CULTURE

Samedi 16 février 2008

   

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       CULTURES AFRICAINES ET "MESURES"

 

 

   Au cours d'une conférence, j'ai vu certains esprits se crisper parce que j'avais souligné que "mesures" et usage des instruments de mesure ne faisaient pas partie du quotidien de bien des personnes en Afrique subsaharienne.
  De fait, mesurer sa taille, évaluer son poids, voire enregistrer les éléments essentiels de son état civil : naissance, mariage ... ne comptaient pas dans les préoccupations des milieux traditionnels.
   D'aucuns, parmi mes contradicteurs, dont une jeune française, estimaient que ces traits culturels, ces mesures, parce qu'ils étaient propres à l'Occident, n'avaient aucune utilité en Afrique. 
    Or, le mètre, le
système décimal, n'appartiennent plus à une aire culturelle spécifique (même si on connaît le foyer précis de leur éclosion en Occident). Ils transcendent aujourd'hui les aires culturelles et géographiques. Tout comme l'usage de la monnaie ou l'écriture. 
   Après l'invention de
l'imprimerie, certains peuples l'ont refusée parce que étrangère à leur culture. Mais ils ne la boudèrent pas longtemps, ayant sans doute compris que la rejeter, c'était choisir de se mettre en marge de la marche du monde et du progrès.
    Le mètre, le gramme, la monnaie, sont de nos jours des éléments du
langage universel. Ce sont des outils de pénétration du monde qui permettent de communiquer avec les autres, d'échanger au sens noble du terme et d'être au centre du monde, sans renier ses valeurs positives. Cela dit, on peut aussi faire le choix de s'en passer, comme on peut faire le choix du troc ou celui de vivre dans des "réserves".
    L'Afrique ne se développera pas en ignorant les outils du langage universel.


 


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Par Tidiane Diakite
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Samedi 10 janvier 2009




BIODIVERSITE HUMAINE ET CULTURELLE. PAROLES D'AILLEURS. PAROLES D'AFRIQUE. (1)


          - L'oeil va où le coeur ne va pas, mais le pied ne va pas là où le coeur ne veut pas aller.
          - Ton hôte est venu chez toi. Il n'est pas passé le long de ta maison.
          - Il n'y a pas de plus grand bonheur que la venue d'un hôte, dans la paix et l'amitié.




Sens de ces dictons :
          Tu n'es pas indifférent à celui qui vient chez toi car il t'estime et te respecte.
          Ces dictons expriment la vision de l'hospitalité, de l'accueil de l'autre (de l'étanger) dans la culture traditionnelle africaine.

Par Tidiane Diakite
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Samedi 17 janvier 2009



BIODIVERSITE HUMAINE ET CULTURELLE.
         PAROLES D'AILLEURS.PAROLES D'AFRIQUE.
(2)




          Même aveugle, la personne âgée voit tout. Assise, dans ses yeux, il n'y a que du brouillard. Et pourtant elle voit tout. Elle scrute l'horizon le plus lointain.
          - Le jeune, lui, tout debout, le visage tourné au loin. Et pourtant, il ne voit rien.




           Dans la société traditionnelle africaine,  le "vieux", comme évoqué dans ces dictons, est détenteur de savoir, c'est-à-dire de sagesse. Le vieux est les yeux de la société. A ce titre le respect lui est naturellement dû. D'où ces propos du vieux sage malien A. Hampaté Bâ "en Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle." 
          Puissent les Africains s'inspirer de cette leçon et tirer de leurs anciens tout ce qu'ils peuvent donner de sagesse pendant qu'il est encore temps.  
   

    
         

Par Tidiane Diakite
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Dimanche 25 janvier 2009

      
     BIODIVERSITE HUMAINE ET CULTURELLE.
     PAROLES D'AILLEURS.
PAROLES D'AFRIQUE. (3)
        
      
Le couple 
         
         - Vous qui habitez et vivez ensemble, dites-vous vos secrets.
          Cependant laissez entre vous un petit mur, qui, sans vous gêner pour voir les yeux de l'autre, vous empêche de voir ses pieds.

          - La vie et la mort mises en nous y demeurent.
         Torse contre torse, elles y luttent.
         Comme l'eau contre la terre, elles y luttent sans répit.
         Chaque victoire remportée sur la droite, sur la gauche est défaite.
        Tout gain acquis à l'est, à l'ouest devient perte.
        Comment donc maintenir la flamme de vie ?
        Notre faim de connaître l'autre est un feu toujours ardent qui réchauffe.   
    

Par Tidiane Diakite
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Samedi 14 février 2009

            
 CIVILISATION  ou civilisations ?

   
Le cathéchisme colonial belge au Congo

        
L'impact de la colonisation européenne (française, britannique, portugaise ...) sur la conscience africaine donne à penser parce que fondateur d'un malentendu historique qui n'est sans doute pas encore totalement dissipé.
          Un article à portée morale et symbolique publié dans le magazine "la Voix du Congo" (mai-juin 1946) en donne la mesure.
          Le paragraphe intitulé : Comment vivre sous l'oeil de nos dirigeants, incarne à lui seul le "formatage" de l'esprit africain voulu par le maître colonisateur. Qu'on en juge :

  
Nous nous trouvons au premier échelon de l'échelle qui monte vers la civilisation ; nous ne pouvons pas reculer et nous ne pouvons monter plus haut que si nos forces le permettent [...] D'un côté, nous devons nous garder de retomber au niveau indigène, à la vie indifférente et animale. Nous devons nous garder de rêves de grandeur, de devenir une caricature de civilisé si nous voulons éviter d'être méprisés et d'être ridiculisés par les Européens.
          La simplicité et la modestie constituent les qualités d'un civilisé. Si nous voulons garder l'estime de nos dirigeants, nous devons donc rester simples et modestes
.

          Simples d'esprit aussi ?
          A cette vision de soi, l'infériorité intériorisée par le colonisé, à cette conception de la Civilisation comme une échelle, mieux, une pyramide à plusieurs degrés  - de l'inférieur au supérieur -  inculquée aux Congolais du Congo belge comme à d'autres Africains colonisés, réagit André Gide en 1947 :

   
Si riche et si belle que soit notre civilisation, notre culture, nous devons enfin admettre qu'elle n'est pas la seule ; pas seuls nos façons de vivre, nos critères, nos cultes, nos credos et que, s'ils nous paraissent pourtant supérieurs, c'est beaucoup parce que nous avons été formés par eux. Un temps vient où les normes admises importunent, les cadastres et les limites des champs d'activité de l'esprit. On commence à percevoir des voix que l'on n'avait pas d'abord écoutées ; à comprendre que n'est pas nécessairement muet ce qui ne s'exprime pas dans notre langue ; et, sitôt qu'un peu d'attention succède à la surprise première, que ce qui diffère de nous, plus que ce qui nous rassemble, nous instruit.
          [...]
          Et pour découvrir que l'autre aurait, lui aussi, quelque chose à nous dire, pour qu'il nous parle, il importe d'abord de consentir à l'écouter.

 

         

    

Par Tidiane Diakite
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