HISTOIRE

Samedi 4 août 2007

AEau-de-vie, élément de diplomatie

   Ce détail est sans doute peu connu. Les rapports entre les monarques, rois, princes européens et les rois africains ont été très nombreux du 16e à la fin du 18e siècle.

       De tous, c'est Louis XIV qui eut les relations les plus étroites, les plus suivies avec les rois africains.  C'est lui qui eut le plus d'échanges : de correspondances, de cadeaux de toutes natures, d'ambassadeurs. Il reçut notamment des fils de rois africains à Versailles où ses derniers séjournèrent parfois plusieurs années.

    Mais il est surtout un petit détail assez piquant. Certains rois de la côte africaine étaient friands d'eau-de-vie française. Curieusement c'est par l'entremise des Hollandais  - les pires ennemis de Louis XIV -  que l'eau-de-vie française fut connue et popularisée en Afrique et ... en France !

    En effet, paradoxalement, ce sont les Hollandais qui ont donné le goût de l'eau-de-vie française aux populations côtières africaines, de même que ce sont eux qui ont popularisé la consommation de l'eau-de-vie et relancé son commerce en France même au 17e siècle. Ce produit était alors considéré avant tout comme substance médicinale depuis le Moyen Age.  Les Hollandais en firent un produit de consommation courante en France d'abord, en Afrique ensuite en l'incluant dans la ration ordinaire de leurs matelots qui voguaient sur les côtes africaines tout en pourchassant les navires français qu'ils voulaient éliminer du commerce avec l'Afrique.

C'est donc par ces derniers que les Africains firent la connaissance de l'eau-de-vie. Et lorsqu'ils surent que ce produit était français d'origine et de provenance, ceci contribua sans aucun doute à renforcer davantage auprès d'eux et dans leur imaginaire, le prestige de la France, donc de son roi, Louis XIV.

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Par Tidiane Diakite
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Dimanche 27 janvier 2008

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LES OUBLIES DE LA MEMOIRE

            Ils furent nombreux ces Africains, Malgaches, Maghrébins, Indochinois qui ont versé leur sang pour la France, cette "Mère-Patrie" à la fois si proche et si lointaine.
Plus généralement, Français et Africains ont mêlé leur sang dans toutes les guerres de l'époque contemporaine où la France s'est trouvée engagée. Déjà dans la guerre de Crimée en 1854, celle du Mexique en 1862-1863 et surtout en 14-18 et 39-45. Ils y ont combattu loyalement, ont souffert, beaucoup y ont laissé leur vie ou leur santé.
        Un ancien combattant africain de 14-18, Bakary Diallo rapporte un sentiment partagé alors par la plupart d'entre eux : 
"Beaucoup parmi nous croient que nous ne sommes considérés que comme des chiens de chasse à lancer où besoin est". 
Cet autre tirailleur du "Bataillon des Tirailleurs sénégalais Malafosse" précise en 1917 :
        "Bataillon Malafosse n'a pas bon, jamais repos, toujours faire la guerre, toujours tuer Noirs".
       Chiens de chasse, les soldats noirs furent aussi des cérbères promus à la garde des camps de réfugiés espagnols (à l'issue de la guerre civile espagnole à partir de 1939) dans le Sud de la France. Ils s'en sont acquittés avec un zèle tout particulier, au point que certains parmi eux de retour chez eux en Afrique, affirmèrent à leurs compatriotes avec aplomb que la Deuxième Guerre mondiale avait opposé les Français aux Espagnols et que ces derniers avaient été vaincus.  
        Ceci était une tradition de la France. Déjà lors de la Première Guerre mondiale, des Africains furent envoyés pour des missions de police et de maintien de l'ordre, en Allemagne, en Grèce, dans les Balkans ... Le zèle avec lequel ils exécutèrent ces missions contribua à leur forger une légende "noire" de brutalité, de cruauté et de sauvagerie encore en bien des mémoires dans ces pays.
La liste des Africains sacrifiés serait trop longue. De 1939 à 1945, 158 000 soldats africains furent recrutés ; 15 000 d'entre eux furent tués dans des combats ou exécutés par les Allemands. Au total, on estime le nombre de tués africains et malgaches à 25 000 dont 2000 dans les Forces françaises libres (FFL) et 7000 duranrt les combats de la Libération. 25 000 croupirent dans les prisons et les frontstalags allemands en France où ils furent condamnés aux travaux forcés dans des conditions de misère et de dénument extrême.
      Où sont-ils ces morts et ces sacrifiés dans la mémoire collective des Français ? Dans les manuels scolaires, dans les lieux de mémoire ?


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Par Tidiane Diakite
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Dimanche 7 septembre 2008


L'EUROPE ET L'AFRIQUE, HIER ET AUJOURD'HUI


L'antériorité de certaines pratiques passe inaperçue. Et pourtant. Il est un lien continu dans les relations entre ces deux continents : l'ingérence des Européens dans la vie intérieure des Etats africains.
Les Etats africains contemporains ont souvent connu cette ingérence sous la forme de coups d'Etat dans lesquels sont généralement impliqués des pays étrangers. Principalement européens, mais aussi Etats-Unis, voire l'ex-URSS.
L'Afrique a connu 186 coups d'Etat de 1956 à 2001. A cet égard, il faut distinguer deux générations de coups d'Etat : ceux perpétrés avant 1989-1991 et ceux d'après.
Avant la guerre froide, des Etats étrangers (Europe et Etats-Unis) sont impliqués dans 99% des coups d'Etat qu'a connus le continent. Il s'agissait alors soit d'éviter qu'un pays africain bascule dans un camp ou dans l'autre (bloc de l'Ouest ou bloc de l'Est). Ou le plus souvent d'écarter un chef d'Etat qui avait cessé d'être docile, pour le remplacer par un autre jugé plus accommodant ou "fabriqué de toutes pièces", qu'on installait à la tête du pays sans aucun égard pour la population, en "service commandé". Chef d'Etat africain au service exclusif des intérêts d'un Etat européen.
Dans cet exercice les rôles étaient bien convenus suivant la ligne de partage décidée depuis la conférence de Berlin (zones d'influence) en 1885.
- Les Anglais s'occupaient des Etats anglophones (leurs anciennes colonies).
- Les Français  des Etats francophones.
- Les Portugais des Etats lusophones.
- Les Espagnols des Etats hispanophones.
- Les Belges dans leurs anciennes colonies.
- Les Etats-Unis s'occupaient de tous.

Cette ingérence des Européens dans les affaires africaines est bien antérieure au XIXe siècle. Elle ne fit qu'entériner une pratique connue depuis le XVIe siècle, inaugurée par les Portugais, au Congo (Kongo), et en Angola. Mais les Portugais furent suivis par bien d'autres. Suit un exemple français :


PROJET DE DESTITUTION DU ROI DAMEL [Sénégal]

 

« Il serait essentiel pour le bien du commerce de la Compagnie [française] que le royaume de Thin, dont Damel vient de faire la conquête fût possédé par un autre ; il ne serait plus à portée d'avoir communication avec les Anglais, puisque ces derniers ne peuvent pas passer Portudal suivant les termes du traité fait entre les deux Compagnies, au lieu que Damel maître de deux royaumes est en état de se passer de nous ; on pourrait parvenir à le chasser du pays de Thin en fournissant des armes et des munitions à son concurrent qui est très porté à recommencer la guerre s'il en avait les moyens. Cela supposé, on prendrait de bons tempéraments pour assurer le remboursement des armes qui auraient été faites pour cette entreprise... ». Signé par Le Juge, Directeur et Commandant des forts et Isles de Gorée. (4 juillet 1737).


D'autres exemples seront évoqués plus tard.


Par Tidiane Diakite
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Dimanche 28 septembre 2008
Projet d'élimination du roi Conco

(Toujours au Sénégal, ourdi par les responsables de la Compagnie française du Sénégal, contre un roi indocile et gênant, 24 juillet 1737, à Gorée)

"Les réflexions qu'on peut faire là-dessus ne peuvent être que tristes par les suites dangereuses que cette aventure doit avoir ; elle est d'autant plus déplorable qu'il n'a tenu qu'à un peu de précaution et de défiance qui aurait renversé tous les desseins de Conco ; on ne peut plus s'empêcher de lui donner le tort ni dissimuler un tel outrage. Nous sommes persuadés que la sûreté du commerce demande une vengeance d'éclat pour nous relever de tant d'affronts reçus et que ce sera le sentiment de la Compagnie. Mais comme il nous paraît de conséquence de la prendre cette basse saison et que nous ne pouvons recevoir à temps le ordres de la Compagnie, nous avons résolu de faire attaquer Conco par les Ormans, par les secours desquels nous tenterons de remettre Samba Guelaye sur le trône des Foules ; nous avons envoyé à cet effet un exprès en Galam nous avons donné ordre au Directeur de ce département de s’aboucher avec le chef des Ormans, le porter à chasser Conco du pays des Foules à guerre ouverte et placer son concurrent, au moyen de quoi il s'obligera de payer une somme aux Ormans dont ils seront convenus et que nous avons fixée à 3 000 livres, prix de France en armes, poudre, toile, ambre et autres marchandises qui seront portées dans la convention. Comme ce moyen nous paraît long et incertain, nous avons chargé le Directeur de Galam de proposer la tête de Conco à prix aux Ormans. Nous comptons beaucoup sur l'habileté du Sieur Sadon pour la réussite de cette négociation ; le point le plus difficile est d'obliger les Maures à se fier à notre parole car nous mandons au Conseil de Galam de ne faire d'autres avances que de 100 ou 200 livres de poudre au plus, mais de donner toutes autres assurances qu'il pourra.

De notre côté, nous pourrons peut-être engager Brack à faire des pillages dans le pays des Foules. Il est vrai qu'il nous en coûtera quelques avances d'armes et de poudre, mais qui n’iront jamais à plus d’une douzaine de fusils et de 100 barils de poudre ; les captifs que nous en retirerons nous indemniseront de ces armes ; au reste, nous devons courir les risques de ce petit prêt pour une affaire aussi importante pour nous que la mort ou l'exclusion de Conco. Ces différents ennemis que nous allons susciter à Conco, porteront peut-être les Foules à prendre le parti de Samba Guelaye, nous ne voyons point d'autres moyens de nous venger de Conco puisque nous ne pouvons le faire par nous-mêmes."

 

 

Par Tidiane Diakite
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Lundi 27 octobre 2008


Enfin l'Europe et l'Afrique, quelle histoire !

          L'ingérence dans les "affaires africaines" d'Etats européens, la destitution ou l'élimination de rois africains entre le XVIe et le XIXe siècle, mènent progressivement à l'occupation et à la colonisation du continent, lesquelles passent par débats et controverses, partout en Europe.
          Mais c'est indiscutablement en France que les archives sont les plus riches, que les débats comptent parmi les temps forts des joutes politiques des députés à la Chambre et dans l'opinion, dans le dernier tiers du XIXe siècle. C'est donc de la France qu'il s'agira ici.
          De la conquête coloniale à la décolonisation, de l'indigénat à la citoyenneté, bref de l'Afrique d'hier à celle d'aujourd'hui, les propos des pionniers de l'expansion française en Afrique, résonnent aujourd'hui bizarrement à l'oreille des Français et des Africains, à l'heure de l'invective sur les "bienfaits de la présence française en Afrique".
          Comment résister à la tentation d'exhumer quelques propos du genre, à commencer par ceux du grand poète et romancier, humaniste et  grand défendeur du droit, Victor Hugo qui dans un discours destiné à susciter l'adhésion à l'idéologie coloniale de gauche, prononcé le 18 mai 1879 (en présence de Victor Schoelcher, père de l'abolition de l'esclavage), s'esclamait :
          " [...] Cette Afrique farouche n'a que deux aspects : peuplée, c'est la barbarie, déserte, c'est la sauvagerie. [...] Cet univers qui effrayait les Romains, attire les Français. [...] Au XIXe siècle, le Blanc a fait du Noir un homme, au XXe siècle, l'Europe fera de l'Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L'Europe le résoudra.
          Allez, Peuple, emparez-vous de cette terre. Prenez-la ! A qui ? A personne. [...] Dieu donne l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. [...] Prenez-la ;  non pour la  bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête mais pour la fraternité.
          Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup, résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ponts, faites des villes. Croissez, cultivez, colonisez, multipliez, et que sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l'Esprit divin s'affirme par la paix, et l'Esprit humain par la liberté. [...] Vive la République."

          Autre assertion de la même veine, du "grand homme" :
          "Quelle terre que cette Afrique ! L'Asie a son histoire, l'Amérique a son histoire, l'Australie elle-même a son histoire ! l'Afrique n'a pas d'histoire. [...] L'Afrique est obscure sans trop de rayons. Elle est couverte de ce qu'on pourrait appeler les ténèbres du soleil."
          Jean Jaurès fait implicitement écho à ces propos, en 1881 :
          "Quand nous prenons possession d'un pays, nous devons y amener avec nous la gloire de la France, et soyez sûrs qu'on lui fera bon accueil, car elle est pure autant que grande, toute pénétrée de justice et de bonté. Nous pouvons dire à ces peuples sans les tromper [...] que là où la France est établie, on l'aime, que là où elle ne fait que passer, on la regrette ; que partout où sa lumière resplendit, elle est bienfaisante ; que là où elle ne brille plus, elle laisse derrière elle un long et doux crépuscule où les regards et les coeurs restent attachés."

          Qu'en pensent les Africains d'aujourd'hui ?
                                                     




(Pour d'autres exemples du XVIe au XIXe siècle : portugais, hollandais, anglais, voir ouvrage : La Traite des Noirs et ses acteurs africains, Editions Berg International, ) (cf blog : livres)

   

Par Tidiane Diakite
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