LA FAMINE
ORIGINES ET RESPONSABILITES
La crise alimentaire que nous vivons
aujourd'hui doit être une formidable leçon pour le monde et tout particulièrement pour les pays africains (plus exactement les responsables
africains).
Pour le monde : car le modèle de développement sur lequel s'est construit la modernisation des Etats industrialisés d'Europe et d'Amérique depuis la première révolution
industrielle du début du XIXe siècle, conduira demain - s'il n'est pas corrigé - à une impasse certaine. Cette modernisation se fait, de
toute évidence, aux dépens de la nature et de la santé psychique des humains. On massacre la nature et on soumet les esprits à la loi du profit ainsi qu'à la
cadence infernale de la productivité ; toutes choses qui aliènent les consciences.
Après avoir saigné les arbres, massacré les forêts, les poissons et les papillons, pollué les eaux, les airs et les terres, que fera l'homme
? Où vivra-t-il ? De quoi se nourrira-t-il ?
Pour l'Afrique :
Les Africains, en copiant servilement le modèle de développement occidental, se sont apparemment affranchis de toute réflexion salutaire sur un autre mode de développement possible. Ils se sont
dispensés de toute recherche d'un modèle de développement inspiré de leurs cultures anciennes (respectueuses du vivant) et mariées avec le meilleur de
l'Occident, celles strictement orientées vers l'épanouissement de l'être.
Ainsi, en pensant Occident, en respirant Occident, en consommant Occident, en rêvant Occident, ils ne peuvent ni
égaler cet Occident, ni promouvoir leurs propres valeurs. Ils importent désormais ce qu'ils consomment, au détriment de leurs cultures et productions traditionnelles dont ils ont perdu le goût. La responsabilité des dirigeants africains depuis les indépendances est écrasante. On a méprisé les paysans pour courir après une hypothétique insdustrialisation. Le résultat est un double échec. L'échec de l'agriculture entraînant l'échec de l'industrie.
Conséquence : les Africains consomment ce qu'ils ne produisent pas
et produisent ce qu'ils ne consomment pas. Ces mêmes responsables africains ont depuis toujours - autre péché capital - confondu industrialisation et développe-ment, économie et
modernité, en oubliant l'essentiel : l'Humain.
Par Tidiane Diakite
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FAMINE EN AFRIQUE : LE COUPABLE ?
L'Afrique ne s'en sortira jamais si elle n'inclut pas dans sa culture la vertu de la rétrospection et de la responsabilité. Ainsi, l'Afrique n'est responsable de rien : ni de sa misère, ni de ses difficultés économiques, voire politiques.
Pour une fois cependant, s'agissant de la pénurie alimentaire dans ce continent, les responsabilités ne
sont pas qu'africaines. Elles se situent à plusieurs niveaux dont suivent les principaux :
- Niveau international. Les
organisations financières internationales : FMI et Banque mondiale qui ont imposé aux Etats
africains dès la fin des années 70 l'intensification de la pratique des cultures d'exportion afin d'honorer les dettes dont ils étaient redevables vis-à-vis des pays industrialsés,
bailleurs de fonds, au détriment des cultures vivrières.
- Les pays industrialisés eux-mêmes,
Etats-Unis en tête, mais aussi Union européenne, qui subventionnent massivement leurs agriculteurs et excluent de ce fait les producteurs africains de la compétition
internationale, confisquant à leur seul profit les avantages de la mondialisation. Ce qui entraîne l'inondation des marchés africains de produits
importés à bas prix qui ruinent un peu plus les produits locaux et ôtent aux paysans africains le goût et la capacité de produire.
- Tout de même. La responsabilité des
dirigeants africains aussi qui ont fait preuve de cécité politique coupable ainsi que d'un manque de courage évident.
Si, à quelque chose malheur est bon, il faut espérer que deux leçons salutaires soient tirées des difficultés alimentaires actuelles par les
Africains.
1. Puisse cette crise réconcilier les Africains avec les produits locaux
et leur en rendre le goût, en activant en eux créativité et inventivité.
2. La conviction, pour les dirigeants surtout, qu'il ne saurait jamais y
avoir de développement, pas plus en Afrique que nulle part ailleure au monde, sans progrès de l'agriculture, c'est-à-dire
de la production nécessaire à l'alimentation correcte des populations.
- Car des paysans anémiés ne peuvent
produire pour se nourrir et nourrir leur pays.
- Car des mères anémiées ne peuvent
produire un lait de qualité pour la structuration et la consolidation physique et intellectuelle de leurs bébés.
- Car des écoliers affamés ne peuvent
assimiler dans les meilleures conditions les enseignements et apprentis-sages qui leur sont dispensés.
Enfin, puissent les dirigeants africains s'inspirer de cette universelle leçon : c'est l'agriculture qui produit l'industrie. C'est lorsque les paysans produisent suffisamment pour se nourrir et dégager un surplus commercialisable que l'industrie se crée et s'épanouit.
Partout, en Grande-Bretagne notamment, comme en France ou ailleurs, c'est ce processus qui mena à l'industrialisation. A cet égard, les
premières industries dans ces pays, furent des industries agroalimentaires.
Par Tidiane Diakite
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