à être davantage exploré et mis en lumière pour permettre une lecture plus conforme aux réalités des relations multiséculaires entre deux peuples à la fois si éloignés et si proches l'un de l'autre.
          Les contacts furent nombreux et de qualité entre les rois de France et les Africains. Ce sont ces rois de France qui frayèrent le chemin. Si Louis XIV n'innonve pas en ce domaine (Zaga-Christ, fils supposé du Négus d'Ethiopie, s'était rendu en France et fut reçu à la cour du roi), il fut incontestablement celui qui laissa le plus de témoignages et qui manifesta le plus grand intérêt au continent. Ce qui peut paraître contradictoire, avec la promulgation du "Code noir" par le roi en 1685 (1), pour un homme d'aujourd'hui mais qui était un progrès pour l'époque.
          Il est incontestable que le règne du Roi-Soleil enregistra le plus grand nombre de visiteurs africains parmi lesquels deux sont éminemment représentatifs parce que les mieux connus : Matéo Lopez, ambassadeur du roi d'Ardres en 1670 et Aniaba, prince supposé.
          L'ambassadeur Matéo Lopez fut reçu avec faste et solennité, avec tous les honneurs dus à son rang, non seulement par Louis XIV en personne, mais aussi par la Reine, le Dauphin, le Duc d'Orléans, ainsi que par les Grands du royaume. Il fut très fortement impressionné et par cette réception, et par les "merveilles de France", au point d'affirmer "qu'il ne fallait rien voir sous l'univers après avoir vu la France". Il fut honoré par le Roi qui manifesta à travers lui mille égards pour le souverain d'Ardres. Ce dernier avait fait présent à Louis XIV de deux javelines remises par son ambassadeur. Le présent que Louis XIV fit en retour au roi d'Ardres par le même émissaire, témoigne par sa valeur de l'importance qu'il accordait à ses relations avec ce roi : un riche fauteuil, le portrait encadré de Louis XIV, deux grands miroirs encadrés, huit tapisseries de Beauvais, différentes étoffes précieuses et brocarts.



          Quant à Aniaba, il fut sans aucun doute la personalité africaine la mieux reçue à la cour de Louis XIV (si l'on en croit les archives) et dont le souvenir est resté le plus vivace, à la fois comme symbole des rapports entre la France et l'Afrique, mais aussi de l'intérêt du roi pour ce continent, ainsi que du respect qu'il avait pour ses souverains. Arrivé à la cour de Louis XIV en 1688, les Français le traitèrent en prince, et comme tel, il fut baptisé en 1692, en grande pompe à Notre-Dame où il fut accompagné par Bossuet, précepteur du Dauphin.
          Louis XIV assista à la cérémonie en tant que parrain, et à cette occasion, lui donna son nom : Aniaba devint alors Louis Aniaba par la grâce du roi de France. Il servit ensuite dans l'armée du roi. Lous XIV le nomma capitaine dans la cavalerie française.
           En 1700 il résolut de retourner dans son pays d'où il établit une correspondance régulière avec le roi de France, son parrain, jusqu'à la mort de ce dernier.
           Mais la cour des rois de France ne recevait pas que des ambassadeurs ou des princes africains. Elle comprenait également parmi ses serviteurs, des domestiques noirs. Sous Louis XIV, plus précisément vers la fin du 17e siècle naissait en France la mode de la domesticité noire et surtout à partir du moment où de "nouveaux riches" des Antilles commencèrent à revenir s'établir en métropole. Les Noirs domestiques en France provenaient soit directement d'Afrique, soit des Antilles (mode plus ancienne au Portugal, en Espagne et en Italie où elle date du 16e siècle environ).

(1) En effet, il nous paraît étrange aujourd'hui que cette ordonnance (dont un certain nombre des dispostions étaient visiblement inspirées par l'Eglise) ait été considérée à l'époque comme apportant des progrès sensibles au sort de l'esclave en donnant notemment une existence légale et en limitant le pouvoir tout puissant de son maître. C'était la lecture qu'en faisait Louis XIV lui-même. De fait, le Code noir ne semble apporter aucun progrès par rapport aux pratiques habituelles les plus barbares qui puissent être imaginées. Il aura simplement conféré à l'esclave un statut intermédiaire entre les biens meubles et les hommes libres. 

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Mardi 27 octobre 2009



                             UN MOT, DEUX VISIONS



          Qui ne voit d'emblée ce que recouvre le concept de "liberté" en Europe?
          Et en Afrique, quel contenu, quelle pratique ?
          En Europe, la liberté est surtout née et a pris corps face au carcan féodal du 11e et 19e siècle. C'est elle qui fut créatrice de l'économie et de la vie du capitalisme. Laisser l'individu libre, le laisser aller, le laisser faire, cette

revendication fut un des piliers du capitalisme naissant. Et l'égalité politique qui était réclamée était nécessaire pour mettre l'individu et ses biens éventuels à l'abri de l'arbitraire féodal. La liberté politique [qui en est le prolongement]
 fonde pour l'individu le droit de participer aux affaires de la Cité. Mais pour l'Occident, cette liberté doit s'étendre jusqu'au refus.

         
Ainsi, c'est dans la mesure où l'individu peut dire non sans risque, qu'il peut atteindre la plénitude de la liberté. Le refus est le point culminant où l'individu se réalise dans toute sa liberté ; le refus peut être absolu, catégorique.
          Non ! Je refuse ! Là réside sans doute la différence fondamentale entre les deux systèmes de valeurs.
          En Afrique, l'individu ne se réalise que dans le groupe. Il ne peut dire non au groupe, c'est-à-dire la famille (surtout la belle-famille qui le menacerait de reprendre sa fille, et pour lui le risque de perdre la face), à la famille élargie, au clan. Ce serait signer son acte de mort sociale. La conséquence immédiate du refus en effet, c'est l'ostracisme. Autrement dit, sans le groupe, point d'existence pour l'individu, point de salut. C'est le groupe qui fait l'individu et lui confère son identité.
          La relation individu-groupe est une question essentielle en Afrique. L'évolution constatée du fait de l'urbanisation galopante et de la mondialisation de l'information, qui rogne des pans entiers de la tradition, est loin de rendre cette question caduque.
          Mais la fusion de l'individu dans le groupe, dans la mesure où cela ne lui autorise ni autonomie de pensée et d'action, ni responsabilité directe de ses actes, est-elle favorable au développement de ses potatialités, de sa personnalité ?

(Tous les avis sont les bienvenus)
(A suivre)


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