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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 08:50

 
 0001.gifAprès l’élection, une hirondelle fera-t-elle le printemps ?

 

crise Mali1 Affichage Web moyen

 

gif anime puces 025Pose de la première pierre de la reconstruction nationale ?

 

bureau-de-vote.jpg

bureau de vote

 

bouton 00711 août 2013 : date de l’élection du nouveau président de la République du Mali, à l’issue d’un scrutin jugé honnête par les observateurs, apparaîtra dans l’histoire récente du pays comme un grand jour.


Quoi qu’il en soit, à compter de ce jour, le Mali concentrera tous les regards  aussi bien intérieurs qu’extérieurs au continent africain. C’est dire l’importance du rôle que devra jouer la nouvelle équipe dirigeante sous la responsabilité du président de la République élu, Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), chef d’orchestre revêtu de la dignité suprême et de la légitimité que confère le suffrage démocratique.

 

IBK.jpg

IBK, président élu

 

Les données sont simples, l’objet est clair. Il s’agit de rebâtir un pays en ruine sur un socle nouveau.

 

gif anime puces 025Questions préalables


De l’avis de l’écrasante majorité des Maliens, toutes classes sociales confondues, « sans l’intervention de la France et l’opération Serval, le Mali n’existerait plus ».


Partant de cette affirmation, la première réflexion doit être ainsi formulée :

 

fleche 026 Pourquoi et comment sommes-nous tombés si bas ?

fleche 026Que faire pour nous relever ?

fleche 026Que faire pour ne plus jamais retomber aussi bas, en perdant tout crédit y compris la mémoire d’un passé prestigieux ?

 

Tout le reste : réflexion à mener, action à accomplir, méthode et moyens, doit découler de ces préalables qui sont aussi des absolus.

 

gif anime puces 025Seul impératif, le devoir de rédemption: un pays à reconstruire, une image à restaurer, un défi à relever

 

Parmi les incontournables, la promotion d’une vraie culture de gouvernement pour favoriser une véritable pédagogie de la démocratie, l’occasion aussi de souligner la différence entre vote, élection et démocratie, laquelle réside dans l’action des gouvernants, dans les faits du quotidien, non dans les mots.


Si le Mali a été gratifié du titre honorifique de « démocratie modèle » en Afrique depuis 1992, comment expliquer que cette « démocratie exemplaire » se soit écroulée si facilement et si rapidement, en l’espace de quelques semaines, à partir du 22 mars 2012 ?


Quels en étaient les vices cachés, les faiblesses, les insuffisances ?


Comment le grand pays au passé prestigieux, au présent élogieux, a-t-il pu en arriver au point de toucher le fond de l’abîme, et d’être récemment qualifié par la presse européenne de « pays rongé par la corruption, le trafic de drogue et les guerres tribales » ?

 

En première place de ce colossal chantier qui s’ouvre pour remettre tout un pays debout, doit figurer la justice, sous toutes ses formes, à tous les échelons de l'État et de la vie nationale, car sans justice il n’y a ni Etat, ni nation, ni solidarité. Enfin, sans une justice respectable et respectée, il n’est ni paix sociale, ni démocratie.


Or, il s’agit bien à présent de recoudre un tissu social en lambeaux, abîmé depuis fort longtemps. La justice apparaît comme le meilleur outil indiqué à cette fin, car elle constitue bien ce ciment social sans lequel rien ne tient.


Bref, il faut construire l'Etat, et pour cela, forger la conscience et la culture de l’État.

Puisse la nouvelle équipe qui s'apprête à prendre les rênes du pouvoir, être inspirée par ces mises en garde de  Spinoza:

"Le meilleur État est celui où les hommes vivent dans la concorde et où la législation nationale est protégée contre toute atteinte...La nation se trouve donc en faute quand elle accomplit ou tolère des actes susceptibles d'entraîner sa propre perte."

Et le caractère laïque de l'État devra être affirmé sans ambiguïté,car facteur de paix sociale.

 

Quant à l’aspect diplomatique, il va sans dire que le Mali est désormais, et sans doute pour longtemps, un pays sous tutelle. Il appartient à l’équipe dirigeante nouvelle de lui faire recouvrer sa pleine souveraineté, afin que sa voix soit à nouveau audible et crédible. Cela ne va pas sans effort et sans discernement.

 

Si la France a consenti un important effort militaire, financier et diplomatique pour sauver le Mali d’une destruction certaine, elle ne supporterait pas de porter éternellement le poids d’un pays incapable de s’assumer, d’être condamnée à terme à un ingrat travail de Sisyphe. Ses capacités et sa volonté ont certainement leurs limites.

 

La crise malienne a été aussi révélatrice d’une grave carence de la solidarité africaine agissante, à savoir la solidarité en action, non dans les mots.


fleche 002Combien d’Etats sur le continent sont-ils venus spontanément au secours d’un pays voisin en danger de mort ?

fleche 002Quelle fut la contribution de la totalité des 54 Etats du continent ?

fleche 002Et l’Union africaine ? Quelle action, quel bilan ?

 

Or, si le Mali apparaît  -et à juste raison-  comme le principal bénéficiaire de l’aide de la France, au-delà de son seul territoire, c’est toute l’Afrique de l’Ouest, mieux, toute le continent qui en tire aussi profit ; car, après le Mali, c’est toute l’Afrique qui risquait à terme  de subir le même sort.


Cela ne peut-il servir de leçon ou tout au moins inspirer la réflexion pour plus de solidarité continentale ? Pour un véritable projet de solidarité et d’action pour l’avenir ?

 

gif anime puces 025Le Mali, seul maître d’œuvre de son avenir

 

En définitive, l’avenir du Mali sera ce que les Maliens en feront.


Même si la démocratie se nourrit tout d’abord de l’exemplarité de la conduite et de l’action des dirigeants, le colossal défi à relever ne peut être du ressort du seul président élu. C’est d’une œuvre collective qu’il doit s’agir, laquelle implique la responsabilité de tous les Maliens, pour un réveil des consciences et une réelle culture civique, qui incarne le sens de l'intérêt général et le respect du bien public. L’avenir du pays en dépend.

 

En tout état de cause, aujourd’hui comme demain, les fils du tissu malien ne seront tissés que par les Maliens eux-mêmes, et le remède du Mali sera le Mali.

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 10:03

020-C

 

Comment concilier l’aide au Mali et la faillite de l’État malien ?

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Question iconoclaste :

Qu’apporte l’aide au Mali ?

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Comment des associations de partenariat, des communes, des départements ou régions, engagés au Mali depuis des décennies au titre de l’aide au développement, n’ont-ils pas vu venir ce drame qui couvait sous les apparences d’une démocratie « modèle » mais qui n’en était pas vraiment une ?


Si le Mali avait été à la hauteur de sa réputation démocratique, en serait-il aujourd’hui dans cette situation de faillite spectaculaire ? Les partenaires en développement n’ont-ils rien vu venir ? Ou, au contraire, ont-ils été conscients et se sont-ils tus ? Aide-t-on le Mali pour s’offrir le spectacle de sa faillite ?


Cette tragédie malienne doit induire la nécessité d’un regard lucide et dépassionné sur l’acte d’aider un pays à se développer, c’est-à-dire à s’assumer pleinement, à s’épanouir, en ayant la maîtrise de son destin.


 

17Pourquoi aider et comment aider ?


Car enfin, comment aider un pays pauvre à émerger si l’on ignore tout de son passé, de son histoire, de ses cultures, du niveau d’intégration de ses différentes composantes sociales et ethniques ?


 

17Quelle aide ? L’aide, une fin en soi ou l’aide au développement ?


Certains de ces partenaires, par leur action inscrite en dehors de toute réalité objective du pays, sans le savoir et malgré leur incontestable volonté d’aider et leur générosité, contribuent au mieux à la stagnation du pays, au pire à sa régression  : économique, sociale, politique…


Certaines pratiques de l’aide ne laissent pas d’interroger, tel l’exemple de cette infirmière retraitée qui, après un voyage d’agrément dans un village africain, de retour en France, réunit autour de sa famille et de quelques amis, une « association d’aide au village X ». Grâce aux dons, une école est construite, puis un centre de soins, et des puits sont creusés. On donne de l’argent à un orphelinat qui voit de ce fait grossir sans cesse ses effectifs. On achète des vivres…


On se donne bonne conscience, en plus de trouver une occupation noble à sa retraite. Le geste est généreux, louable, mais une des conséquences est que le village aidé n’attendra plus que l’aide des Français et la manne tombée du ciel, et sombrera dans une culture d’assistanat, pire que la pauvreté, au lieu d’apprendre à lutter pour vivre, à créer et progresser.


 

17Ils y vont pour faire, non pour apprendre à faire.


Tel autre Français, par "générosité", crée une association de voyage solidaire, « Voyager Autrement », qui organise des vacances solidaires dans un village africain : « Ces séjours de 11 à 14 jours allient découverte d’ethnies [cela rappelle les "zoos humains" des années 30], immersion dans le village, trekking week-end en montagne, initiations à des pratiques artisanales… » Pour le fondateur de l’association, « l’objectif est de participer au développement du village… Ainsi des emplois sont créés, des travaux d’assainissement voient le jour, ainsi que la réfection des classes de l’école… ».


Le geste est certes louable, mais le résultat est le même. On est loin du développement et de ses exigences.


Toute aide à l’Afrique doit être l’aide au développement qui n’admet d’autre priorité que la conscience aiguë des moyens d’y parvenir, matériels, financiers, humains. Il n’y a pas d’autre voie que l’indispensable responsabilisation des « aidants » et des « aidés », volonté de suivre dans la durée, la constance, dans l’effort, la pente rugueuse qui mène au développement. Sans science, sans formation, sans conditionnalités et sans responsabilité et lucidité, le mot développement continuera de s’appliquer longtemps à l’Afrique sous la forme d’un vocable creux, manié sous la forme d’un psittacisme soporifique.


Il n’est nullement question de faire de l’aide au développement un champ de bataille et d’austérité où l’on manie la "chicote", matériellement et moralement. Il ne saurait être non plus question d’interdire aux Français qui se rendent en Afrique, de créer des associations ou de profiter des plaisirs qu’offre le dépaysement ainsi que de la découverte d’autres peuples, d’autres cultures. Mais, pour ceux d’entre eux qui usent du mot développement, cela ne devrait pas faire perdre de vue l’essentiel : aider des populations à réussir leur émergence, en sortant du sous-développement pour s’affirmer comme peuples libres et souverains.


 

17Amitié et aide


Or, il suffit que des Français soient accueillis dans un village africain au son du tam-tam et entrainés dans des danses exotiques, au rythme endiablé du djembé, Oh ! combien grisants, pour qu’ils oublient qu’on ne se développe pas qu’en dansant, mais aussi et surtout en pensant, en imaginant, en retroussant les manches, en innovant, inventant et créant, et non uniquement en consommant ce qui est produit par d’autres.


La chaleur de l’accueil et de l’hospitalité a vite fait d’obscurcir chez certains, la vision des réalités. Le son du djembé résonant dans les cerveaux ne doit pas perturber indéfiniment le bon fonctionnement des neurones, et l’amitié ne doit pas non plus abolir la faculté de discernement lorsqu’il s’agit de développement. Dès lors, on porte des œillères dont on ne se défait plus, et on se laisse ainsi porter par la routine qui n’accepte ni remise en question ni regard extérieur, pour le grand malheur de la cause du développement dont on oublie les fondamentaux. On ne voit plus l’objectif à atteindre, on ne voit plus que les amitiés particulières qui se sont créées ; l’objectif devient le maintien et le renforcement de ces amitiés, et le développement devient affaire privée entre amis.


L’amitié ne doit en aucune manière nuire au langage de responsabilité, au contraire. Aider les Africains, ce n’est pas simplement planter des échalotes, creuser des puits ou créer des poulaillers. C’est pratiquer une rigoureuse pédagogie du développement, c’est savoir et faire savoir, ce qui requiert humilité, réalisme et tact. Aider au développement ne s’improvise pas. C’est un art et une science, mais avant tout, une volonté et une ambition.

 


17Comment aider ?

Aide et « conditionnalités »


Si le plan Marshall, ce vaste projet de reconstruction décidé par les Etats-Unis pour permettre aux États européens bénéficiaires de se relever des ruines et affres du conflit mondial, atteignit ses objectifs en un temps record, en permettant à ces États de se redresser, de recouvrer leur souveraineté et amorcer leur développement économique dans la stabilité politique, c’est sans doute parce qu’il comportait un certain nombre de conditions de rigueur d’utilisation et de garde-fous.


Ces « conditionnalités » de l’aide du Plan Marshall se distinguent de celles imposées par le FMI et la Banque mondiale dans les années 1990. Alors que l’aide apportée aux Européens par les Etats-Unis était en rapport étroit avec l’objectif de reconstruction et de développement des États aidés (même si les Etats-Unis en tirèrent un profit bien calculé), celle du FMI et de la Banque mondiale avait pour finalité première de permettre de rembourser les bailleurs de fonds des dettes contractées par les États africains.

 


17Aider, ce n’est pas seulement faire mais apprendre à faire et faire faire.


fleche 026Peut-on aider sans éducation à la démocratie, à la justice sociale, à la responsabilité individuelle et collective ?


Aider, c’est promouvoir l’éducation dans toutes ses dimensions, y compris l’éducation sanitaire, au rang de priorité, pour que l’eau des puits généreusement créés au titre de l’aide, reste potable et ne soit pas polluée avant d’atteindre les lieux de consommation. Le livre, le goût de la lecture, la culture de l’écrit, doivent demeurer l’objectif primordial.


Aider, c’est conférer à l’école toute sa noblesse et la plénitude de son efficience (et non seulement construire des salles de classe). C’est former, stimuler le cerveau et l’imaginaire, tout en créant des mains habiles. C’est évaluer les acquis pour consolider savoir et savoir-faire ; former des hommes conscients d’eux-mêmes et désireux de s’assumer. [A cet égard, je suis réservé sur l’efficience des jumelages des communes et des établissements scolaires avec l’Afrique comme vecteur de développement. Par contre ils sont très utiles pour l’amitié entre les peuples et l’ouverture à l’autre.]


 

17Et le Mali ?

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Aider ne saurait se limiter à un aspect strictement matériel, financier. Il est nécessaire de connaître et pénétrer la psychologie du peuple malien assez particulière en Afrique.


Aider les Maliens, c’est aider à la pratique de l’humilité, antidote du matérialisme exacerbé, facteur de dessèchement du cœur et d’aliénation de l’esprit. C’est aussi aider les Maliens à se reconnaître frères parce que simplement Maliens et Africains.


Les relations d’amitié et de confiance nouées avec les populations maliennes devraient permettre et faciliter cette pédagogie spécifique, distillée avec discrétion, sans arrogance ni condescendance, sans suffisance.

 

Si les Français et les Tchadiens parviennent à sauver le Mali par les armes, il est du devoir des Maliens de sauver leur pays par une véritable révolution mentale, politique, culturelle.


Après la première victoire, celle de la France et du Tchad, contre les djihadistes fanatiques, la deuxième bataille sera celle livrée par les Maliens contre leurs démons intérieurs, pour se sauver eux-mêmes. Ce ne sera sans doute pas la plus facile, mais la plus vitale car leur avenir en dépend.

 

Aider le Mali c’est aussi accompagner les Maliens dans l’effort de gravir pas à pas les marches qui mènent vers les hauteurs de la fraternité, en se tenant par la main, sans exclusive, condition de la paix dans les cœurs et du développement du pays.


Enfin, d’une manière générale, ce dont l’Afrique a le plus besoin aujourd’hui, c’est moins de croissance à deux chiffres que d’une « subversion pacifique », une révolution de l’esprit dont l’homme africain, son bien-être et sa dignité seront l’objet central.


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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 08:22

 

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DU ROYAUME A L’EMPIRE

 

 

L’empire de Gao (ou empire songhay ou sonrhaï), clôt la série des trois empires prestigieux de l’Ouest-africain du VIIe au XVIe siècle.


gif anime puces 543L’émergence d’un empire


Les populations songhays qui vivent le long du fleuve, à l’est de la boucle du Niger, se constituent en royaume au début du XIe siècle, le royaume songhay, qui prend pour capitale Gao. Le royaume est conquis par l’empereur du Mali Kankou Moussa qui, à son retour de la Mecque, y fait une entrée triomphale en 1325. Le royaume songhay devient vassal du Grand Mali.


Puis, profitant de l’affaiblissement de ce dernier sous les successeurs de Kankou Moussa, il secoue le joug de son suzerain et s’en émancipe définitivement.


Il entreprend à son tour la conquête de royaumes voisins y compris l’empire du Mali décadent. Le royaume songhay devient l’empire de Gao.


Comme l’empire du Mali, celui de Gao appartient à cette zone géographique, berceau de formations étatiques originales et exemplaires. Espace ouvert, terre de rencontres et d’échanges, irriguée par un commerce intense et continu durant des siècles, entre le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Afrique au sud du Sahara, dotée de ressources minières importantes, l’or en particulier, l’empire tire profit de ces privilèges multiples.


Comme dans l’empire du Mali, le travail du fer et l’utilisation du cheval couronnent un tableau déjà brillant, en faisant la différence sur les champs de bataille.

 

gif anime puces 543La dynastie des Sonni

 

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L’empire songhay des XVe et XVIe siècles

 

 

De l’histoire de cet empire, émergent la stature de deux fortes personnalités, deux empereurs qui modèlent cet État de leur puissante empreinte. Le premier, Sonni Ali Ber –Sonni le Grand, Ber signifiant « le grand » en songhay), règne de 1464 à 1492. C’est un grand conquérant, mais un chef cruel, à l’égard de son peuple comme des peuples voisins conquis. Il saccage la ville de Tombouctou. Bien que se disant musulman, il persécute les érudits et l’élite intellectuelle de cette ville, ferme des écoles, des universités et des moquées. Les peuples mossis subissent aussi  sa violence politique.


Sonni Ali Ber brille sur les champs de bataille. Il aime la guerre, et, en dix ans de campagnes victorieuses, il se rend maître de la moyenne vallée du Niger, importante voie commerciale et de là, menace l’empire du Mali.

 

gif anime puces 543La dynastie des Askia

 

Le deuxième empereur, Mamadou Touré, accède au trône en 1493. Il prend le nom d’askia Mohammed (askia signifiant empereur en songhay) et règne de 1493 à 1528.


C’est un empereur organisateur, mais surtout soucieux du rayonnement culturel de l’État sans oublier l’économie. Il relève Tombouctou des coups portés durant le règne de Sonni Ali Ber, et lui restitue sa splendeur culturelle, en favorisant les écoles et universités, en encourageant érudits et artistes, ainsi que les architectes de monuments religieux. Sous son règne, Tombouctou redevient la vitrine culturelle de l’empire comme de tout le Soudan-sahélien.

 

gif anime puces 543Le déclin et l’invasion marocaine.

 

Askia Mohammed finit tristement son règne. Ses fils le détrônent, le relèguent sur une petite île du Niger et s’emparent du pouvoir. Ce « coup d’Etat politico-familial » sonne le glas de l’empire. Ses fils, incapables, dilapident le trésor royal, pillent les provinces et acculent les populations à la révolte. Le désordre qui s’en suit affaiblit l’empire et nuit à sa prospérité. C’est alors que le Maroc se met à convoiter cet État, avec ses mines d’or et les richesses que procure le commerce transsaharien.


Les sultans, eux-mêmes en proie à des difficultés financières au XVIe siècle, lorgnent vers ce royaume en désordre. La reconquête de l’Espagne par les rois catholiques, le développement de la navigation européenne le long de l’Atlantique, l’occupation de l’Algérie par les Turcs, diminuent considérablement leurs sources de revenus. Les Marocains convoitent l’espace du Soudan-sahélien, tout particulièrement ses mines d’or. Après le pèlerinage de l’empereur du Mali, Kankou Moussa, la richesse de la région en or se traduit en proverbe dans tout le Moyen-Orient : « Le Soudan guérit de la pauvreté comme le goudron de la gale ».


La tentation de l’or, des ressources du commerce et des esclaves, détermine le Maroc à entreprendre la conquête de l’empire des Songhay.

 

 

 

Moulay Ahmed, qui suit attentivement la déstructuration de l’empire de Gao, charge un renégat et aventurier espagnol, le pacha Djouder, de s’emparer des « pays du Niger ». Ce dernier recrute des mercenaires ; la troupe ainsi formée traverse le Sahara et affronte l’armée de Gao. La petite troupe « marocaine », moins de 2000 combattants, partie de Marrakech, met facilement en déroute les 30 000 Songhays de l’askia Ishac. Djouder s’empare des villes les plus prospères dont Tombouctou et Gao, et, pour prouver au sultan du Maroc qu’il a bien accompli sa mission, il lui envoie aussitôt une quantité importante d’or et un nombre non moins important d’esclaves.

 

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Le tombeau de l’askia Mohammed et de ses successeurs à Gao

 

 

Il en est de Gao comme du Mali : si ces empires doivent leur fortune à leur position géographique, aux routes commerciales qui les sillonnent ainsi qu’à l’or, cette même position suscite en retour des convoitises et aiguise les appétits annexionnistes de leurs voisins. Les différents Etats se nourrirent également les uns des autres. L’empire du Mali prospéra sur les restes de l’empire de Ghana, et l’empire de Gao sur les décombres du Mali. Ils furent tous trois des moments exceptionnels de l’épanouissement du génie des peuples de l’espace soudano-sahélien au Moyen Age.

 

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États actuels ayant appartenu partiellement ou totalement à l’empire songhay

 

 

gif anime puces 543Les trois vitrines de l’Ouest-africain

 

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Les trois grands empires soudano-sahéliens, VIIe-XVIe siècles.

 

091-C

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 08:23

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QUELQUES FONDEMENTS DE LA GRANDEUR ET DU RAYONNEMENT

 


 

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L’empire du Mali, XIVe siècle

 

Les origines précises du Mali sont mal connues. Fondé par les Malinkés, il s’est probablement constitué peu à peu, de part et d’autre du fleuve Niger, en amont de la ville actuelle de Bamako, à proximité des mines d’or du Bouré. Le premier à parler du Mali, l’historien arabe El Bekri, décrit la conversion à l’islam de son roi vers le milieu du XIe siècle. Servant d’intermédiaire entre les tribus païennes du Sud et les commerçants arabes et berbères du Nord, le Mali, au débouché des pistes caravanières et transsahariennes, fournit aux uns l’or et les esclaves, aux autres du sel et des produits méditerranéens : bijoux, couteaux, ustensiles divers…


Ce n’est qu’au début du XIIIe siècle que le Mali prend son essor. Un chef de guerre prestigieux, Soundiata Kéita, élimine son adversaire le plus menaçant, Soumangourou Kanté, roi du Sosso. Soundiata vainqueur fonde un empire promis à un brillant avenir, qui s’étend de la boucle du Niger à l’est, aux mines du Bouré et du Galam à l’ouest. Il semble qu’il ait établi sa capitale à Niani, à la frontière des actuelles républiques de Guinée et du Mali.

 

Les facteurs favorables liés à la position géographique de cet empire sont bien répertoriés. Point de jonction du Nord et du Sud, de l’Afrique du désert et de la savane et de  l’Afrique de la forêt dense, de l’Afrique nomade et de l’Afrique sédentaire, le Mali tire de cette position des avantages précieux.

 

Espace plat, sans barrière forestière ni montagneuse, c’est par excellence l’espace de l’élevage et des cultures, celui des échanges et des rencontres. Cette zone du Soudan-inférieur est ainsi intermédiaire entre deux zones économiques aux ressources précieuses et complémentaires. La présence des principaux sites aurifères de l’Ouest-sahélien contribue à un supplément de richesse fort appréciable pour l’Empire. Tout cela alimente un trafic dense et des échanges multiples et continus qui font de cette zone la plus ouverte du continent. L’or du Mali inondait l’Occident durant tout le Moyen Age par l’intermédiaire des Arabes, des Portugais, des Gênois et Vénitiens.

 

Enfin, carrefour idéalement situé entre le monde négro-africain et le monde arabo-berbère, le Mali fut le creuset d’une civilisation originale et brillante, née de la confrontation du génie soudanais et de l’islam arabo-berbère.


 

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Etats actuels ayant fait partie de l’empire, partiellement ou totalement

 

De nombreux empereurs se succédèrent à la tête du Mali du XIIIe au XVIe siècle. Parmi eux, deux ont incarné au plus haut point sa grandeur et son rayonnement : Soundiata Kéita et Kankou (ou Kanko ou Kanka (nom de sa mère)) Moussa, également désigné par le titre de Mansa Moussa. Le premier créa l’empire et fixa ses fondations, le second assura son rayonnement culturel par la fondation de célèbres mosquées et universités qui attirèrent les érudits du monde musulman, du Maroc à l’Egypte et à l’Andalousie, ainsi que son ouverture au monde par son remarquable pèlerinage à la Mecque en 1324.

 

L’empereur déploya un faste sans équivalent en se rendant au pèlerinage avec une dizaine de tonnes d’or qu’il distribuait en présents à ses hôtes du Caire et d’Arabie. Il ramena du Moyen-Orient de nombreux érudits, artistes et commerçants qui firent la prospérité et assurèrent l’essor culturel de quelques villes : Djenné, Oaulata, Gao et surtout Tombouctou.

Après ce pèlerinage « doré », le cours du métal précieux s’effondra durant des années.

 

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Mosquée Djinguere-Ber de Tombouctou

 

 

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Grande mosquée de Djenné

 

Kankou Moussa fit mieux connaître le Mali en Orient et en Occident où il fut reconnu comme l’empereur du « pays de l’or ». Si le Mali était connu avant le règne de Kankou Moussa dans le monde musulman, c’est incontestablement cet empereur qui le fit connaître en Occident comme un des empires les plus importants du monde. Dès lors, plusieurs cartes, telle la Carte du monde d’Angelo Dulcert (1339), montrent le Mali et parfois les routes qui y mènent à travers l’Atlas marocain et le désert et qui aboutissent au « pays du roi des mines d’or ». L’Empereur apparaissait sur certaines cartes sous le titre de « Rex Melli » ou de « Roi de l’or ».


De même l’Atlas catalan d’Abraham Cresques, dressé pour le roi de France Charles V le Sage, mentionne le nom de « Ciutat de Melli ».


L’auteur arabe du Tarik El-Fettach déclare :


« Il y a au monde quatre sultans, non compris le sultan suprême (celui de Constantinople), à savoir le sultan de Bagdad, le sultan du Caire, le sultan du Bornou et le sultan du Mali. »


Le Mali fut ainsi de tous les royaumes et empires africains, celui qui marqua le plus l’esprit et l’imaginaire des Européens avant le XVIe siècle.


 

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« Atlas catalan » (XIVe siècle). Représentation imaginaire de l’empereur du Mali, à la main une pépite d’or. Les châteaux symbolisent les villes.

 

Cependant, le Mali puisa ailleurs que dans les ressources générées par les échanges transsahariens et la richesse de ses mines d’or. Il trouva sa grandeur, son rayonnement et sa longévité également dans un système de gouvernement souple et soucieux de l’homme. L’égalité de tous les habitants et le souci du bien-être de tous n’étaient pas de vains mots. Le Mali a réalisé un mode d’intégration sociale où toutes les différentes composantes ethniques avaient leur place à égalité : Touaregs, Arabes, Bambaras, Peuls, Toucouleurs, Malinkés, Ouolofs, Songhaï… Tous reconnaissaient un seul souverain et se considéraient égaux. Dans cet espace, les hommes, les idées, les biens circulaient librement. La sûreté, générale dans le pays, permettait une activité variée et intense.


Le système est ainsi décrit par l’historien et voyageur marocain Ibn Batouta qui séjourna longtemps au Mali au XIVe siècle :


« L’empereur ne pardonne point à quiconque se rend coupable d’injustice… Le voyageur, pas plus que le sédentaire, n’a à craindre les brigands, ni les voleurs, ni les ravisseurs. Les Noirs ne confisquent pas les biens des hommes blancs qui viennent à mourir dans leurs contrées, quand même il s’agirait de trésors immenses. Ils les déposent au contraire chez un homme d’entre les Blancs, jusqu’à ce que les ayants-droit se présentent et en prennent possession. »


Perçoit-on le reflet de cette volonté de rendre la justice irréprochable dans quelques manuscrits anciens de Tombouctou qui ont pu être déchiffrés ? On y lit :


« L’impartialité du souverain doit être faite dans le cas notamment du jugement à rendre à deux personnes opposées par un différend : il faut être juste dans chacun des actes, allant de la façon de recevoir les personnes opposées jusqu’au moment de trancher. Même si l’un des protagonistes tenait un rapprochement avec le souverain-juge, il faudrait éviter toute amitié quand il s’agit de juger… Le temps de plaidoirie doit être également équitable. L’équité veut qu’il n’admette pour témoin que des personnes à la moralité avérée… Les hommes de droit qui entourent le roi ne doivent accepter de pot-de-vin, ni avant, ni après le procès. Aucun cadeau des plaignants ne doit non plus être accepté. » (manuscrit de Tombouctou, XIVe siècle).


Toute cette organisation sociale et politique d’une grande valeur d’exemple vacilla au XVIe siècle, et finit par s’écrouler sous les coups des étrangers et voisins attirés par la richesse de l’empire, aux mains de rois faibles, loin de l’envergure de Soundiata ou de Kankou Moussa.


 

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Vers le déclin, l’empire attaqué et envahi

 

Le déclin s’accentua jusqu’à sa chute au XVIIe siècle, ce qui inspira au Français René Caillié, premier européen à s’être rendu à Tombouctou (ancienne vitrine économique et culturelle de l’Empire), en 1828, et en être reparti vivant, ces propos désabusés :


« Revenu de mon enthousiasme, je trouvai que le spectacle que j’avais sous les yeux ne répondait pas à mon attente ; je m’étais fait de la grandeur et de la richesse de cette ville une tout autre idée : elle n’offre au premier aspect qu’un amas de maisons en terre mal construites. Tout est triste dans la nature. Cependant, il y a je ne sais quoi d’imposant à voir une si grande ville édifiée au milieu des sables. »


Tombouctou était à l’image du Grand Mali des XIIIe et XIVe siècles, une grande construction qui a vécu. Du XVIe au XVIIe siècle, en effet, sous les coups de multiples facteurs négatifs conjugués, le Grand Empire soudano-sahélien ne vivait plus que par sa légende.

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 13:44

15L’EMPIRE DU GHANA

 

Le premier empire noir ouest-africain

 

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L’Empire du Ghana né au 8e siècle ap. JC, selon maintes sources écrites arabes et archéologiques, est considéré comme le 1er État noir organisé et le 1er empire de l’Ouest-africain.

 

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L’Empire du Ghana

 

Situé entre le Niger à l’est et le Sénégal à l’ouest, il s’étend sur une partie du Mali et de la Mauritanie actuels. L’empire du Ghana occupe une place importante comme symbole des gloires passées avec lesquelles l’Afrique contemporaine souhaite renouer.

 

Pour toute la région soudano-sahélienne, ou Soudan occidental, l’empire du Ghana demeure le 1er modèle d’organisation étatique et de construction impériale. Pour cette raison, il servira de modèle aux différents royaumes et empires d’Afrique occidentale jusqu’à la fin des temps modernes et la pénétration européenne en Afrique au XIXe siècle.

 

 

Les origines de L’Empire du Ghana sont à présent bien connues grâce aux écrits des voyageurs et géographes arabes, parmi lesquels, Ibn Hawkal et surtout El Bekri, écrivain et voyageur de Cordoue, qui dit de l’empereur du Ghana en 970 : « C’est le plus riche du monde à cause de l’or ». Il fournit des détails précis sur la population, les différentes ethnies et leur vie quotidienne, mais aussi sur l’organisation et la prospérité de l’empire.

 

Plusieurs ethnies vivaient en bonne intelligence sous la direction d’empereurs tolérants dont la politique favorisait la coexistence harmonieuse entre Noirs et Blancs, éleveurs et agriculteurs : Berbères, Bambaras ou Mandés, Wolofs, Sarakholés… Ces derniers semblent avoir constitué le groupe dominant et avoir été les véritables fondateurs de l’empire.

 

 

gif anime puces 029Organisation politique

 

L’empire du Ghana était gouverné par un Tounka (roi en sarakholé) également appelé « Kaya Maghan » (le maître de l’or), représenté dans les provinces par des gouverneurs qui jouaient le même rôle que les intendants de l’Ancien Régime en France : ils prélevaient les impôts, rendaient la justice au nom du roi…

 

Le souverain disposait d’une armée dont la force provenait de l’usage du cheval et des armes en fer, qui contrastaient avec les armes traditionnellement utilisées. La renommée des cavaliers et archers de l’empire était grande, sur le terrain aussi bien que dans la tradition orale.

 

Cependant, le Tounka était réputé prince pacifique et tolérant. Il résidait dans une de ses capitales : Koumbi Saleh, après la ville de Ghana qui donna son nom à l’empire ou à Aoudaghost.

 

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Fouilles de Koumbi Saleh, capitale de l’empire

 

 

gif anime puces 029Prospérité et rayonnement

 

Les voyageurs arabes qui ont parcouru l’empire du Ghana à l’époque de son apogée (10e - 11e siècles) parlent tous avec émerveillement de la splendeur de l’empire, du souverain et de sa cour. El Bekri, l’un des plus prolixes, en fait ainsi une description pittoresque tout au long de ses récits. Aucun détail du faste impérial et de la vie ordinaire à la cour du souverain n’échappe à la plume acérée et curieuse du voyageur arabe :

 

« L’empereur, bien qu’étant animiste, manifeste une tolérance bienveillante à l’égard des musulmans, puisque les interprètes, le trésorier et la majorité des ministres et serviteurs de l’État sont choisis parmi eux. Il tolère l’existence de mosquées et d’écoles coraniques sur son territoire… »

 

L’apparat du souverain revient souvent dans les descriptions et récits :

 

« Le roi se met au cou et aux bras des bijoux de femme. Il se coiffe de hauts bonnets pointus sertis d’or, autour desquels il enroule un turban de cotonnade très fine. Il tient audience et reçoit les doléances sous un dôme. Tout autour attendent dix chevaux aux caparaçons d’étoffe d’or. Derrière lui se tiennent dix pages porteurs de boucliers en cuir et d’épées ; ils sont superbement vêtus et portent des nattes tressées de fils d’or… »

 

Mais, El Bekri n’oublie pas le menu peuple : paysans, artisans, petits marchands ambulants… Les femmes attirent tout particulièrement son attention :

 

« On y rencontre aussi des filles au beau visage, au teint claire, au corps souple, aux seins droits, à la taille fine, aux épaules larges, à la croupe abondante, au sexe étroit… »

 

Le voyageur prend goût à l’observation de la vie grouillante de la ville d’Aoudaghost, tout particulièrement le spectacle coloré de son marché :

 

« L’élevage de moutons et de bœufs y est particulièrement prospère. Pour un simple mitkal, on peut acheter au moins dix béliers. On y trouve beaucoup de miel qui vient du pays des Noirs. Les gens y vivent aisément et y possèdent de grands biens.

 Son marché est toujours animé. La foule est si dense, le vacarme est si fort, que c’est à peine si l’on entend ce que dit son voisin. Les achats sont payés en poudre d’or, puisqu’on n’y a pas de métal d’argent »

 

D’une manière générale, l’architecture des principales villes, l’animation des rues et surtout les marchés, sont aussi des indices probants de la richesse de l’empire, tout particulièrement aux 10e et 11e siècles.

 

 

La prospérité économique de l’empire était la résultante de plusieurs facteurs favorables parmi lesquels la qualité de la gouvernance, mais aussi la position géographique spécifique : au carrefour des principales routes commerciales transsahariennes qui, tout au long de l’histoire de l’empire du Ghana et de ses successeurs immédiats, furent fréquentées, animées et d’un dynamisme marchand exceptionnel.

 

Mais, de tous les produits d’échanges, l’or fut l’élément moteur de la richesse, du rayonnement, voire de la légende de l’Empire du Ghana. Le même auteur arabe en fait la démonstration notamment dans la description de la ville d’Aoudaghost.

 

Parmi les éléments à l’origine de cette prospérité, il convient de citer également le climat sahélien favorable, du 8e au 13e siècle. En effet, toute la région bénéficiait alors d’un climat humide qui favorisait à la fois l’élevage et les cultures. Par ailleurs, la position d’intermédiaire et de point de contact entre le nord sahélien-méditerranéen et le sud du Sahara était éminemment favorable aux productions variées et complémentaires.

 

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Déclin. Empire démembré ( 13e siècle)

 

 

gif anime puces 029Déclin. L’empire victime de sa prospérité et des ambitions internes

 

La richesse de l’Empire du Ghana aiguise les convoitises de peuples lointains, comme des voisins. Mais les désordres internes naissant à partir de la fin du 10e siècle, contribuent à l’audace de vassaux qui s’émancipent du pouvoir central ; successivement : Sosso, Mali…

 

Il fallut se défendre, mais le désordre eut raison du bon ordonnancement de l’empire, et favorisa les coups de force de peuples voisins qui, peu à peu, dépecèrent le territoire impérial, tout particulièrement les Berbères almoravides qui pillèrent sa capitale en 1034.

 

 

L’empire du Ghana passa ainsi le flambeau de la civilisation soudano-sahélienne à ses successeurs immédiats : Sosso, Mali, Songhay ; mais tout particulièrement les deux derniers, qui incarnèrent, à tous points de vue, la splendeur de cette civilisation soudanienne du 13e au 16e siècle …

 

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L’ancien empire du Ghana. Situation par rapport aux États actuels à leur indépendance (1960)

 

 

Pour renouer avec la splendeur et le prestige du premier grand empire noir sahélien, la colonie britannique du golfe de Guinée, alors dénommée Gold Coast (Côte de l’Or), devenue indépendante en 1957, prit le nom de Ghana. Il n’a de commun avec l’ancien empire ouest-africain que le nom.

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 09:36

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Après les frappes extérieures, les frappes intérieures. Quelle stratégie de reconstruction ?

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gif anime puces 251Un genou à terre


Face à l’avancée fulgurante des islamistes, le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, lança, le 10 janvier 2013, cet appel désespéré au président français :


« Au secours, les terroristes arrivent ; nous sommes sans défense… ils risquent d’occuper notre capitale… et ce sera fini pour le Mali… »


On devine aisément ce que cela a dû coûter comme effort et réalisme au chef d’un pays au passé glorieux, de mettre un genou à terre et de mettre ainsi en berne le drapeau de la fierté nationale.

 

1.jpg Tombouctou sous la férule des islamistes

 

gif anime puces 251La France pouvait-elle ne pas répondre ?

 

L’appel de Dioncounda Traoré ayant été adressé nommément à la France, celle-ci ne pouvait se dérober sans trahir les liens d’amitié existant entre les deux pays depuis si longtemps.

 

4.jpgSoldats français en action.

 

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Tombouctou. La libération bleu-blanc-rouge. Vive la France !

 

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Tombouctou libérée. La population exulte.

 

gif anime puces 251Après la France, le Mali

 

Il incombe au Mali « libéré », après les frappes françaises, de se relever, de hisser sans tarder son drapeau et recouvrer sa fierté. Pour ce faire, il convient de ne point se bercer d’illusions. Cette reconstruction ne sera pas l’étape la plus aisée. C’est tout le contraire. Mais, quelle que soit la difficulté de la tâche, ce devoir impérieux incombe aux Maliens. La France, avec ses avions et ses soldats, a permis au Mali de franchir une étape, certes essentielle. Mais ce sont les Maliens qui assureront ou non l’existence du Mali, en tant que nation libre et souveraine, aujourd’hui et demain. Ce sera la deuxième étape, celle de la reconstruction territoriale, politique, sociale, morale d’un État ravagé et humilié, sur des bases saines et pérennes.

 

gif anime puces 251Après les frappes du dehors, les frappes du dedans

 

Les islamistes n’ont pas miné que le terrain au Mali, ils ont aussi miné des cerveaux. Si les soldats français ont déminé le terrain, le déminage des cerveaux sera le fait des Maliens et ce de leur seule responsabilité. Cette tâche requiert d’autres compétences : discernement, doigté, pédagogie, car cette œuvre de construction ne doit écarter aucun fils de la nation ; elle doit par-dessus tout éloigner le spectre dangereux de naufrage des droits humains. Il s’agit de faire entrer dans le cercle familial ceux qui en sont sortis pour un temps, volontairement, pour pactiser avec les islamistes, comme ceux poussés par la nécessité.

 

3.jpgUn collaborateur présumé traîné par un soldat malien

 

La reconstruction doit se faire en liaison avec ceux qui sont susceptibles de l’aider dans sa tâche. Il s’agit tout d’abord de ceux qui ont mission d’assurer la relève de l’armée française, après son retrait annoncé ; en tout premier lieu l’Algérie. Il est hautement souhaitable que ce pays s’engage dans le processus de normalisation enclenché afin que la voie soit dégagée et sans nuages dans le futur. Tout au moins, sa position devrait être clarifiée, si possible avant même le départ des troupes françaises du Mali, car une énigme demeure malgré tout. Si l’Algérie a bien autorisé le survol de son territoire  aux avions français, dans les faits, seuls les avions de transport ont survolé son espace aérien. Les avions de combat (les 4 Rafale) ont évité l’Algérie et sont passés par le Maroc. Les avions de combat étaient-ils exclus de l’autorisation de survol ?


Par ailleurs, les Français partis, la tâche de sécurisation ne sera sans doute pas facile pour les forces africaines, même sous le couvert des couleurs de L’ONU et labellisées « forces de maintien de la paix ». D’une part parce qu’il faudra parvenir à une harmonisation de leur action avec celle de l’armée malienne (harmonisation des cultures, des objectifs et des motivations). D’autre part, et surtout, ces forces africaines risquent d’apparaître rapidement comme une force d’occupation étrangère. Ce qui peut être toléré des soldats français sur le sol malien ne le sera certainement pas des troupes africaines.  De ce fait, le moindre incident, la moindre bavure peut vite dégénérer en vives tensions ; ce que ne manqueraient pas d’exploiter les ennemis qu’elles sont venues combattre et qui restent en embuscade, loin d’avoir renoncé à leurs objectifs et disposant encore de moyens importants.

 

gif anime puces 251(Re) construction de l’État aujourd’hui et demain

 

Parallèlement, les Maliens doivent s’atteler à la titanesque œuvre de reconstruction (de création ?) d’un État et d’une nation, autrement plus ardue que l’action militaire. Là, l’esprit, l’intelligence (le cœur aussi !) font plus et mieux que les bombes.

 

gif anime puces 251La question touarègue

 

Une priorité. Elle doit être traitée et une solution trouvée autrement que par le mépris et les balles. Il y va de la chance de préserver l’intégrité du Mali.

 

gif anime puces 251L’histoire aussi !

 

Que les Maliens revisitent leur histoire. La singularité du Mali, c’est d’être un carrefour géographique et humain, trait d’union entre le Nord et le Sud, le désert et la forêt, terre multiséculaire de rencontre, de brassage de peuples et de cultures, berceau de brillants empires, de brillantes civilisations[1]. Cette belle et heureuse symbiose de l’histoire doit être préservée et soignée, pour nourrir de sa sève l’esprit et le cœur des Maliens d’aujourd’hui, en leur prodiguant richesse humaine, spirituelle et culturelle.

 

Le Mali de l’empereur Soundiata Kéita a marqué l’histoire, des siècles durant de sa puissante empreinte. Puisse l’ex-Soudan français devenu République du Mali depuis 1960, en souvenir de son illustre ancêtre, s’inspirer de ce dernier pour être à la hauteur de son histoire, ou, tout au moins, lui faire honneur, à défaut de l’égaler.


Certes, Soundiata Kéita, comme tout empereur, s’est servi des armes pour soumettre et rassembler. Cependant ses qualités d’homme d’État, l’excellence de sa gouvernance, et surtout l’effort déployé pour faire triompher les valeurs humaines, furent les soubassements de cet État multiethnique, et en assurèrent la durée. L’empereur Soundiata s’attela à l’abolition de l’esclavage sur toute l’étendue de son empire, ainsi qu’à la promotion des droits humains pour tous, sans distinction de couleur de peau ni de religion.


Un sociologue malien le rappelle :


« Soundiata Kéita, l’infirme, a fondé un empire basé sur la justice et l’équité. Il a renversé un despote et créé un État où les faibles étaient protégés par les forts, et où les droits humains étaient garantis par la Charte de Mandé[2]. Peut-être qu’en regardant vers ces valeurs, nous parviendrons à refonder un Mali nouveau. »


Puissent, en effet, les Maliens se souvenir et s’inspirer de cette Charte de Mandé qui s’élevait aussi bien contre la famine et ses causes que contre l’esclavage et toutes les formes de violations des droits humains, tel qu’il apparaît dans l’ extrait de la Charte de Mandé ci-dessous :


ligne 1 086

[…]

Toute vie humaine est une vie.

Il est vrai qu'une vie apparaît à l'existence avant une autre vie,

Mais une vie n'est pas plus « ancienne »,

Plus respectable qu'une autre vie,

De même qu'une vie ne vaut pas mieux

Qu'une autre vie.

 

[…]

Toute vie étant une vie,

Tout tort causé à une vie exige réparation.

Par conséquent,

Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin,

Que nul ne cause du tort à son prochain,

Que nul ne martyrise son semblable.

 

[…]

La faim n'est pas une bonne chose,

L'esclavage n'est pas non plus une bonne chose ;

Il n'y a pire calamité que ces choses-là,

Dans ce bas monde.

Tant que nous disposerons du carquois et de l'arc,

La famine ne tuera personne dans le Mandé,

Si d'aventure la famine survient.

 

La guerre ne détruira plus jamais de village

Pour y prélever des esclaves ;

C'est dire que nul ne placera désormais

Le mors dans la bouche de son semblable

 

[…]

 

L'essence de l'esclavage est éteinte ce jour,

« D'un mur à l'autre »,

D'une frontière à l'autre du Mandé ;

Les razzias sont bannies

A compter de ce jour au Mandé ;

Les tourments nés de ces horreurs

Disparaîtront à partir de ce jour au Mandé.

Quelle horreur que la famine !

Un affamé ignore

Toute pudeur, toute retenue.

Quelle souffrance épouvantable

Pour l'esclave et l'affamé,

Surtout lorsqu'ils ne disposent

D'aucun recours.

L'esclave est dépouillé

De sa dignité partout dans le monde.

Les gens d'autrefois nous disent :

« L'homme en tant qu'individu

Fait d'os et de chair

De moelle et de nerfs,

De peau recouverte de poils et de cheveux

Se nourrit d'aliments et de boissons ;

Mais son âme, son esprit vit de trois choses :

Voir ce qu'il a envie de voir,

Dire ce qu'il a envie de dire,

Et faire ce qu'il a envie de faire.

Si une seule de ces choses

Venait à manquer à l'âme,

Elle en souffrirait,

Et s'étiolerait sûrement. »

En conséquence, les enfants

De Sanéné et Kontron déclarent :

Chacun dispose désormais de sa personne,

Chacun est libre de ses actes,

Dans le respect des « interdits »,

Par la loi de sa patrie.

 

Tel est le Serment du Mandé

A l'adresse des oreilles du monde tout entier.

ligne 1 086 


Les Maliens ont un trésor caché à leur portée, dans les replis de leur histoire et qui, en ces temps de doute, d’incertitude et d’affaissement, constitue un viatique précieux qui ne doit pas rouiller dans les mémoires.


ligne 2 004

[1] L’empire du Mali, ce fleuron de l’Afrique, premier État structuré, le plus vaste et le plus prestigieux qu’ait connu l’Afrique noire du XIe au XVe siècle, incarna l’excellence de la gouvernance sous le règne de Soundiata Kéita.

[2] Mandé (en malinké) signifie Mali (en bambara). La Charte de Mandé date du XIIIe siècle.

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 10:59

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La France au chevet du grand malade

 fleche 235

 

 

 

0004.gifPour le Mali ou contre le terrorisme ?


Si l’intervention de la France au Mali est une excellente chose pour le Mali et tous ceux qui aiment ce pays, elle suscite néanmoins un certain nombre d’interrogations et de remarques.


Il est effarant de constater que la plupart des gens qui entretiennent des rapports anciens et réguliers avec les États et les peuples d’Afrique, certains dans des associations diverses, soient à ce point ignorants des réalités profondes de ces États et de ces peuples. Sinon, comment s’étonner de ce qui arrive aujourd’hui au Mali ?


L’intervention de la France s’inscrit dans une logique et n’a rien d’étonnant pour ceux qui connaissent le passé et le présent des rapports entre la France et l’Afrique.


En intervenant comme elle le fait, la France reste dans son rôle fidèle à son histoire, ce qui n’empêche pas de poser un certain nombre de questions car, même souhaitée et approuvée, il est nécessaire qu’aucun aspect ne reste dans l’ombre, ni dans les intentions, ni dans les opérations. La transparence  —motivations et conséquences prévisibles—  est l’une des conditions de la réussite et du suffrage de l’opinion. La France doit ainsi s’imposer un devoir de transparence à toutes les étapes de cette intervention, pour l’opinion publique française, celle des Africains et pour le reste du monde.

 


008-copie-1.gifOù sont les Africains ? La CEDEAO ? L’Union africaine ?


Où est la force d’intervention au Nord-Mali des 3300 hommes promis par la CEDEAO depuis bientôt 8 mois ? Que fait l’Union africaine, muette et absente ? Les principaux intéressés, les Africains, n’auraient-ils pas dû être les premiers sur le terrain, au nom du réalisme géopolitique et de la solidarité africaine ? Qui, parmi eux, ignore que le Mali occupé par les obscurantistes djihadistes signifie sans nul doute une menace de dislocation et de désordre durablement installé dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest ?

 

Que l’entrée en action d’hypothétiques forces africaines soit tardive, hésitante ou improbable, cela se comprend, car les États africains, si brillants dans les discours, n’ont ni les moyens, ni la volonté, ni les compétences pour intervenir efficacement et être ainsi à la hauteur des enjeux. Mais, c’est la mollesse des États de l’Union européenne qui surprend. Qu’attendent-ils, même si, à la différence des Africains, cette tragédie malienne se joue à des milliers de kilomètres de leur douillet confort ?


Pour l’instant, la France reste seule sur le front, héroïque et sûre de son fait, dans ce combat contre les sables du désert : une guerre incertaine quant à sa durée, sa nature même, et ses effets collatéraux, présents et à long terme.


L’engagement de la France est des plus risqués. Sa solitude prolongée sur le terrain démultiplierait ces risques.

 


097.gifQuestions préalables

 

Pourquoi un grand pays comme le Mali, jusque-là cité comme modèle de démocratie et de stabilité, a-t-il pu, du jour au lendemain, se retrouver défiguré, décapité, humilié, aux abois ? Quid de l’excellence de la démocratie malienne ? Là aussi, on ne peut qu’exprimer son étonnement face à ceux qui ont louangé avec tant de bruit et si longtemps le modèle de la démocratie malienne. Il s’agit pourtant de personnes ou d’associations en contact régulier avec ce pays et ses habitants.

 

Or, de multiples indices montrent  —pour ceux qui se donnent la peine d’observer les choses en profondeur—  que cette démocratie malienne n’était qu’une construction artificielle bâtie sur du sable : rien de consistant qui puisse en faire une démocratie véritable, digne d’être citée comme modèle (voir 50 ans après, l’Afrique).


Il ne saurait y avoir de démocratie sans culture démocratique, et c’est loin d’être le cas au Mali. Les exactions imputées ces jours-ci à une partie de l’armée malienne en sont un autre indice probant. La culture du droit fait cruellement défaut. Au Mali la marche vers la démocratie reste une très longue marche. En serait-on là, aujourd’hui, si la démocratie avait trouvé sa place et triomphé au Mali ? On a réduit la démocratie au droit de vote. Or, la démocratie se construit jour après jour, par l’indispensable apprentissage du débat d’idées, courtois et respectueux de l’opinion de l’autre ainsi que de sa personne. Elle se construit aussi dans les foyers, dans les rapports entre les individus et entre les membres de la société sans exclusive. Le mépris,l’injure facile et les coups ne peuvent tenir lieu de débat d’idées.


La guerre que la France mène au Mali et pour le Mali doit aussi être une guerre contre le déni de démocratie, une guerre pour le respect de la personne et pour la justice, une guerre contre l’ignorance et l’obscurantisme. Tel doit-être le couronnement de sa victoire contre les islamistes fanatiques et obscurantistes.


Il faudra, après la victoire des armes, en déployer d’autres pour reconstruire le Mali. C’est sans doute le plus difficile, car cette guerre qui se mène dans les esprits est par définition longue, difficile, et requiert des compétences autrement précieuses et adaptées.

 


j0430836.jpgPour gagner et garantir le futur

 

Aujourd’hui, sur le terrain, il faut que l’Algérie, élément essentiel de tout ce qui se joue au Nord-Mali, aille plus loin que la simple autorisation du survol de son territoire par les avions français. Il faut de sa part, une implication sans réserve, militairement et politiquement, aujourd’hui et demain. Les Français partis, les troupes africaines, si elles sont présentes, ne seront pas capables de tenir longtemps et sécuriser l’espace conquis sur les islamistes. Que faire alors ?


Mais sur le fond, l’acteur principal c’est le peuple malien. C’est sa capacité de régénération, son aptitude à construire méthodiquement, sur les bases les plus solides, un État au sens propre qui soit l’incarnation de tous les citoyens, mais aussi celle de la droiture politique et morale, qui fraieront les voies du futur.


En un mot, pour que l’intervention de la France porte ses fruits et dégage les voies de l’avenir, il faut que le Mali se soigne de ses prurits comme de tous ses maux graves qui l’asphyxient depuis si longtemps et qui anémient le corps social,  État et  nation, la cohésion des citoyens : déni de justice, dureté des rapports entre individus, corruption, affairisme sans âme, matérialisme débridé, mercantilisme des esprits… Faire que le virus de l’argent n’attaque ni ne corrompe les cerveaux (des cadres civils et militaires maliens étaient achetés par les islamistes).


De cette façon, le Mali malade sera son propre médecin, capable de le mener à la guérison complète.

Vue ainsi, la guerre de la France au côté des Maliens apparaît comme l’action du pompier français appelé dans l’urgence pour éteindre l’incendie allumé en partie par les Maliens eux-mêmes.


L’action du Mali sur lui-même est primordiale. C’est à ce seul prix que la victoire militaire de la France souhaitée de tous, sera une vraie victoire, celle qui ouvre la voie de la reconstruction du Mali sur des fondations saines et pérennes. Sinon, le pompier français parti, le feu continuera de couver sous les cendres.


feuilles019Seuls, les Maliens détiennent la clef du salut et du futur.

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 11:01

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Où en est-on ? Entre imbroglio et flou

 

gif_anime_puces_543.gifAu plan institutionnel

gif anime puces 543Au plan politique

gif anime puces 543Au plan territorial

gif anime puces 543Quelle issue ? La CEDEAO ? L’Union africaine ? La France ? L’ONU ?

 

Une constitution brouillée

 

S’agissant des institutions, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles sont actuellement sens dessus dessous, sans doute pour longtemps.

 

Quid des élections libres, transparentes et démocratiques ?

Quid de la laïcité… ?

 

Le trouble vient sans aucun doute de l’intrusion d’une frange de l’armée, en l’occurrence la mouvance des putschistes du 22 mars 2012 dans la vie politique et au sein du gouvernement du pays. A l’évidence, une clarification s’impose rapidement pour une lisibilité et une vision claire des institutions.

 

Faut-il abroger la Constitution d’avant le 22 mars ? Dans l’affirmative, qui seront les futurs constituants, les auteurs et acteurs de la nouvelle Constitution ? En la circonstance, le plus tôt serait le mieux, afin de fixer des repères, condition de la stabilité.

 

Qui gouverne aujourd’hui ? 

Les politiques? Les militaires? Les religieux?

 

Jamais la formation d’un gouvernement n’aura été autant attendue par les Maliens et par la communauté internationale.

 

Certes, un nouveau gouvernement dit « d’union nationale » a vu le jour le 20 août dernier. En soi c’est une excellente nouvelle pour le pays, si la mise en place de la nouvelle équipe permet avant tout de restaurer l’autorité du président intérimaire, victime d’une sauvage agression le 16 mai dans son bureau du Palais présidentiel par des partisans de la junte, et qui fut de ce fait contraint à un exil sanitaire de deux mois à Paris. Rentré au pays le 27 juillet, il a tenu des propos à la fois fermes et rassurants, sur sa détermination à restaurer l’intégrité du pays et la cohésion nationale. Avec quels moyens ?

 

Ce qui n’est pas dit, c’est que ce gouvernement a été mis en place suite à un ultimatum de la CEDEAO menaçant le Mali d’exclusion de cette organisation sous -régionale. Cet ultimatum, initialement fixé au 31 juillet 2012, fut prorogé de quelques semaines. Cela expliquerait-il une certaine précipitation dans la composition du gouvernement que certains jugent bien bancal ?Un gouvernement écartelé entre pro et anti- junte, entre sceptiques et attentistes.

 

L’objectif de la CEDEAO étant le rétablissement de la légalité institutionnelle incarnée par un gouvernement dont seraient écartés définitivement les militaires putschistes. Tel était aussi le souhait de la communauté internationale.

 

La mission assignée à ce gouvernement :

 

bouton 007la reconquête d’urgence du Nord afin d’éradiquer la menace islamiste pour le Mali et pour l’ensemble de la région, voire du continent.

 

bouton 007l’organisation rapide d’élections libres et démocratiques conformes à la Constitution du pays.

 

Or, les militaires du capitaine putschiste Sanogo sortent renforcés dans ce gouvernement où ils occupent 5 ministères de premier rang (contre 3 dans le précédent), dont la Défense, la Sécurité intérieure, l'administration du territoire... La CEDEAO n’était pas seule à exiger le départ des militaires. Cette exigence était partagée à la fois par l’Union africaine, l’Europe et les Etats-Unis. L’ambassadeur américain à Bamako publia dès l’annonce du nouveau gouvernement un communiqué félicitant le Mali pour la formation d’un gouvernement d’union nationale mais avec cette réserve qui en dit long :

 

« Nous renouvelons nos appels pour que le CNRDRE [appellation de l’équipe de la junte] se retire de la vie politique et nous demeurons très sceptiques sur l’intérêt de garder quelque rôle que ce soit pour le capitaine Sanogo dans les institutions politiques du pays. »

 

gif anime puces 453Pour l’anecdote : ce capitaine putschiste avait exigé comme compensation à sa non-participation au  premier gouvernement suivant le coup d’Etat, de jouir des avantages d’un ancien chef d’Etat, ce qui lui fut accordé par la CEDEAO, qui revint  sur sa décision quelques mois plus tard.

 

Quant aux Maliens eux-mêmes, si beaucoup se disent soulagés de voir enfin un gouvernement reprendre en main le pays, on compte presque autant de mécontents qui qualifient de mascarade ce gouvernement destiné selon eux à légaliser la mainmise de la junte sur la politique du pays.

 

Quant aux ressortissants du Nord (qui prennent leurs distances avec les séparatistes), regroupés dans un collectif, ils dénient à ce gouvernement la qualification « union nationale », s’estimant peu représentés dans la nouvelle équipe. Il en va de même pour les femmes qui n’obtiennent que 3 ministères sur 31. Certains y voient un mépris pour la femme malienne, mais aussi la main de la mouvance islamiste.

 

Mais surtout

 

bouton 007La création d’un ministère des Affaires religieuses et du Culte irrite un certain nombre de Maliens qui y voient une grave violation du caractère laïc de l’Etat et un intolérable dévoiement des institutions, également la poussée de la mouvance religieuse.Dans ce pays, en effet,les religieux sont en passe de remplir le vide laissé par les politiques.

 

bouton 007Le maintien à la tête de la nouvelle équipe du Premier ministre, Ch. Modibo Diarra, est loin de faire l’unanimité, parce que beaucoup le  jugent incompétent, en partie responsable de l’enlisement actuel du pays, mou, dépassé, sans vision, plus grave, aux ordres du capitaine Sanogo. Une bonne partie de la communauté internationale, y compris la CEDEAO, partage le même jugement.

 

Il existe encore bien d’autres griefs formulés à l’encontre de ce gouvernement.

 

Un territoire en lambeaux

 

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Les 2/3 nord du pays sont occupés par des islamistes qui renforcent, de jour en jour, leur pouvoir sur une population démunie, abandonnée à son sort et victime des pires exactions. Des centaines de milliers de ressortissants du Nord ont pris d’assaut les frontières des pays voisins où ils vivent dans des camps de misère.

 

Quelle marge de manœuvre pour un assainissement de la situation et pour remettre le Mali sur pied ?

 

Le gouffre du déclin

 

Quelle sortie ? Par qui ? Comment ?

 

Il faut forcer l’optimisme, du moins pour le court terme, pour la résolution de cette crise malienne.

Les pays médiateurs, le Burkina et la Côte d'Ivoire,tout comme la CEDEAO,sont sévèrement jugés pour leur gestion inefficace et brouillonne de la crise.

 

.

 

gif anime puces 583Une intervention militaire directe de la France semble exclue pour plusieurs raisons :

 

bouton 007Ancien pays colonisateur, responsable selon certains Maliens de la situation actuelle par son intervention en Lybie

 

bouton 007Soupçonnée de complot, sinon de connivence avec les Touaregs de l’AZAWAD pour combattre les islamistes.

 

bouton 007Et bien d’autres griefs liés à de vieux contentieux, notamment en rapport avec l’immigration clandestine.

 

gif anime puces 583L’ONU ?

 

bouton 007Intervention sans doute improbable dans l’immédiat.

 

bouton 007Des réticences au Conseil de sécurité où l’on estime –à tort ou à raison- que la paix mondiale n’est pas menacée au Mali et que la situation humanitaire n’est pas préoccupante à ce point.

 

gif anime puces 583La CEDEAO ?

 

bouton 007Elle prépare, dit-on, le déploiement d’une force militaire de 3 000 à 3 300 soldats pour intervenir au Mali. Mais sur quelles bases et avec quels moyens ? (Les militaires putschistes et leurs partisans sont hostiles à toute intervention sur le sol malien.)

 

bouton 007Ce projet de la CEDEAO ne peut prendre corps qu’à un certain nombre de conditions :

°l’appui sans réserve de la communauté internationale sous mandat de l’ONU.

 

gif anime puces 583l’accord et la participation sans équivoque de l’Algérie. (Sans ce pays rien ne peut se faire dans la région).

 

flèche3Une solution à minima qui consisterait à engager une négociation avec les Touaregs de l’AZAWAD qui aboutirait à l’octroi d’une forme d’autonomie à définir au sein d’un ensemble malien ?

 

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A propos du Mali, à ce jour, il existe plus de questions que de réponses.

 

Espérons que la solution viendra à la fois de la sagesse et de l’intelligence des hommes, dans et hors du Mali. Mais surtout, un effort d’imagination, de la volonté et beaucoup de courage de la part de tous.

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 15:24

 

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Spectacle surréaliste ! le palais présidentiel envahi par des manifestants qui, non contents de transformer ce haut lieu du pouvoir en auberge, s'en sont pris au chef de l'Etat qu'ils ont frappé et blessé grièvement.

 

 

Mali : une tragédie lourde de sens

 

L'Afrique aux Africains !

 

Vieux refrain connu, maintes fois ressassé du temps de la fièvre des indépendances, passage obligé dans tout discours et toute rencontre d'élites africaines dans les années 1950-1960.

Les Africains en Afrique et ailleurs ont passé des nuits blanches et des journées entières à suivre dans le détail les débats de la dernière campagne électorale en France, avec un point de fixation :

 

Qu'en sera-t-il de la Françafrique ?

 

Pour tous, l'important, une fois le nom du nouveau président connu, le 6 mai 2012, c'était de savoir ce que deviendraient les relations entre la France et l'Afrique, tout particulièrement la Françafrique ( ou Françafric !). Cela semblait le seul intérêt de cette élection pour beaucoup d'entre eux. On suivait alors le moindre mot, le moindre signe se rapportant à l'Afrique et au changement que le nouveau président introduirait ou non dans les rapports avec ce continent ,comme si le destin de ce dernier ne pouvait se dessiner qu'en France, et non en Afrique même, par les Africains eux-mêmes. L'Afrique aura-t-elle besoin, ad vitam aeternam, d'un tuteur pour être, après 50 ans de souveraineté proclamée [voir Tidiane Diakité, 50 ans après, l'Afrique, Arléa].

Ce qui se passe actuellement au Mali est riche de signes révélateurs, à la fois de l'état de ce pays comme de celui de tout un continent. Alors que les Africains et leurs dirigeants ont les yeux rivés sur l'élection présidentielle française, à leur côté, agonise, lentement un Etat, le Mali, patrimoine historique, culturel, véritable mémoire de tout un continent ( des sites et monuments sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO), dans l'indifférence générale. Qui, en Afrique, a conscience du symbole que représenterait la probable désintégration du Mali, ce trésor culturel du passé africain?

L'agression sauvage du président malien de transition, le 21 mai 2012, dénote, en plus de l'aspect strictement politique, la déliquescence d'une certaine culture et la transgression de codes sociaux dignes d'intérêt. On a osé agresser physiquement un chef d'Etat dans l'exercie de ses fonctions, qui plus est, un homme âgé de 70 ans. La sacralité et le respect dus à l'âge ont vécu ! Les codes sociaux les plus traditionnellement ancrés dans les cultures sont-ils, eux aussi, en déliquescence, à l'image du pays lui-même ? Ce pays semble désormais marcher sur la tête, pris d'un soudain vertige, sans boussole ni gouvernail, ballotté au gré des vents mauvais qui le font dériver inexorablement vers les rivages insondables de l'abîme. Et que dire du reste ?

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La démocratie n'a-t-elle pas pour fonction première le respect de l'autre et de ses opinions ? N'a-t-elle pas pour vertu principale d'éviter coups de fusil et coups de poing en guise de débat et de confrontation d'idées ? En Afrique, elle ne permet d'éviter ni les uns ni les autres.

Face au spectacle désolant de ce grand pays qui chancelle, se défait, et tombe de jour en jour, de plus en plus en lambeaux, aucune voix ne s'élève, ni individuellement ni collectivement. Les Etats voisins ne voient ni n'entendent... rien qui puisse troubler leur petit "confort national".

Et la CEDEAO ? Est-elle fière de son oeuvre au Mali ? Elle s'est bien sûr donné la peine de produire des plans de "sortie de crise" ainsi que des discours, mais pour le résultat que l'on sait.

 Et l'Union africaine elle-même, qui semble avoir perdu le sens et la pertinence du mot union ! Où est-elle ? Voilà tout un continent muet, frappé d'anémie politique et mentale, face au spectacle de la décomposition d'un Etat membre, et d'une tragédie qui devrait le toucher au premier chef.

Le parallèle est saisissant : quand en Europe, tous les Etats de l'Union européenne accourent au chevet d'un des leurs en proie à des difficultés financières, en Afrique, l'Union africaine tourne le dos à l'un des siens, gravement blessé, en voie de disparition, par la perte de sa substance.

L'Afrique souffre cruellement d'un manque de leadership. Parmi cet aréopage rutilant sans inspiration ni vision de dirigeants, aucune personnalité ne fait autorité, aucun esprit ne brille pour illuminer et guider.  

Quant à l'intéressé lui-même, le président malien venu se faire soigner au Val-de-Grâce, à Paris, selon ses proches : "Si son état physique est relativement satisfaisant, son moral inquiète : le président de transition est plus affecté par l'image déplorable que son agression a donné du Mali que par cette agression elle-même. Et pourtant il a frôlé la mort". Cette image déplorable se confine-t-elle au seul Mali ?

Si seulement le Mali pouvait autant attirer le regard et l'attention des Africains que l'élection présidentielle française. Comment ne pas souscrire à l'avis de ce lecteur de Jeune Afrique : "L'agression du présdent intérimaire malien par des partisans de la junte, le 21 mai, est la goutte d'eau qui risque de faire déborder le vase. C'est une humiliation pour tous les Africains qui se donnent en spectacle et illustrent leur incapacité à gérer efficacement une crise..." (Jeune Afrique, Courrier des lecteurs, 27 mai 2012)

Autre indice révélateur. Combien de chefs d'Etat africains ont déjà défilé à l'Elysée depuis le 6 mai ? Et combien sont-ils allés au Mali depuis 6 mois ? Combien ont parlé du Mali ?

Il serait temps, en effet, pour les Africains, leurs dirigeants surtout, de penser tout autant à la France-Afrique qu'à l'"Afrique-Afrique."

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 14:11

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Un conflit aux facettes multiples

 

De la rébellion touarègue à la désintégration nationale

 

Peuple berbère, les Touaregs sont les premiers occupants du Sahara central : Algérie, Libye ainsi que les bordures du Sahel : Niger, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Tchad...

Traditionnellement nomades et guerriers, les Touaregs ont comme activité principale l'élevage de chameaux et de chèvres. L'agriculture, en complément de leur alimentation, est pratiquée par des serfs noirs à leur service. A leur service également des esclaves noirs domestiques.

La hiérarchie sociale très stricte comporte cinq principaux groupes allant des nobles aux esclaves. L'activité guerrière est valorisée par la société et constitue une source de richesse et de prestige par les razzias de bétail ou les expéditions militaires contre des caravanes dans le désert ou contre les agriculteurs sédentaires. Les heurts entre Touaregs et Noirs sédentaires ont fait partie du quotidien jusqu'à la colonisation.

Après les conflits l'opposant aux Arabes, la colonisation a constitué un premier accroc avec ce peuple fier pour qui le nomadisme est assimilé à la liberté.

Les Touaregs ont résisté farouchement et longtemps à la colonisation française qui ne s'imposa qu'au prix d'actions particulièrement sanglantes de part et d'autre.

Pourtant, les premiers voyageurs européens, Barth (1850-1855) et surtout Duveyrier (1859-1863), trouvent fort sympathiques ces "chevaliers du désert". Mais les Touaregs leur refusent le droit de traverser le Sahara. Le reste n'est qu'une suite d'affrontements sanglants jusqu'à la fin du 19e siècle.

Tombouctou est occupée par la France en 1894 et Gao en 1899. La "pacification" ne met pas fin aux attaques des Touaregs contre les postes français pendant les deux premières décennies du 20e siècle. Elle se fait néanmoins grâce aux concessions faites aux Touaregs dont notamment la liberté de se déplacer et la dispense de certaines obligations auxquelles étaient soumis les autres colonisés.

L'indépendance de l'AOF à partir de 1960 met en lumière la spécificité touarègue dans l'ensemble colonial français d'Afrique. Les Touaregs ne veulent pas faire partie d'un État africain où ils seraient minoritaires démographiquement et culturellement.

Le 30 octobre 1957, sentant venir l'indépendance (après la Loi-Cadre de 1956), les Touaregs et les Maures de l'AZAWAD (étymologiquement "la terre de transhumance" ou "le pâturage") demandent aux autorités françaises de ne pas être inclus dans ces nouveaux États. Une pétition signée par 300 chefs locaux est transmise à Paris, mais ne reçoit pas de réponse.  Après le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, dès le 30 mai, les Touaregs réitèrent leur demande en invoquant une incompatibilité avec les sociétés subsahariennes.

Le souhait émis dans cette requête est  d'être intégrés au Sahara français du Sud-Algérien. Cette requête, pas plus que la pétition de 1957, n'est prise en considération. Elle est ignorée par de Gaulle.

 

bouton 007Le nouvel État malien et les Touaregs : révoltes et répression, révoltes et accords

 

Les Touaregs, en général, ne se sont jamais sentis à l'aise au sein de l'État malien (même s'ils ont donné ministres, députés, cadres au pays).

Dès l'indépendance proclamée, le territoire de l'AZAWAD devient le théâtre de nombreux heurts entre l'armée malienne et les Touaregs. Ceux-ci réclament l'autodétermination de leur territoire.

En 1963, éclate la première rébellion contre l'État malien, très durement réprimée par l'armée nationale. Les rébellions qui se succèdent, en particulier dans les années 1990 et 2000, sont motivées par la même volonté d'autonomie mais s'y greffent les conséquences d'un bouleversement dans le mode de vie de la population touarègue dû aux graves sécheresses dans le Sahel au début des années 1970. Les troupeaux de chameaux et de chèvres sont décimés à 80% voire davantage. Le choc est rude, car "quand les animaux meurent, les Touaregs meurent".

Ils doivent alors subir une sédentarisation forcée (cependant souhaitée par le gouvernement depuis l'indépendance). Beaucoup abandonnent le nomadisme pour se fixer, principalement dans les grandes villes en bordure du Sahara, en Algérie comme au Mali ou au Niger. L'usage du camion se substituant à celui du chameau, la mutation est brutale et l'adaptation difficle.


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Devenus sédentaires en partie, les Touaregs mesurent le retard de l'AZAWAD, leur territoire d'origine, par rapport au reste du pays en matière de développement et s'estiment marginalisés, oubliés dans les différents plans de développement élaborés depuis l'indépendance. Le mouvement irrédentiste s'organise et se structure. Le mouvement national de libération de l'AZAWAD (MNLA) voit le jour en 1988. Au motif d'incompatibilité sociale et culturelle, s'ajoute un ressentiment de laissés-pour-compte.

Par ailleurs, le Guide libyen M Kadhafi ne cesse de jouer un rôle de pompier-pyromane dans les difficiles rapports entre les Touaregs et l'État malien. Sa chute voit le retour de nombreux Touaregs maliens installés en Libye, dont beaucoup de cadre dans l'armée. Ceux-ci, surarmés grâce aux armes provenant des arsenaux libyens, constituent le fer de lance de la rébellion.


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Les armes libyennes assurent la victoire du MNLA


L'incapacité de l'État malien à imposer son autorité sur ces immenses espaces désertiques favorise non seulement le renforcement de la dissidence touarègue mais aussi le grand banditisme et les activités terroristes. Plusieurs mouvements islamistes radicaux investissent le Nord devenu une véritable plateforme de trafics en tous genres, notamment d'armes et de drogues. Les prises d'otages et les fabuleuses rançons qui en résultent constituent leur trésor de guerre et leurs moyens d'action. C'est dans ce contexte qu'un coup d'État militaire, perpétré le 22 mars 2012, renverse le président A. T. Touré démocratiquement élu, à seulement un mois de la fin de son second mandat, entraînant la déroute de l'armée, la désorganisation de l'État et le blocage des institutions.

Le mouvement national de libération de l'AZAWAD proclame unilatéralement l'indépendance de ce territoire le 6 avril 2012, indépendance rejetée par l'Union africaine, la CEDEAO ainsi que la Communauté internationale.

Les islamistes, ceux d'AQMI et d'Ansar ed Din, déploient leur drapeau dans le nord du pays et menacent d'imposer à l'ensemble du territoire national la charia par la force des armes. Les trois régions du Nord occupées : Kidal, Gao, Tombouctou, sont aujourd'hui les premières confrontées à l'épreuve de la loi coranique.

 

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des islamistes d'Ansar ed Dine armés et sûrs d'eux

 

bouton 007Comment le Mali en est-il arrivé là ?

 

Tous les gouvernements successifs du pays depuis l'indépendance ont chacun leur part de responsabilité dans le pourrissement de la question touarègue, même si le président déchu en mars dernier s'est montré particulièrement "mou" dans la résolution de cette question et surtout dans l'incrustation et les activités des islamistes dans le nord du pays.

 

bouton 007La république de l'AZAWAD est-elle viable ?

 

bouton 007Le Nord-Mali est-il perdu ?

 

bouton 007Quel risque pour l'avenir du Mali ?

 

bouton 007Solution militaire ou solution politique ?

 

Ces questions sont liées. Il faut sauver le Nord pour sauver le Mali. Que peut l'armée malienne ? Peu de chose... Il faut d'abord recréer une armée équipée, homogène, animée par la volonté d'aller conquérir le Nord. Comment créer une telle armée dans un pays sans État, décapité ? Un pays où s'affrontent gouvernement civil et gouvernement militaire, militaires putschistes et militaires loyalistes, un pays pour lequel le terme approprié est aujourd'hui con-fu-sion.

Une réaction de l'armée malienne étant pour l'heure hors de question, seule une solution militaire extérieure pourrait combler le vide de la force armée nationale. Quels États, quelles organisations internationales pourraient endosser la charge d'une telle mission et comment ? Encore faudrait-il que l'impulsion vienne de l'État malien (quel État ?).

De tous les États sahéliens concernés par la situation au Nord-Mali, seule l'Algérie dispose du potentiel en hommes, en armes, en expérience du terrain. Seule, son intervention pourrait avoir une action décisive. Mais en a-t-elle la volonté ?

 

bouton 007Solution militaire ou négociation ?

 

Quel interlocuteur pour les rebelles touaregs et les islamistes radicaux ? Ces derniers ont-ils jamais accepté compromis et concessions ?

 

bouton 007Comment le Mali a-t-il pu tomber si bas et comment le relever ?

 

C'est par cette question qu'il faudrait commencer. Mais celle qui prime sur toutes les autres est : "Comment en est-on arrivé là ?" Comment un pays indépendant depuis plus de 50 ans, immense par la géographie et l'histoire, considéré comme un modèle de démocratie en Afrique depuis plus de 20 ans a-t-il pu s'écrouler comme un château de cartes en quelques semaines ? En 5 semaines à peine, ce grand pays a tout perdu : son président, son gouvernement, ses institutions, son unité...

 

bouton 007Comment et pourquoi ?

 

Ce questionnement incombe tout d'abord aux seuls Maliens, sans lesquels il n'y aura ni unité, ni État, ni progrès.


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