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Comment fabrique-t-on des clandestins ?

 

Encore l'immigration ? Oui, mais "clandestins" et sans papiers

 

Il ne sera question ici que d'une réflexion sur la "fabrique" de clandestins, de ce qui produit objectivement un clandestin. Il ne sera question ni de chiffres, ni de statistiques d'immigrés irréguliers (toujours hypothétiques et sujet à caution). Ne seront pas non plus évoqués le parcours des clandestins, leurs illusions, leur échec ou leur réussite, pas plus que les raisons historiques, politiques et économiques qui poussent des personnes à prendre le chemin de l'exil. Partir, c'est mourir un peu, écrivait Roland Dorgelès. Mais partir peut être aussi le moyen de renaître, de revivre, partir pour mieux revenir, bref, partir pour être.


La chronologie des faits est bien connue en France, de 1945 à 2000. Au lendemain de la 2e Guerre mondiale (comme au lendemain de la 1ère), les besoins de bras étrangers pour reconstruire le pays dicte aux autorités l'ouverture des frontières pour recruter massivement la main- d'oeuvre étrangère. Les Trente glorieuses (1945-1974) constituent à cet égard la période faste où immigrés et autochtones ont communié dans la conviction d'être utiles les- uns aux autres, dans la "fraternité" des besoins réciproques.


Seuls étaient refusés les étrangers catalogués dangereux pour l'ordre publique (politique et social). [Même si un tri pas toujours avoué privilégiait les populations européennes voisines : Italiens, Belges, Allemands puis Espagnols, Portugais, Yougoslaves, Roumains, Polonais. Une catégorie de travailleurs devait être limitée, sauf cas de nécessité majeure : Maghrébins et Subsahariens]. De fait, les refus systématiques furent rares, tous les bras étant alors utiles.


Incontestablement ce fut le temps des entrées massives. Le général de Gaulle officialisa cette orientation dans le fameux mémorandum "Impératif migratoire" lancé dès 1945, lequel comportait trois volets :


bouton 007 - Immigration massive dans un cadre régulier et contrôlé.

bouton 007 - Monopole de l'Etat dans le recrutement.

bouton 007 - Insertion facilitée des étrangers dans la société française.

 

L'Office national de l'immigration (ONI), organisme officiel, créé à cette fin, devait constituer l'instrument de la mise en oeuvre de la politique migratoire de l'Etat.

 

Des clandestins légaux ?

 

Mais apparut rapidement le décalage entre la politique officielle du gouvernement et les besoins sans cesse croissants des acteurs économiques, ces derniers exigeant toujours plus que les normes fixées par le gouvernement et son incapacité à satisfaire la demande. Le patronat passait outre les directives de l'ONI en argumentant ainsi :


"Notre pays a besoin de main-d'oeuvre à bas prix, laissons entrer le plus grand nombre possible de personnes, il sera toujours temps après de fermer les portes et de renvoyer les surnuméraires...".


En 1956-1957, l'immigration clandestine s'intensifia pour deux raisons principales :


bouton 007 - Les besoins toujours plus grands de travailleurs étrangers liés à la modernisation industrielle, en temps de surchauffe économique.

bouton 007 - Les incidences de la guerre d'Algérie.


L'ONI ne suivant plus le rythme, les immigrés prirent l'habitude de se rendre sur place pour se faire embaucher, le gouvernement fermant les yeux. Cela ne contrariait en rien la politique migratoire officielle qui préconisait "le recours à l'immigration comme moyen de stimuler la croissance". Cette politique fut confirmée par le rapport général de la Commission de la main-d'oeuvre du IIIe Plan (1958-1951), stipulant : 


"Le recours à l'immigration doit être considéré non pas comme un palliatif qui permettrait de résoudre quelques crises passagères, mais comme un apport continu indispensable à l'accomplissement des besoins du IIIe Plan". (Revue française du travail, avril-juin 1958).

 

Le Premier ministre Georges Pompidou, encourageait sans réserve cette position ainsi que l'initiative des étrangers d'entrer dans le pays pour se faire embaucher, passant par-dessus textes et règlements. Il déclarait ainsi en 1963 devant l'Assemblée nationale :


"L'immigration est un moyen de créer une certaine détente sur le marché du travail et de résister à la pression sociale".


Le ministre des Affaires sociales, Jean-Marcel Jeanneney, confirmait en 1966 :


"L'immigration clandestine, elle-même, n'est pas inutile car, si l'on s'en tenait à l'application stricte des règlements et accords internationaux, nous manquerions de main-d'oeuvre".

 

L'immigration clandestine légalisée ?

 

Cette double tendance, celle de l'immigration légale massive et celle de l'immigration clandestine non moins massive, fut désormais la règle, se créant ainsi dans le pays une culture de la clandestinité en matière d'immigration.

 

1974 : le couperet !

 

Chocs pétroliers et crise économique aidant, une circulaire du 5 juillet 1974 annonça la suspension de l'immigration et la fermeture des frontières. Soit !


Mais cette mesure ne fut accompagnée d'aucune pédagogie de l'immigration en direction des pays pourvoyeurs, ni même à l'intérieur de l'Hexagone. Sauf la chasse aux illégaux et une politique de fermeté et de reconduite à la frontière.


D'où les difficultés du moment à juguler les flux migratoires et les énormes dépenses consenties pour y faire face. Pour quel résultat ! Le décalage existe toujours entre les objectifs politiques déclarés et la réalité des besoins en main-d'oeuvre. Si bien qu'en 2012 il y a plus d'immigrés clandestins détenteurs d'emploi que dans les années 80 ou 90.

 

Paradoxe ?

 

La première des explications c'est que les migrations sont inévitables et utiles et que les immigrés, même clandestins, sont des indésirables utiles, voire indispensables. L'actualité en administre la preuve au quotidien. Le livre du sociologue Nicolas Jounin fourmille d'exemples illustrant ce conflit d'intérêt entre la doctrine officielle de "l'immigration zéro" et les besoins d'entreprises en travailleurs clandestins.


Ce sociologue, maître de conférence à l'université Paris VIII, s'est immergé, de 2001 à 2004, dans le secteur du bâtiment comme travailleur manuel, et a pu ainsi observer de l'intérieur les pratiques sur plusieurs chantiers. Il répond ainsi aux questions d'un journaliste :


" bouton 007 - Pourquoi les entreprises du bâtiment ont-elles recours à la main-d'oeuvre en situation irrégulière ?

bouton 007 - Parce qu'elles ne peuvent pas s'en passer. Les étrangers - en situation irrégulière (certains ont des titres de séjour d'un an qui les rendent à peu près aussi vulnérables) - occupent des postes dévalorisés comme manoeuvres ou ferrailleurs. Les manoeuvres sont plutôt originaires d'Afrique noire, les ferrailleurs du Maghreb. Ce sont des métiers très durs. Les étrangers acceptent des conditions de travail que d'autres refuseraient. Si ces métiers sont pénibles, ils sont plus rémunérateurs que le nettoyage ou la sécurité, autres secteurs dans lesquels on trouve des sans-papiers [...]. Le recours aux sans-papiers a permis aux entreprises de faire l'économie d'une réflexion sur le moyen de retenir et fidéliser leurs salariés. Elles savent qu'elles finiront toujours par trouver des bras".


Aujourd'hui, une catégorie de main-d'oeuvre étangère, les "nounous"  et autres travailleurs sociaux, le "service à personnes" en général,  occupent des emplois dont l'utilité n'échappe à personne. Cette catégorie de travailleurs, illégaux pour la plupart, croît d'année en année.


Comment ces personnes en situation irrégulière peuvent-elles occuper ces emplois ?

 

"En théorie, l'employeur est censé demander le titre de séjour de son employé. Mais, dans les faits, il lui est "techniquement possible" de salarier une personne en situation irrégulière, confirmait M. Francis Etienne, directeur de l'immigration au Ministère de l'immigration et de l'identitié nationale (juillet 2010)."

 

Le conflit existe donc toujours entre règlementation et réalité des besoins, regard de l'Etat et intérêt des entrepreneurs, notamment dans certaines catégories de métiers.


Et si la fermeture des frontières et le durcissement des lois produisait les clandestins ?


Il existait un système de noria bien établi, entré dans les traditions depuis la fin des années 40. Par exemple l'ethnie soninké (Mauritanie, Sénégal, Mali) qui voyait les générations se succéder sur la route entre leur pays et la France.


« Il s'agissait alors d'une migration temporaire et pendulaire, par rotation. Les aînés qui partaient pour quelques années rentraient au pays pour être remplacés par les plus jeunes. Le jeune frère était ainsi assuré de prendre la relève de l'aîné qui après trois ou quatre ans passés en France, rentrait définitivement, se mariait (s'il était célibataire) et occupait sa place dans la société, auréolé de son passé de migrant. Si cette relève ne pouvait être assurée parce que la famille ne comptait qu'un garçon, ce dernier était astreint à plusieurs séjours successifs jusqu'à un âge avancé.

 

Ce système de rotation qui assurait la mobilité des travailleurs africains entre le pays d'accueil et le pays d'origine se fige aujourd'hui, les frontières étant désormais fermées à ce genre de mouvement. Ceux qui réussissent néanmoins à franchir la barrière par des voies détournées pour se retrouver en France entendent y rester de peur de ne plus pouvoir y revenir s'ils rentraient chez eux au bout de deux ou trois ans. Et les plus jeunes, les cadets qui, traditionnellement étaient appelés à assurer naturellement la relève, se heurtant aux mêmes barrières érigées à l'entrée de l'Europe, tentent le tout pour le tout pour les franchir au moyen de la clandestinité ou de trafics plus ou moins avouables, notamment de faux papiers. Car que faire lorsque la porte est fermée et qu'on veut entrer ? Entrer par la fenêtre ! On est alors clandestin. » (Tidiane Diakité, L’immigration n’est pas une histoire sans paroles, Les Oiseaux de Papier)

 

gif anime puces 029 La fermeture des frontières, en brisant cette noria traditionnelle, véritable instrument de régulation naturelle de l'immigration, a transformé des migrants réguliers en clandestins sans papiers, fantômes invisibles mais utiles.

 

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(A suivre)

Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 09:18
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Les migrations aujourd'hui et demain, enjeux et perspectives

 

"Un enjeu majeur du 21e siècle...

En ce début de 21e siècle, le phénomène s'est accéléré... La croissance des migrations est plus rapide que celle de la population mondiale, mais tout en constituant à peine 5% de celle-ci...

Deux constats s'imposent : migrations, développement et relations internationales sont étroitement liés dans cet espace mondialisé. L'Etat-Nation aux frontières fermées et à la population homogène est le grand perdant de ce processus." (Catherine Wihtol de Wenden, Atlas des migrations dans le monde, Ed. Autrement).

L'ampleur des flux migratoires (densité et diversification) inquiète des Etats qui tentent de mettre en place des politiques qui sont loin de constituer la voie la mieux indiquée , de nature à faire du phénomène migratoire non un objet d'épouvante, mais une chance pour ceux qui partent et pour ceux qui accueillent.

Les barricades érigées, parfois dans la précipitation, les refoulements, les centres de rétention... ne peuvent endiguer ces flux ; autant couper les pieds à tous les candidats au départ, parce qu'il existe aussi une poussée migratoire qui est une poussée de la liberté, en même temps qu'aspiration au bien- être. L'Occident qui a de tout temps prêché l'ouverture des frontières, la liberté des personnes, peut-il aujourd'hui s'opposer à la liberté d'aller et venir, à la mobilité des personnes ?

De plus, la mondialisation s'amplifiant, les flux des produits de toutes sortes, marchandises, idées, techniques, modes, circulent à une vitesse jamais égalée grâce au coût de plus en plus bas des moyens de déplacement et de communication, eux ausi de plus en plus nombreux et diversifiés. Comment dans ces conditions freiner la mobilité des personnes ?

Comme d'autre part le fossé ne cesse de se creuser entre pays riches et pays pauvres, les sources de la mobilité des hommes et des femmes ne tariront pas d'elles-mêmes. Il faut pour cela de la volonté, de la cohérence et de la cohésion des politiques des  nations, bref, "de l'audace,  et encore de l'audace".

Peut-on ouvrir les frontières aux marchandises, aux technologies, aux idées et aux modes en les fermant aux personnes ? Quelle est donc la bonne politique pour faire face au phénomène migratoire d'aujourd'hui et de demain ?

Il ne s'agit en aucune manière de contester aux Etats le droit de chercher à réguler les fux migratoires de manière à trouver la bonne adéquation entre l'accueil des migrants et les moyens à leur consacrer afin que leur présence ne constitue pas un facteur de déstabilisation. Cependant, la politique de fermeté ne doit aucunement prendre le pas sur la bienveillance et la "bientraitance", y compris à l'égard de ceux qui seraient en situation administrativement irrégulière. Ce qu'il faudrait  à l'échelle nationale et mondiale, c'est :

bouton 007 - D'abord chercher les propos qui apaisent le débat sur l'immigration.

bouton 007 - Consolider le développement de pays économiquement faibles émetteurs des flux les plus denses.

bouton 007 - Promouvoir la liberté et la démocratie à l'intérieur des Etats.

bouton 007 - Organiser la communication entre les cultures, ce qui constiltue un facteur de connaissance et de compréhension de l'autre.

 

Mieux se connaître

 

car la méconnaissance est une source inépuisable de peur et de rejet de l'autre. Se connaître pour mieux vivre ensemble et construire la "Cité démoncratique" de la connaissance réciproque et du partage.

A l'échelle des nations, il importe de chercher les moyens d'intégrer au mieux les populations allogènes.


S'agissant de la France, il est souvent fait état d'absence de politique d'intégration ou de l'échec du modèle français d'intégration. Certes, les pouvoirs publics ont tardé à faire de l'intégration une question prioritaire. Le thème de l'immigration lui-même ne s'est imposé dans les discours qu'à la fin des années 1970. Mais surtout, l'opinion s'est emparée de ce thème (notamment à partir de faits divers sensationnels) prenant le pas sur les pouvoirs publics et les acteurs économiques qui, depuis les années trente, avaient la maîtrise ou la responsabilité des questions migratoires. Dès lors, l'émotion, les représentations décalées par rapport à la réalité dominent le débat ; ce qui complique d'autant la recherche réfléchie au meilleur moyen d'accueillir et d'intégrer, le regard porté sur le migrant devenant un regard négatif exclusif.

Il n'empêche, l'intégration suit son chemin dans ce pays, lentement, non sans à-coups certes, mais sûrement. L'intégration, c'est quand "à l'intérieur d'un groupe ou d'un individu, des traits identitaires s'ajoutant ou se substituant aux caractères originels, les idées et les comportements des personnes concernées évoluent de sorte que l'appartenance à la société environnante ne constitue plus un problème. Les formes d'intégration apparaissent très diverses : l'évolution peut être acceptée ou forcée, inconsciente ou délibérément recherchée, effaçant en apparence toute identité d'origine ou laissant subsister quelques éléments de celle-ci. [...] Il s'agit donc d'un phénomène complexe gouverné par des facteurs variés". (Ralph Schor, Historiens et géographes, janvier 2004)

 La marche vers l'intégration est en effet tributaire d'un certain nombre de facteurs. Les temps de crise économique ne sont favorables ni à l'accueil des étrangers, ni à leur intégration. Au contraire, les périodes de prospérité sont des facteurs d'accélération de l'intégration. Ce fut toujours le cas en France (sans doute ailleurs aussi) où l'histoire fourmille d'exemples d'accélération ou de frein de l'accueil et de l'intégration. Ainsi en 1895, lors d'une période de fortes tensions sur le marché de l'emploi, le consul italien à Lyon décrit comme suit la situation de ses compatriotes : "Bien que notre main-d'oeuvre soit très appréciée et demandée, les hommes sont souvent persécutés ou mal vus. On dit souvent que l'Italien est sanguinaire, arrogant, menteur. [...] Dans la dernière décennie, cette circonscription connut deux violents affrontements dont l'origine se trouve dans la peur de la concurrence."

Parlant de ces mêmes Italiens, un policier nantais affirmait en 1929 : "Ils n'ont à aucun degré le don d'assimilation." Et le juriste René Rey de préciser : "Lisant des journaux écrits dans leur langue nationale, conservant leur religion et la pratiquant, formant des sociétés semblables à celles existant dans leur pays [...] ces étrangers constituent dans le pays une force. " Les exemples sont nombreux.

De même lors de la grande crise mondiale des années trente, un député conservateur déclare en 1931 : "Nous ne souffrons pas d'une crise de chômage, mais d'une crise d'invasion étrangère."

Les facteurs sociaux jouent également un rôle important. Le premier facteur propice, c'est la rencontre , quel qu'en soit le cadre( le mélange avec les autochtones) : chantiers, usines, école, associations sportives ou syndicats, tout comme les mariages mixtes.

Les facteurs culturels sont aussi des plus favorables à l'intégration. La connaissance préalable du pays d'accueil, celle de sa langue, de son histoire, de ses institutions... joue un rôle d'accélérateur.

Enfin, le degé d'intégration, quelle que soit la durée du séjour dans le pays, varie selon les individus et leur personnalité, de même que les expériences vécues, le lieu de résidence (en communauté d'origine fermée, dans un même espace, un quartier, ou en contact régulier avec les autochtones)...

"Certains immigrés restent proches de leur identité nationale. D'autres semblent intégrés, voire assimilés, même si le rejet délibéré de la personnalité nationale d'origine reste très rare. Il est cependant délicat de définir le type de Français dont les immigrés intégrés sont proches, tant la société du pays d'accueil se révèle fractionnée par des particularités régionales, des différences culturelles, des clivages idéologiques. [...] Une définition précise de l'intégration apparaît d'autant plus délicate que ce phénomène n'est pas incompatible avec des retours périodiques au pays, le maintien de singularités culturelles en matière de langue, de traditions, d'usages culinaires..."


C'est précisément de la rencontre de ces cultures qu'il faut savoir tirer la richesse de l'immigration et de l'intégration pour en faire à la fois le prix de la prospérité et celui de la paix entre peuples et nations.

migrat Afri Affichage Web moyen Pour approfondir voir :

- Tidiane Diakité, France que fais-tu de ta République ? L'Harmattan.

- Tidiane Diakité, L'Immigration n'est pas une Histoire sans paroles, Ed. Les Oiseaux de Papier. (Coauteur : N. Mounier).


Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 15:33
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Le regard de l'autre chien 263

 

Humeur et humour

 

Candidats russes, turcs et marocains à l'immigration, réfléchissez avant de choisir la Flandre comme terre d'accueil. Lisez attentivement, avant de boucler vos valises, la brochure que vous distribuera le ministre Geert Bourgeois (N-VA), vice-ministre président du gouvernement flamand, en charge de la Citoyenneté.

Ce vade-mecum du futur flamand modèle décline les étranges us et coutumes des citoyens de ce plat pays que vous rêv(i)ez de côtoyer. Le saviez-vous ? En Flandre, il est interdit de maltraiter quelqu'un, physiquement ou psychologiquement, même s'il s'agit de votre épouse ou de vos enfants.

Plus singulier, encore : les Flamands ne vivent pas en rue. Ils vivent dans leur maison. Et puis, ils sont ponctuels, les Flamands : un rendez-vous à neuf heures, ce n'est pas neuf heures cinq. Et là-bas, les gens ne s'invitent pas les uns les autres. Pas n'importe comment en tout cas. Au préalable, ils se fixent rendez-vous.

Ces gens étranges apprécient le repos. Après 22 heures, on fait silence en Flandre. Et les rues y sont propres. Si vous vous y établissez, il faudra sortir vos poubelles aux heures et jours réglementaires. On allait oublier l'essentiel : la vie y est si chère que les conjoints sont tous deux contraints de travailler s'ils veulent joindre les deux bouts. Conclusion : il faut que vous recherchiez un emploi. Et, bien sûr, que vous vous frottiez aux subtilités de leur langue. Dernière surprise : celui qui travaille en Flandre paie des impôts. C'est même obligatoire.

Vous avez toujours l'intention de mettre le cap sur ce pays des merveilles ? Sachez encore que son climat y est si pluvieux, en toute saison, qu'il faut emmener avec soi le parapluie et la petite laine.

La brochure ne dit pas si, pendant les rares jours de soleil, les Flamands s'accordent le droit de traîner en rue après 22 heures, au risque de rater leur rendez-vous du lendemain et d'oublier de sortir leurs poubelles.

Dirk Vanoverbeke, Le Soir de Bruxelles, 11 mai 2012.

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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 09:20
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005.gif Comment Papillons-61 comprendre et supporter les assauts du temps?

 

Pour l'individu comme pour la collectivité, rien n'est stable. Les destins des hommes comme ceux des villes sont balayés. C'est le grand calme ; tout à coup surgit la terreur et, sans aucun trouble avant-coureur, la catastrophe éclate là où on l'attend le moins. Ces royaumes qui avaient résisté aux guerres civiles, aux guerres extérieures s'effondrent sans que personne les ait poussés. Combien de cités ont supporté jusqu'au bout leur prospérité ? Il faut donc penser à tout et affermir son (âme contre tout ce qui peut arriver.

 

Exils, souffrances de la maladie, guerres, naufrages : tu dois te préparer à tout cela. Un coup du sort peut t'arracher à ta patrie, t'arracher ta patrie. Il peut te bannir dans le désert. Ces lieux étouffants où se presse la foule peuvent eux-mêmes devenir un désert. Ayons devant les yeux la condition humaine sous toutes ces facettes et n'imaginons pas les accidents en fonction de leur fréquence avérée, mais de leur intensité possible. Ainsi éviterons-nous d'être écrasés, submergés, en prenant pour exceptionnels des événements qui sont juste un peu inhabituels. Il faut envisager la Fortune sous tous ses aspects.

 

Que de fois des cités, en Asie, en Grèce, sont tombées au premier tremblement de terre ! Combien de villes en Syrie, en Macédoine ont été englouties ! Que de fois un tel désastre a dévasté Chypre ! Que de fois Paphos s'est écroulée sur elle-même ! Bien souvent, on nous a annoncé que des villes avaient été entièrement anéanties et nous, à qui parviennent bien souvent de telles nouvelles, qu'est-ce que nous sommes dans l'univers ? Tenons donc tête au hasard et sachons qu'en tout accident il y a toujours plus de bruit que de mal.

 

Une ville opulente a brûlé, joyau des provinces auxquelles elle se rattachait tout en restant incomparable. Et pourtant elle était située sur une seule colline et de faible altitude. Toutes ces cités dont tu entends aujourd'hui vanter la splendeur prestigieuse, le temps ira raser jusqu'à leurs traces. Tu ne vois pas, en Grèce, comme les fondations des villes les plus fameuses sont consumées sans que rien ne dépasse pour dire au moins qu'elles ont été ?

 

L'ouvrage de nos mains n'est pas le seul à s'effriter, pas plus que l'œuvre élevée par l'homme à force de soin et d'adresse n'est la seule à subir les assauts du temps. Les sommets des montagnes s'affaissent. Des régions entières s'enfoncent. Certains lieux aujourd'hui recouverts par les flots ne voyaient même pas la mer. Le feu des volcans, qui illuminait les collines, les a rongées et a réduit à peu de chose des promontoires jadis vertigineux, postes de vigie qui rassuraient les navigateurs. Si même les œuvres de la nature sont malmenées, nous devons supporter d'une âme égale la destruction des villes. Aujourd'hui debout, demain par terre : ainsi finissent toutes choses. Soit une force interne et la violence de l'air comprimé font exploser la lourde masse rocheuse, soit des torrents souterrains se déchaînent en emportant tout sur leur passage, soit la violence des flammes crève la croûte terrestre, soit c'est avec le temps (dont rien n'est à l'abri) que tout est emporté, grignoté, soit la rigueur du climat chasse les populations et les maisons pourrissent à l'abandon. Il serait trop long d'énumérer les différents chemins qu'emprunte le destin. Tout ce que je sais, c'est que toute œuvre des mortels est condamnée à mort. Nous vivons au milieu de choses périssables.

 

Formons donc notre âme à comprendre, à supporter son sort. Apprenons-lui que la Fortune a toutes les audaces, qu'elle a sur les empires les mêmes droits que sur les empereurs, et le même pouvoir sur les hommes que sur les villes. Rien de tout cela ne doit nous indigner. Dans le monde où nous sommes entrés, telles sont les lois qui gouvernent notre vie. Content ? Accepte-les ! Pas content ? Sors par où tu voudras ! Proteste si tu es le seul à être visé par une disposition injuste. Mais si la nécessité enchaîne grands et petits, alors fais la paix avec le destin qui dénoue toutes choses.

 Sénèque, Apprendre à vivre, Lettres à Lucilius, Arléa.

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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 15:31
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004-C

Un conflit aux facettes multiples

 

De la rébellion touarègue à la désintégration nationale

 

Peuple berbère, les Touaregs sont les premiers occupants du Sahara central : Algérie, Libye ainsi que les bordures du Sahel : Niger, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Tchad...

Traditionnellement nomades et guerriers, les Touaregs ont comme activité principale l'élevage de chameaux et de chèvres. L'agriculture, en complément de leur alimentation, est pratiquée par des serfs noirs à leur service. A leur service également des esclaves noirs domestiques.

La hiérarchie sociale très stricte comporte cinq principaux groupes allant des nobles aux esclaves. L'activité guerrière est valorisée par la société et constitue une source de richesse et de prestige par les razzias de bétail ou les expéditions militaires contre des caravanes dans le désert ou contre les agriculteurs sédentaires. Les heurts entre Touaregs et Noirs sédentaires ont fait partie du quotidien jusqu'à la colonisation.

Après les conflits l'opposant aux Arabes, la colonisation a constitué un premier accroc avec ce peuple fier pour qui le nomadisme est assimilé à la liberté.

Les Touaregs ont résisté farouchement et longtemps à la colonisation française qui ne s'imposa qu'au prix d'actions particulièrement sanglantes de part et d'autre.

Pourtant, les premiers voyageurs européens, Barth (1850-1855) et surtout Duveyrier (1859-1863), trouvent fort sympathiques ces "chevaliers du désert". Mais les Touaregs leur refusent le droit de traverser le Sahara. Le reste n'est qu'une suite d'affrontements sanglants jusqu'à la fin du 19e siècle.

Tombouctou est occupée par la France en 1894 et Gao en 1899. La "pacification" ne met pas fin aux attaques des Touaregs contre les postes français pendant les deux premières décennies du 20e siècle. Elle se fait néanmoins grâce aux concessions faites aux Touaregs dont notamment la liberté de se déplacer et la dispense de certaines obligations auxquelles étaient soumis les autres colonisés.

L'indépendance de l'AOF à partir de 1960 met en lumière la spécificité touarègue dans l'ensemble colonial français d'Afrique. Les Touaregs ne veulent pas faire partie d'un État africain où ils seraient minoritaires démographiquement et culturellement.

Le 30 octobre 1957, sentant venir l'indépendance (après la Loi-Cadre de 1956), les Touaregs et les Maures de l'AZAWAD (étymologiquement "la terre de transhumance" ou "le pâturage") demandent aux autorités françaises de ne pas être inclus dans ces nouveaux États. Une pétition signée par 300 chefs locaux est transmise à Paris, mais ne reçoit pas de réponse.  Après le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, dès le 30 mai, les Touaregs réitèrent leur demande en invoquant une incompatibilité avec les sociétés subsahariennes.

Le souhait émis dans cette requête est  d'être intégrés au Sahara français du Sud-Algérien. Cette requête, pas plus que la pétition de 1957, n'est prise en considération. Elle est ignorée par de Gaulle.

 

bouton 007 Le nouvel État malien et les Touaregs : révoltes et répression, révoltes et accords

 

Les Touaregs, en général, ne se sont jamais sentis à l'aise au sein de l'État malien (même s'ils ont donné ministres, députés, cadres au pays).

Dès l'indépendance proclamée, le territoire de l'AZAWAD devient le théâtre de nombreux heurts entre l'armée malienne et les Touaregs. Ceux-ci réclament l'autodétermination de leur territoire.

En 1963, éclate la première rébellion contre l'État malien, très durement réprimée par l'armée nationale. Les rébellions qui se succèdent, en particulier dans les années 1990 et 2000, sont motivées par la même volonté d'autonomie mais s'y greffent les conséquences d'un bouleversement dans le mode de vie de la population touarègue dû aux graves sécheresses dans le Sahel au début des années 1970. Les troupeaux de chameaux et de chèvres sont décimés à 80% voire davantage. Le choc est rude, car "quand les animaux meurent, les Touaregs meurent".

Ils doivent alors subir une sédentarisation forcée (cependant souhaitée par le gouvernement depuis l'indépendance). Beaucoup abandonnent le nomadisme pour se fixer, principalement dans les grandes villes en bordure du Sahara, en Algérie comme au Mali ou au Niger. L'usage du camion se substituant à celui du chameau, la mutation est brutale et l'adaptation difficle.


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Devenus sédentaires en partie, les Touaregs mesurent le retard de l'AZAWAD, leur territoire d'origine, par rapport au reste du pays en matière de développement et s'estiment marginalisés, oubliés dans les différents plans de développement élaborés depuis l'indépendance. Le mouvement irrédentiste s'organise et se structure. Le mouvement national de libération de l'AZAWAD (MNLA) voit le jour en 1988. Au motif d'incompatibilité sociale et culturelle, s'ajoute un ressentiment de laissés-pour-compte.

Par ailleurs, le Guide libyen M Kadhafi ne cesse de jouer un rôle de pompier-pyromane dans les difficiles rapports entre les Touaregs et l'État malien. Sa chute voit le retour de nombreux Touaregs maliens installés en Libye, dont beaucoup de cadre dans l'armée. Ceux-ci, surarmés grâce aux armes provenant des arsenaux libyens, constituent le fer de lance de la rébellion.


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Les armes libyennes assurent la victoire du MNLA


L'incapacité de l'État malien à imposer son autorité sur ces immenses espaces désertiques favorise non seulement le renforcement de la dissidence touarègue mais aussi le grand banditisme et les activités terroristes. Plusieurs mouvements islamistes radicaux investissent le Nord devenu une véritable plateforme de trafics en tous genres, notamment d'armes et de drogues. Les prises d'otages et les fabuleuses rançons qui en résultent constituent leur trésor de guerre et leurs moyens d'action. C'est dans ce contexte qu'un coup d'État militaire, perpétré le 22 mars 2012, renverse le président A. T. Touré démocratiquement élu, à seulement un mois de la fin de son second mandat, entraînant la déroute de l'armée, la désorganisation de l'État et le blocage des institutions.

Le mouvement national de libération de l'AZAWAD proclame unilatéralement l'indépendance de ce territoire le 6 avril 2012, indépendance rejetée par l'Union africaine, la CEDEAO ainsi que la Communauté internationale.

Les islamistes, ceux d'AQMI et d'Ansar ed Din, déploient leur drapeau dans le nord du pays et menacent d'imposer à l'ensemble du territoire national la charia par la force des armes. Les trois régions du Nord occupées : Kidal, Gao, Tombouctou, sont aujourd'hui les premières confrontées à l'épreuve de la loi coranique.

 

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des islamistes d'Ansar ed Dine armés et sûrs d'eux

 

bouton 007 Comment le Mali en est-il arrivé là ?

 

Tous les gouvernements successifs du pays depuis l'indépendance ont chacun leur part de responsabilité dans le pourrissement de la question touarègue, même si le président déchu en mars dernier s'est montré particulièrement "mou" dans la résolution de cette question et surtout dans l'incrustation et les activités des islamistes dans le nord du pays.

 

bouton 007 La république de l'AZAWAD est-elle viable ?

 

bouton 007 Le Nord-Mali est-il perdu ?

 

bouton 007 Quel risque pour l'avenir du Mali ?

 

bouton 007 Solution militaire ou solution politique ?

 

Ces questions sont liées. Il faut sauver le Nord pour sauver le Mali. Que peut l'armée malienne ? Peu de chose... Il faut d'abord recréer une armée équipée, homogène, animée par la volonté d'aller conquérir le Nord. Comment créer une telle armée dans un pays sans État, décapité ? Un pays où s'affrontent gouvernement civil et gouvernement militaire, militaires putschistes et militaires loyalistes, un pays pour lequel le terme approprié est aujourd'hui con-fu-sion.

Une réaction de l'armée malienne étant pour l'heure hors de question, seule une solution militaire extérieure pourrait combler le vide de la force armée nationale. Quels États, quelles organisations internationales pourraient endosser la charge d'une telle mission et comment ? Encore faudrait-il que l'impulsion vienne de l'État malien (quel État ?).

De tous les États sahéliens concernés par la situation au Nord-Mali, seule l'Algérie dispose du potentiel en hommes, en armes, en expérience du terrain. Seule, son intervention pourrait avoir une action décisive. Mais en a-t-elle la volonté ?

 

bouton 007 Solution militaire ou négociation ?

 

Quel interlocuteur pour les rebelles touaregs et les islamistes radicaux ? Ces derniers ont-ils jamais accepté compromis et concessions ?

 

bouton 007 Comment le Mali a-t-il pu tomber si bas et comment le relever ?

 

C'est par cette question qu'il faudrait commencer. Mais celle qui prime sur toutes les autres est : "Comment en est-on arrivé là ?" Comment un pays indépendant depuis plus de 50 ans, immense par la géographie et l'histoire, considéré comme un modèle de démocratie en Afrique depuis plus de 20 ans a-t-il pu s'écrouler comme un château de cartes en quelques semaines ? En 5 semaines à peine, ce grand pays a tout perdu : son président, son gouvernement, ses institutions, son unité...

 

bouton 007 Comment et pourquoi ?

 

Ce questionnement incombe tout d'abord aux seuls Maliens, sans lesquels il n'y aura ni unité, ni État, ni progrès.


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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 15:11
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