Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 16:55

LA MYTHOLOGIE DU CHEF

          Le drame qui se joue en Guinée depuis le 28 septembre découle d'une culture politique qui n'est pas propre à ce pays ; elle est largement partagée en Afrique.
          Le culte du chef est bien une réalité dans ce continent où persiste un véritable mythe du chef qui, couplé à la conception qu'on se fait généralement de la politique, ne peut qu'engendrer de sanglantes épreuves de force.
          Dans l'imaginaire traditionnel, peu importe ce qu'il fait. Le chef reste le chef. C'est lui qui "a" et qui "peut", mais pas qui "doit". Au contraire, c'est celui "à qui on doit". Même élu, il est chef ou président par la "Grâce de Dieu" et non par le suffrage des citoyens.
          Par conséquent, s'opposer à lui est un sacrilège qui demande beaucoup de courage et d'abnégation. Toute opposition frontale s'apparente à un sacrifice de soi (de soi et des siens).
          Il n'empêche, ces opposants, ces victimes qui acceptent le martyre pour dire non ! ou ça suffit ! voilà l'espérance en Afrique.
          Au-delà du chef, c'est la culture politique elle-même qui reste à réviser. Changer de mentalité, à cet égard, pour intégrer dans les consciences que le chef est chef pour servir le peuple et non pour se servir du peuple. Pour donner au peuple et non s'enrichir aux dépens du peuple. Pour servir et donner à tout le peuple et non à sa famille ou à son clan. Cette "confession" d'un ancien chef d'Etat africain (du Burundi), Piere Buyoya, arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat en 1987, et qui, après quelques années passées à la tête du pays, a décidé de se retirer, après, pensait-il avoir mis celui-ci sur la bonne voie, celle qui mène à la démocratie, est un indice révélateur.

Quand vous arrivez au pouvoir, vous avez derrière vous un groupe de personnes, une ethnie, des forces. Lorsque vous voudrez partir, vous prendrez cette décision seul et contre tous. Ceux-là qui vous ont aidé et servi, refuseront que vous partiez et menaceront même votre vie.

          Autrement dit, le pouvoir, c'est la propriété exclusive d'un homme, d'une famille, d'un clan. C'est cette idée de la politique qui doit changer pour que les mots "République", "Démocratie" aient un quelconque contenu en Afrique. Sinon ce continent demeurera encore longtemps cette pépinière riche de Dadis Camara, de Sékou Touré, de Lansana Conté et autres Amin Dada ... qui se succéderont sur le trône des "Républiques" d'Afrique.
                          

- Publié dans : POLITIQUE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés