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Le Blog de
Tidiane DIAKITE
L'Afrique malade de ses dirigeants
Ce dont beaucoup d'Africains souffrent aujourd'hui, c'est moins de pauvreté où de néocolonialisme que de la colonisation de leur pays par leurs dirigeants. Ce pour quoi il faut qu'ils se battent, c'est avant tout leur décolonisation, c'est-à-dire leur libération de leurs oppresseurs de l'intérieur, afin d'obtenir enfin le statut de citoyen chez eux.
A voir le colonel Kadhafi, lors de son allocution du 22 février 2011, déclarant la guerre à son peuple, le menaçant de mort violente, et son fils l'avant-veille, promettant des "rivières de sang" à ses compatriotes, on comprend que cette lutte pour la citoyenneté n'est pas gagnée, ni sur le terrain, ni dans les têtes.
L'attitude du colonel Kadhafi (chef d'un Etat sans Constitution) est l'illustration de deux symboles caractéristiques du pouvoir, au Nord comme au Sud du continent.
- Le système de gouvernement, c'est l'autocratie au stade ultime qui s'accompagne d'un profond mépris pour le peuple, comme si le pouvoir était un dû (divin) et qu'il n'était en rien redevable à son peuple. Par conséquent, la notion de responsabilité devant le peuple est ignorée dans l'exercice du pouvoir.
- Le deuxième symbole, qui découle du premier, fait du pays la propriété privée du chef et de sa famille, parfois élargie au clan familial.
Ces deux tares majeures gangrènent l'exercice du pouvoir en Afrique. Sont ici en cause la conception même du pouvoir et le mode de gouvernement. Le chef ne doit rien au peuple, c'est le peuple qui lui doit tout. Il ne sert pas le peuple, mais se sert du peuple.
Devoir de protection du peuple, devoir de justice, de bonne justice rendue au peuple sont également ignorés.
Il est aussi hautement symptomatique que cette "race" de dirigeants, incarnée à souhait dans le chef libyen, s'épanouisse si bien en Afrique. Nombre de chefs d'Etat du continent ne conçoivent pas autrement le pouvoir et ne l'exerce pas différemment. Pour ces régimes, il n'est pas de statut de l'opposition. Un opposant politique est un ennemi à abattre, "un chien errant", selon Kadhafi.
L'Afrique reste bien, 50 ans après la décolonisation, la terre d'élection du déni de droits et de la brutalité politique qui font peu de cas non seulement des droits de l'homme, mais de la vie humaine.
Face à ce mal généralisé, la première aide humanitaire d'urgence qu'on puisse attendre au profit des populations africaines (qui en ont le plus grand besoin), n'est ni l'aide alimentaire, ni l'aide au développement, mais l'aide qui permette de les arracher à tout jamais des crocs de ces dirigeants destructeurs de leur peuple et de leur pays. C'est le préalable à la réussite de toute autre forme d'aide.

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