Enfin l'Europe et l'Afrique, quelle histoire !
L'ingérence dans les "affaires africaines" d'Etats européens, la
destitution ou l'élimination de rois africains entre le XVIe et le XIXe siècle, mènent progressivement à l'occupation et à la colonisation du continent,
lesquelles passent par débats et controverses, partout en Europe.
Mais c'est indiscutablement en
France que les archives sont les plus riches, que les débats comptent parmi les temps forts des joutes politiques des députés à la Chambre et dans l'opinion,
dans le dernier tiers du XIXe siècle. C'est donc de la France qu'il s'agira ici.
De la conquête
coloniale à la décolonisation, de l'indigénat à la citoyenneté, bref de l'Afrique
d'hier à celle d'aujourd'hui, les propos des pionniers de l'expansion française en Afrique, résonnent aujourd'hui bizarrement à l'oreille des Français et des
Africains, à l'heure de l'invective sur les "bienfaits de la présence française en
Afrique".
Comment résister à la tentation d'exhumer quelques propos du genre, à
commencer par ceux du grand poète et romancier, humaniste et grand défendeur du droit, Victor Hugo qui dans un discours destiné à susciter l'adhésion à
l'idéologie coloniale de gauche, prononcé le 18 mai 1879 (en présence de Victor Schoelcher, père de l'abolition de
l'esclavage), s'esclamait :
" [...] Cette Afrique farouche n'a
que deux aspects : peuplée, c'est la barbarie, déserte, c'est la sauvagerie. [...] Cet univers qui effrayait les Romains, attire les Français. [...] Au XIXe siècle, le Blanc a fait du Noir un homme, au XXe siècle, l'Europe fera de l'Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille
Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L'Europe le résoudra.
Allez, Peuple, emparez-vous de cette terre. Prenez-la ! A qui ? A personne. [...] Dieu donne l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Où les rois
apporteraient la guerre, apportez la concorde. [...] Prenez-la ; non pour la bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête mais pour la fraternité.
Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup, résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ponts, faites des villes. Croissez, cultivez, colonisez, multipliez, et que sur cette terre,
de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l'Esprit divin s'affirme par la paix, et l'Esprit humain par la liberté. [...] Vive la République."
Autre assertion de la même veine, du "grand homme" :
"Quelle terre que cette Afrique ! L'Asie a son histoire, l'Amérique a son histoire, l'Australie elle-même a son histoire ! l'Afrique n'a pas
d'histoire. [...] L'Afrique est obscure sans trop de rayons. Elle est couverte de ce qu'on pourrait appeler les ténèbres du soleil."
Jean Jaurès fait implicitement écho à ces propos, en 1881 :
"Quand nous prenons possession d'un pays, nous devons y amener avec nous la gloire de la France, et soyez sûrs qu'on lui fera bon accueil,
car elle est pure autant que grande, toute pénétrée de justice et de bonté. Nous pouvons dire à ces peuples sans les tromper [...] que là où la France est
établie, on l'aime, que là où elle ne fait que passer, on la regrette ; que partout où sa lumière resplendit, elle est bienfaisante ; que là où elle ne brille
plus, elle laisse derrière elle un long et doux crépuscule où les regards et les coeurs restent attachés."
Qu'en pensent les Africains d'aujourd'hui ?
(Pour d'autres exemples du XVIe au XIXe siècle : portugais, hollandais, anglais, voir ouvrage : La Traite des Noirs et ses acteurs africains, Editions Berg
International, ) (cf blog : livres)
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