005.gif Comment Papillons-61 comprendre et supporter les assauts du temps?

 

Pour l'individu comme pour la collectivité, rien n'est stable. Les destins des hommes comme ceux des villes sont balayés. C'est le grand calme ; tout à coup surgit la terreur et, sans aucun trouble avant-coureur, la catastrophe éclate là où on l'attend le moins. Ces royaumes qui avaient résisté aux guerres civiles, aux guerres extérieures s'effondrent sans que personne les ait poussés. Combien de cités ont supporté jusqu'au bout leur prospérité ? Il faut donc penser à tout et affermir son (âme contre tout ce qui peut arriver.

 

Exils, souffrances de la maladie, guerres, naufrages : tu dois te préparer à tout cela. Un coup du sort peut t'arracher à ta patrie, t'arracher ta patrie. Il peut te bannir dans le désert. Ces lieux étouffants où se presse la foule peuvent eux-mêmes devenir un désert. Ayons devant les yeux la condition humaine sous toutes ces facettes et n'imaginons pas les accidents en fonction de leur fréquence avérée, mais de leur intensité possible. Ainsi éviterons-nous d'être écrasés, submergés, en prenant pour exceptionnels des événements qui sont juste un peu inhabituels. Il faut envisager la Fortune sous tous ses aspects.

 

Que de fois des cités, en Asie, en Grèce, sont tombées au premier tremblement de terre ! Combien de villes en Syrie, en Macédoine ont été englouties ! Que de fois un tel désastre a dévasté Chypre ! Que de fois Paphos s'est écroulée sur elle-même ! Bien souvent, on nous a annoncé que des villes avaient été entièrement anéanties et nous, à qui parviennent bien souvent de telles nouvelles, qu'est-ce que nous sommes dans l'univers ? Tenons donc tête au hasard et sachons qu'en tout accident il y a toujours plus de bruit que de mal.

 

Une ville opulente a brûlé, joyau des provinces auxquelles elle se rattachait tout en restant incomparable. Et pourtant elle était située sur une seule colline et de faible altitude. Toutes ces cités dont tu entends aujourd'hui vanter la splendeur prestigieuse, le temps ira raser jusqu'à leurs traces. Tu ne vois pas, en Grèce, comme les fondations des villes les plus fameuses sont consumées sans que rien ne dépasse pour dire au moins qu'elles ont été ?

 

L'ouvrage de nos mains n'est pas le seul à s'effriter, pas plus que l'œuvre élevée par l'homme à force de soin et d'adresse n'est la seule à subir les assauts du temps. Les sommets des montagnes s'affaissent. Des régions entières s'enfoncent. Certains lieux aujourd'hui recouverts par les flots ne voyaient même pas la mer. Le feu des volcans, qui illuminait les collines, les a rongées et a réduit à peu de chose des promontoires jadis vertigineux, postes de vigie qui rassuraient les navigateurs. Si même les œuvres de la nature sont malmenées, nous devons supporter d'une âme égale la destruction des villes. Aujourd'hui debout, demain par terre : ainsi finissent toutes choses. Soit une force interne et la violence de l'air comprimé font exploser la lourde masse rocheuse, soit des torrents souterrains se déchaînent en emportant tout sur leur passage, soit la violence des flammes crève la croûte terrestre, soit c'est avec le temps (dont rien n'est à l'abri) que tout est emporté, grignoté, soit la rigueur du climat chasse les populations et les maisons pourrissent à l'abandon. Il serait trop long d'énumérer les différents chemins qu'emprunte le destin. Tout ce que je sais, c'est que toute œuvre des mortels est condamnée à mort. Nous vivons au milieu de choses périssables.

 

Formons donc notre âme à comprendre, à supporter son sort. Apprenons-lui que la Fortune a toutes les audaces, qu'elle a sur les empires les mêmes droits que sur les empereurs, et le même pouvoir sur les hommes que sur les villes. Rien de tout cela ne doit nous indigner. Dans le monde où nous sommes entrés, telles sont les lois qui gouvernent notre vie. Content ? Accepte-les ! Pas content ? Sors par où tu voudras ! Proteste si tu es le seul à être visé par une disposition injuste. Mais si la nécessité enchaîne grands et petits, alors fais la paix avec le destin qui dénoue toutes choses.

 Sénèque, Apprendre à vivre, Lettres à Lucilius, Arléa.

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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 15:31
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004-C

Un conflit aux facettes multiples

 

De la rébellion touarègue à la désintégration nationale

 

Peuple berbère, les Touaregs sont les premiers occupants du Sahara central : Algérie, Libye ainsi que les bordures du Sahel : Niger, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Tchad...

Traditionnellement nomades et guerriers, les Touaregs ont comme activité principale l'élevage de chameaux et de chèvres. L'agriculture, en complément de leur alimentation, est pratiquée par des serfs noirs à leur service. A leur service également des esclaves noirs domestiques.

La hiérarchie sociale très stricte comporte cinq principaux groupes allant des nobles aux esclaves. L'activité guerrière est valorisée par la société et constitue une source de richesse et de prestige par les razzias de bétail ou les expéditions militaires contre des caravanes dans le désert ou contre les agriculteurs sédentaires. Les heurts entre Touaregs et Noirs sédentaires ont fait partie du quotidien jusqu'à la colonisation.

Après les conflits l'opposant aux Arabes, la colonisation a constitué un premier accroc avec ce peuple fier pour qui le nomadisme est assimilé à la liberté.

Les Touaregs ont résisté farouchement et longtemps à la colonisation française qui ne s'imposa qu'au prix d'actions particulièrement sanglantes de part et d'autre.

Pourtant, les premiers voyageurs européens, Barth (1850-1855) et surtout Duveyrier (1859-1863), trouvent fort sympathiques ces "chevaliers du désert". Mais les Touaregs leur refusent le droit de traverser le Sahara. Le reste n'est qu'une suite d'affrontements sanglants jusqu'à la fin du 19e siècle.

Tombouctou est occupée par la France en 1894 et Gao en 1899. La "pacification" ne met pas fin aux attaques des Touaregs contre les postes français pendant les deux premières décennies du 20e siècle. Elle se fait néanmoins grâce aux concessions faites aux Touaregs dont notamment la liberté de se déplacer et la dispense de certaines obligations auxquelles étaient soumis les autres colonisés.

L'indépendance de l'AOF à partir de 1960 met en lumière la spécificité touarègue dans l'ensemble colonial français d'Afrique. Les Touaregs ne veulent pas faire partie d'un État africain où ils seraient minoritaires démographiquement et culturellement.

Le 30 octobre 1957, sentant venir l'indépendance (après la Loi-Cadre de 1956), les Touaregs et les Maures de l'AZAWAD (étymologiquement "la terre de transhumance" ou "le pâturage") demandent aux autorités françaises de ne pas être inclus dans ces nouveaux États. Une pétition signée par 300 chefs locaux est transmise à Paris, mais ne reçoit pas de réponse.  Après le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, dès le 30 mai, les Touaregs réitèrent leur demande en invoquant une incompatibilité avec les sociétés subsahariennes.

Le souhait émis dans cette requête est  d'être intégrés au Sahara français du Sud-Algérien. Cette requête, pas plus que la pétition de 1957, n'est prise en considération. Elle est ignorée par de Gaulle.

 

bouton 007 Le nouvel État malien et les Touaregs : révoltes et répression, révoltes et accords

 

Les Touaregs, en général, ne se sont jamais sentis à l'aise au sein de l'État malien (même s'ils ont donné ministres, députés, cadres au pays).

Dès l'indépendance proclamée, le territoire de l'AZAWAD devient le théâtre de nombreux heurts entre l'armée malienne et les Touaregs. Ceux-ci réclament l'autodétermination de leur territoire.

En 1963, éclate la première rébellion contre l'État malien, très durement réprimée par l'armée nationale. Les rébellions qui se succèdent, en particulier dans les années 1990 et 2000, sont motivées par la même volonté d'autonomie mais s'y greffent les conséquences d'un bouleversement dans le mode de vie de la population touarègue dû aux graves sécheresses dans le Sahel au début des années 1970. Les troupeaux de chameaux et de chèvres sont décimés à 80% voire davantage. Le choc est rude, car "quand les animaux meurent, les Touaregs meurent".

Ils doivent alors subir une sédentarisation forcée (cependant souhaitée par le gouvernement depuis l'indépendance). Beaucoup abandonnent le nomadisme pour se fixer, principalement dans les grandes villes en bordure du Sahara, en Algérie comme au Mali ou au Niger. L'usage du camion se substituant à celui du chameau, la mutation est brutale et l'adaptation difficle.


1113-MaliTouaregue-Affichage-Web-moyen.jpg

Devenus sédentaires en partie, les Touaregs mesurent le retard de l'AZAWAD, leur territoire d'origine, par rapport au reste du pays en matière de développement et s'estiment marginalisés, oubliés dans les différents plans de développement élaborés depuis l'indépendance. Le mouvement irrédentiste s'organise et se structure. Le mouvement national de libération de l'AZAWAD (MNLA) voit le jour en 1988. Au motif d'incompatibilité sociale et culturelle, s'ajoute un ressentiment de laissés-pour-compte.

Par ailleurs, le Guide libyen M Kadhafi ne cesse de jouer un rôle de pompier-pyromane dans les difficiles rapports entre les Touaregs et l'État malien. Sa chute voit le retour de nombreux Touaregs maliens installés en Libye, dont beaucoup de cadre dans l'armée. Ceux-ci, surarmés grâce aux armes provenant des arsenaux libyens, constituent le fer de lance de la rébellion.


Armes-T-Affichage-Web-moyen.jpg

Les armes libyennes assurent la victoire du MNLA


L'incapacité de l'État malien à imposer son autorité sur ces immenses espaces désertiques favorise non seulement le renforcement de la dissidence touarègue mais aussi le grand banditisme et les activités terroristes. Plusieurs mouvements islamistes radicaux investissent le Nord devenu une véritable plateforme de trafics en tous genres, notamment d'armes et de drogues. Les prises d'otages et les fabuleuses rançons qui en résultent constituent leur trésor de guerre et leurs moyens d'action. C'est dans ce contexte qu'un coup d'État militaire, perpétré le 22 mars 2012, renverse le président A. T. Touré démocratiquement élu, à seulement un mois de la fin de son second mandat, entraînant la déroute de l'armée, la désorganisation de l'État et le blocage des institutions.

Le mouvement national de libération de l'AZAWAD proclame unilatéralement l'indépendance de ce territoire le 6 avril 2012, indépendance rejetée par l'Union africaine, la CEDEAO ainsi que la Communauté internationale.

Les islamistes, ceux d'AQMI et d'Ansar ed Din, déploient leur drapeau dans le nord du pays et menacent d'imposer à l'ensemble du territoire national la charia par la force des armes. Les trois régions du Nord occupées : Kidal, Gao, Tombouctou, sont aujourd'hui les premières confrontées à l'épreuve de la loi coranique.

 

Ansar-Affichage-Web-moyen.jpg

des islamistes d'Ansar ed Dine armés et sûrs d'eux

 

bouton 007 Comment le Mali en est-il arrivé là ?

 

Tous les gouvernements successifs du pays depuis l'indépendance ont chacun leur part de responsabilité dans le pourrissement de la question touarègue, même si le président déchu en mars dernier s'est montré particulièrement "mou" dans la résolution de cette question et surtout dans l'incrustation et les activités des islamistes dans le nord du pays.

 

bouton 007 La république de l'AZAWAD est-elle viable ?

 

bouton 007 Le Nord-Mali est-il perdu ?

 

bouton 007 Quel risque pour l'avenir du Mali ?

 

bouton 007 Solution militaire ou solution politique ?

 

Ces questions sont liées. Il faut sauver le Nord pour sauver le Mali. Que peut l'armée malienne ? Peu de chose... Il faut d'abord recréer une armée équipée, homogène, animée par la volonté d'aller conquérir le Nord. Comment créer une telle armée dans un pays sans État, décapité ? Un pays où s'affrontent gouvernement civil et gouvernement militaire, militaires putschistes et militaires loyalistes, un pays pour lequel le terme approprié est aujourd'hui con-fu-sion.

Une réaction de l'armée malienne étant pour l'heure hors de question, seule une solution militaire extérieure pourrait combler le vide de la force armée nationale. Quels États, quelles organisations internationales pourraient endosser la charge d'une telle mission et comment ? Encore faudrait-il que l'impulsion vienne de l'État malien (quel État ?).

De tous les États sahéliens concernés par la situation au Nord-Mali, seule l'Algérie dispose du potentiel en hommes, en armes, en expérience du terrain. Seule, son intervention pourrait avoir une action décisive. Mais en a-t-elle la volonté ?

 

bouton 007 Solution militaire ou négociation ?

 

Quel interlocuteur pour les rebelles touaregs et les islamistes radicaux ? Ces derniers ont-ils jamais accepté compromis et concessions ?

 

bouton 007 Comment le Mali a-t-il pu tomber si bas et comment le relever ?

 

C'est par cette question qu'il faudrait commencer. Mais celle qui prime sur toutes les autres est : "Comment en est-on arrivé là ?" Comment un pays indépendant depuis plus de 50 ans, immense par la géographie et l'histoire, considéré comme un modèle de démocratie en Afrique depuis plus de 20 ans a-t-il pu s'écrouler comme un château de cartes en quelques semaines ? En 5 semaines à peine, ce grand pays a tout perdu : son président, son gouvernement, ses institutions, son unité...

 

bouton 007 Comment et pourquoi ?

 

Ce questionnement incombe tout d'abord aux seuls Maliens, sans lesquels il n'y aura ni unité, ni État, ni progrès.


015-C

 


Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 15:11
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014-C

Le Mali, entre hier et demain : impasse et incertitudes


pouvoir-islamiste-du-N434x276.jpg Le pouvoir islamiste : le drapeau noir hissé

 

 

bouton 007 Où en est-on ?

 

Le Mali est en passe de devenir, en l'espace de cinq semaines, du 22 mars au 30 avril 2012, un laboratoire politique des plus singuliers de l'histoire des nations. Il semble qu'on assiste, au jour le jour, à l'écroulement irrémédiable, pièce par pièce, d'un immense édifice qu'on croyait bâti pour défier le temps.

Si l'on considère que ce pays est aujourd'hui coupé en deux, aucune des deux parties n'offre une lisibilité qui permette d'en fixer les contours et d'expliquer les enjeux à partir desquels serait possible une esquisse de sortie de crise. C'est tout le contraire : la marche assurée vers le chaos.

 

bouton 007 Partout, brouillard et incertitudes.

 

fleche 044 Au Nord : les Touaregs qui, le mois dernier, ont conquis les 3 principales régions : Kidal, Gao, Tombouctou, dont ils ont proclamé l'indépendance sous le nom de "République de l'AZAWAD", ont vu leur bannière supplantée dans le même espace par trois groupes islamistes : AQMI historique, ANSAR ed Dine, le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique. A côté de ces groupes unis par l'idéologie islamiste, est apparu en avril un autre groupe d'Arabes armés, originaires de la région de Tombouctou, se disant non-sécessionnistes et non motivés par l'application de la charia, mais uniquement par la défense des populations (MLN = Mouvement de libération national). Ils se sont emparés d'une partie de la ville de Tombouctou le 27 avril 2012, y déployant leur drapeau, avant d'en être chassés par AQMI qui semble, avec ANSAR ed Dine, prendre le dessus sur les autres protagonistes dans la région. (Sur Tombouctou flottent 3 drapeaux : touaregs, AQMI, ANSAR).

Un symbole marquant de cette présence : le bâtiment abritant jusque-là la Banque malienne de solidarité (BMS) a changé de vocation en devenant le siège du tribunal islamique chargé de l'application de la charia.

 

bouton 006 Qu'en sera-t-il demain ? Collusion entre ces différents groupes ou guerre d'extermination ?

 

bouton 007 Quel rapport avec l'Etat malien ?

 

bouton 007 Et Quel Etat ?

 

fleche 044 Au Sud : Si le groupe des 15 Etats de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a pu, dès les premières heures du coup d'Etat du 22 mars, imposer un Accord-cadre permettant le retour à l'ordre constitutionnel avec la désignation d'un président et d'un Premier ministre par intérim, c'est la légitimité même du gouvernement,  formé par ceux-ci qui est aujourd'hui remise en cause par nombre de Maliens.

 

bouton 007 D'abord par sa composition même.

 

L'autopsie sommaire de ce gouvernement fait apparaître trois groupes, tous contestés.

gif anime puces 291 - Le 1er groupe composé de ministres désignés par les Maliens sous les qualificatifs de revenants et d'étrangers.

Les revenants sont d'anciens ministres des années 1980 ayant servi dans le gouvernement du général-président Moussa Traoré, dont le régime se mua en dictature féroce avant d'être renversé par un coup d'Etat en 1991. D'aucuns n'acceptent pas le retour au premier plan de telles personnalités.

Les étrangers sont ceux qui ont exercé longtemps des fonctions dans des organismes internationaux, loin du Mali, et qui sont rentrés soit depuis peu, soit pour occuper leur nouvelle fonction de ministre. C'est le cas du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération qui était jusqu'au début de la crise malienne un des principaux conseillers du président du Burkina Faso, B. Compaoré. Ce dernier avait perpétré un coup d'Etat en 1987, ayant  abouti à l'assassinat de son prédécesseur, Thomas Sankara. Certains Maliens voient dans le retour du nouveau ministre des Affaires étrangères et sa promotion à la tête de la diplomatie malienne une volonté du président burkinabé de peser sur la situation malienne, surtout en sa qualité de médiateur désigné par les chefs d'Etat de la CEDEAO.

Le Premier ministre lui-même, CH. Modibo Diarra, n'échappe pas à ce qualificatif d'étranger. Expert de la NASA, ayant étudié et vécu aux Etats-Unis, mais surtout représentant officiel de Microsoft et de Bill Gates pour l'Afrique et le Moyen-Orient, il est perçu par des opposants comme la tête de pont à la fois des Etats-Unis et du grand capital financier international. En outre, d'aucuns lui reprochent également d'être le gendre de l'ancien président Moussa Traoré ( ci-devant évoqué)

gif anime puces 291 - Le 2e groupe comporte des militaires gratifiés de postes régaliens : ministères de la Défense, de la Sécurité, de l'Administration du territoire. Le ministère de l'Intérieur est confié à un proche du chef de la junte. C'est ce ministère qui est chargé d'organiser la prochaine élection présidentielle.

Ce groupe suscite à son tour de vives critiques ; les plus virulentes émanant du Front uni pour la sauvegarde de la Démocratie et de la République (FDR) regroupant des membres de la société civile et les principaux partis politiques. Le FDR voit dans la présence de militaires dans ce gouvernement une violation de la parole de la CEDEAO, selon laquelle les militaires devraient impérativement regagner leurs casernes en abandonnant le pouvoir aux civils. Mais le chef de la junte, le capitaine Sanogo, et les  putschistes en général, n'entendent pas quitter la scène politique. Mieux, ils estiment que la gestion du pays leur revient de droit et, à ce titre, ils tiennent à apparaître de plus en plus comme les vrais maîtres du pays et ils le font savoir.

les-deux-pouvoirs.jpg Les deux pouvoirs, civil et militaire, partenaires ou ennemis?


gif anime puces 291 - Le 3e groupe est, lui, composé de technocrates et ne compte pas de figures connues de la vie politique malienne, et pour cette raison, il est mal vu de certains. 

 

Le Mouvement du 22 mars (M22), soutenant initialement la junte, s'est aujourd'hui retourné contre elle, estimant qu'ils ont "violé leurs idéaux" en laissant les civils gouverner.


Les adversaires de ce gouvernement sont donc  nombreux. Le FDR, anti-junte, condamne la CEDEAO aujourd'hui, pour avoir mis à la tête du pays un gouvernement illégitime, l'accusant en même temps d'inconséquence et d'ingérence. La CEDEAO n'a-t-elle pas récemment décidé de porter à 12 mois la durée de la transition au lieu de 40 jours comme initialement prévu?


Mali-CEDEAO.jpgLa CEDEAO et le sort du Mali,voie du salut ou ingérence?


Mais la principale inquiétude vient de l'incapacité des Maliens à s'entendre entre eux. Là résident les plus graves germes de désintégration, ouvrant chaque jour un peu plus la voie à une "afghanisation" du pays.

 

bouton 006 Où va le Mali ?

 

La question se pose 5 semaines après le coup d'Etat. La crise politique s'aggrave au Sud alors que le Nord est plus que jamais coupé en deux et disséqué par différents groupes dont l'objectif semble être la mort politique du pays programmée ou inconsciente.

Le pire, c'est l'opposition entre la junte et le gouvernement. Cette opposition qui monte en intensité de jour en jour, mènera le pays à un désastre politique et social et une grave crise humanitaire sans précédent dans son histoire. Le Mali devient ainsi une curiosité de l'histoire, un pays à têtes multiples, autant dire un pays sans pouvoir : décapité.

Combien de pouvoirs au Mali, pour quels services rendus aux populations ? Et quelle qualité de service ? C'est pourtant dans le nombre et la qualité des services rendus au peuple que résident le sens et le bien fondé de la politique.

Le coup d'Etat militaire du 22 mars avait pour motivation avouée la défense du nord du pays contre les rebelles touaregs et les islamistes. Aujourd'hui, l'espace occupé par les premiers est deux fois plus vaste qu'avant le début de la crise, et le pouvoir des seconds est considérablement renforcé.

Un Nord qui se désagrège de jour en jour, une administration décapitée, une population insécurisée, affamée et mal soignée, apparaît plus délaissé aujourd'hui qu'il y a deux mois. La crise humanitaire s'aggravant, la démoralisation et l'angoisse de la population aidant, l'un des résultats est le débauchage des jeunes par les réseaux islamistes.

Un habitant de Tombouctou exprime cette désespérance et ses conséquences :

"Nous sommes abandonnés nationalement et internationalement [...] pas mal de jeunes aujourd'hui vont intégrer ces groupes parce qu'ils n'ont rien à manger..."

Le maire de Gao, réfugié dans la capitale Bamako, lance un appel à la CEDEAO, aux hommes politiques maliens et au capitaine Sanogo. Il met en garde contre le travail de propagande des Islamistes auprès de la population, les qualifiant de malfrats, "ces gens sont des spécialistes du lavage de cerveau [...]. Chaque jour, je reçois des SMS sur telle et telle personne qui ont ralié ces islamistes, lesquels sont capables de mobiliser des milliers de jeunes et de femmes".

(Diaspora news, Maliactu, 30 avril 2012).


kaleidoscope008

Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 14:20
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France Culture : Les enjeux internationaux

lundi 30 avril, 6h45

Emission présentée par Thierry Garcin

Invité : Tidiane Diakité


link http://www.franceculture.fr/emission-les-enjeux-internationaux-mali-les-incertitudes-politiques-l%E2%80%99impasse-militaire-2012-04-30



Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 11:10
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fleur-anime-083 Sagesse et sérénité, relais de la quiétude oiseau 024

 

Il me semble que la voix nous distrait plus que les autres bruits. Elle attire notre attention alors qu'ils se contentent de frapper les oreilles et de les emplir. Parmi les bruits qui m'assaillent sans que j'y prenne garde, je compte les chariots qui passent à toute allure, le charpentier qui habite la maison, mon voisin et sa scie, ou le type qui, près d'une fameuse fontaine, essaie ses flûtes et ses trompettes et ne chante pas mais hurle. Et pourtant le bruit intermittent me gêne plus que le bruit continu.

 

Mais je suis déjà tellement endurci que je pourrais supporter la voix cinglante du garde-chiourme donnant le rythme aux galériens. Je force en effet mon âme à se concentrer sur elle-même et à ne pas se laisser distraire par le dehors. Tout peut n'être que tapage à l'extérieur pourvu qu'il n'y ait pas de tumulte en moi, pourvu que le désir et la peur ne se battent pas entre eux, pas plus que l'avarice et la luxure. À quoi bon du silence à dix lieues à la ronde si nos passions bouillonnent ?

 

« Tout reposait dans le silence apaisé de la nuit. » C'est faux. Il n'y a pas de « silence apaisé » en dehors de celui que préside la raison. La nuit révèle les soucis. Elle ne les efface pas, elle les transforme. Les rêves des dormeurs sont aussi troublés que leurs jours. La véritable tranquillité gît au sein de la sagesse.

 

Regarde cet homme qui cherche le sommeil dans le silence de sa vaste maison. Afin qu'aucun son ne trouble son oreille, la troupe d'esclaves se tait, et ceux qui s'approchent de lui le font sur la pointe des pieds. Eh bien, il se tourne et se retourne, à l'affût du sommeil, au milieu de ses tracas, et se plaint des bruits imaginaires qu'il a entendus. Pour quelle raison à ton avis ? C'est son âme qui fait du bruit. C'est elle qu'il faut apaiser, c'est sa discorde qu'il faut neutraliser. Ce n'est pas parce que le corps est étendu que l'âme est en paix. Parfois la quiétude est pleine d'inquiétude. Aussi avons-nous besoin d'être poussés à l'action et occupés à de belles activités chaque fois que nous souffrons d'une paresse qui ne se supporte pas elle-même.

 

Les officiers, quand ils voient un soldat regimber, le reprennent en main en l'astreignant à des corvées, à d'épuisantes manœuvres. Quand on est surmené, on n'a pas le temps de se la couler douce et rien de plus efficace que l'activité pour lutter contre les vices que provoque l'oisiveté. Nous croyons souvent que, si nous nous sommes retirés, c'est par dégoût de la vie publique, ennui d'un poste ingrat et stérile. Et pourtant, dans le refuge où la peur et la lassitude nous ont jetés, l'ambition se ravive. Si elle a disparu, ce n'est pas qu'on l'ait extirpée, non, elle est juste fatiguée ou même irritée des résistances qu'elle rencontrait.

 

Je dis la même chose de l'intempérance : quelquefois elle semble avoir disparu mais, à peine nous sommes-nous prononcés en faveur d'une vie toute simple qu'elle nous tente et nous réclame, au milieu des privations, ces plaisirs que nous n'avions pas condamnés mais seulement écartés. Plus elle est secrète, plus elle est virulente. Une fois révélés, tous les vices s'atténuent. Les maladies aussi sont en bonne voie de guérison quand elles jaillissent brutalement hors de la clandestinité pour étaler au grand jour leur violence. C'est la même chose, tu dois le savoir, avec le goût du gain, l'ambition, et autres maladies de l'âme qui sont d'autant plus pernicieuses qu'elles se dissimulent derrière une apparence de santé.

 

Nous paraissons tranquilles, sans l'être. En effet, si nous sommes de bonne foi, si nous avons sonné la retraite, si nous avons renoncé aux faux-semblants, alors, comme je te le disais il y a peu, plus rien ne pourra nous détourner, aucun concert de voix humaines ou de chants d'oiseaux ne pourra interrompre nos salutaires pensées, désormais fermes et assurées.

 

Il faut avoir l'esprit léger et incapable de concentration intérieure pour prêter l'oreille au premier bruit ou au premier éclat de voix. Il faut avoir en soi une espèce d'inquiétude, une sorte de crainte innée, qui tient toujours en alerte, comme dans la description qu'en fait notre cher Virgile : « Et moi qui, peu de temps auparavant, n'était troublé ni par les flèches qu'on me lançait, ni par les armées grecques massées contre moi, me voici effrayé par le moindre souffle, alerté par le moindre bruit, et je vacille, apeuré par le compagnon autant que par la charge. »

 

Premier personnage : le sage qui ne s'effraie ni des flèches qui vibrent, ni du choc des armées en rangs serrés, ni du fracas d'une ville prise d'assaut. Second personnage : un homme qui a tout à apprendre, qui, au moindre bruit, tremble pour ses biens, désespéré à la première voix qu'il entend (car il la prend pour un cri de l'ennemi), un homme mort de peur aux plus légers mouvements, et qui redoute jusqu'à la charge qu'il porte.

 

Choisis n'importe lequel de ces hommes soi-disant « heureux » qui ont à la main ou sur leurs épaules de lourds bagages : tu le verras « apeuré par le compagnon autant que par la charge ». Sache donc que tu connaîtras vraiment l'équilibre le jour où aucune clameur ne t'atteindra, aucune voix ne t'arrachera à toi-même, ni par des flatteries, ni par des menaces, ni par un assaut bruyant de bavardages futiles.

Sénèque, Apprendre à vivre, Lettres à Lucilius (Arléa)

  Papillons-28 Papillons-69 papillon 040

Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 15:29
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