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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 11:19

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L’Afrique avant l’arrivée des Européens, c’était comment ?

 

bouton 007TELLI : Dans l'Afrique précoloniale, toutes les sociétés n'étaient pas organisées en États. De nombreuses sociétés fonctionnaient sans la moindre organisation étatique. Les gens vivaient en petits groupes dans le cadre de la famille élargie, c'est-à-dire les grands-parents, les parents, les oncles, les tantes et tous leurs enfants. Ils formaient de petits villages ou de petites villes. Le rôle du chef revenait au plus âgé. Mais son pouvoir était plutôt théorique ou symbolique car il n'avait à sa disposition ni armée, ni police. Le respect des coutumes dont il était l'ordonnateur et le gardien garantissait l'ordre et la discipline dans le groupe.

A l'opposé de ces sociétés sans État, l'Afrique connut aussi des royaumes et de grands empires dans lesquels la société était bien organisée et très hiérarchisée. Elle comportait, généralement, une noblesse constituée par les membres du lignage du roi ou de l'empereur et des proches par alliance. Dans les États islamisés, les lettrés, ceux qui savaient lire et écrire l'arabe jouissaient d'un grand prestige qui justifiait leur appartenance à la noblesse.

On trouvait de nombreux esclaves dans tous ces États. On pouvait, à la suite d'une guerre ou lorsqu'on avait commis un acte très grave (meurtre, viol, brigandage) perdre sa liberté et devenir esclave. L'esclavage en Afrique est un thème qui revêt plusieurs aspects. Il existait plusieurs formes d'esclavage et plusieurs types d'esclaves dans toute l'Afrique ancienne. On trouvait des esclaves domestiques employés dans les travaux de la maison, d'autres travaillaient dans les champs ou les mines, d'autres encore assuraient les transports. Il y avait aussi les esclaves dits de « confort » : ils divertissaient les maîtres, satisfaisaient tous leurs désirs... La situation des esclaves était liée à la nature des activités qu'ils accomplissaient et aussi à l'attitude du maître à leur égard. Mais de façon générale (même s'il est fait état de façon exceptionnelle, dans certaines régions d'Afrique, d'esclaves enterrés vivants avec la dépouille de chefs ou de grands dignitaires), quelle que soit la raison de leur asservissement, ils ne se heurtaient pas systématiquement à une barrière sociale infranchissable. Ils étaient progressivement intégrés à la famille du maître et au reste de la société ; ils pouvaient donc se marier librement y compris avec l'enfant du maître, posséder des biens ...

Entre les nobles et les esclaves se trouvait la fraction la plus importante de la société.

La puissance de ces royaumes et empires reposait sur leur organisation, la qualité de leur armée ainsi que leur richesse.

 

bouton 007LUC : De quoi vivaient-ils ?

 

bouton 007TELLI : Les sociétés africaines pratiquaient cultures et élevage. L'élevage est ancien en Afrique et connu bien avant la pratique des cultures. Il était pratiqué partout en Afrique noire. Mais une partie de la subsistance était assurée par la chasse, la cueillette et la pêche.

Comme activités économiques, selon les régions, l'exploitation des mines qui est aussi très ancienne en Afrique permettait le développement de l'artisanat et alimentait le commerce. L'or du Soudan (sens ancien du mot) était bien connu y compris en Europe et au Moyen-Orient. Les voyageurs arabes du Moyen Age l'ont fréquemment mentionné dans les récits de leurs voyages à travers cette région d'Afrique. Tel Abu Hamid qui la visita au XIIe siècle et pour qui « Dans les pays du Soudan, l'or pousse dans le sable. C'est un or d'une excellente qualité et l'on en trouve en grande quantité. »

En effet, la richesse et la renommée des pays du Soudan principalement des grands empires, reposait sur l'abondance, l'exploitation et le commerce de l'or.

 

bouton 007LUC : Quels étaient ces grands empires ?

 

bouton 007TELLI : Du VIIIe au XVIe siècle, de vastes empires sont nés et se sont développés dans l'Afrique de l'Ouest, plus exactement dans l'Afrique de la savane et du Sahel, c'est-à-dire l'Afrique soudanienne. Ces royaumes ou empires sont les plus connus, ceux dont on parle encore le plus aujourd'hui. Mais il exista dans toute l'Afrique des États puissants.

En Afrique de l'Ouest, le premier connu est l'empire du Ghana dont des documents arabes, corroborés par des fouilles effectuées au XXe siècle, attestent l'existence dès le VIIIe siècle. Cet empire a atteint son apogée au Xe siècle. Le Ghana est le premier empire noir connu et localisé avec précision. Son emplacement correspond aux États actuels de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal. Les voyageurs arabes qui ont parcouru cet empire aux Xe et XIe siècles en parlent avec émerveillement, vantant sa prospérité, le faste de la cour de l'empereur. Ils vantent également l'hospitalité de ses habitants et la tolérance du souverain qui, quoique animiste — comme la majorité de ses sujets — autorisa la construction de mosquées par les marchands venus d'Afrique du Nord. Un voyageur arabe du XIe siècle, El Bekri nous présente ainsi la capitale de l'empire du Ghana :

fleche 026« Aoudaghost, ville grande et très peuplée, [...] renferme plusieurs mosquées... Dans ces établissements, on trouve des maîtres qui enseignent à lire le coran... Tout autour de la ville, s'étendent des jardins de dattiers. On y cultive le blé... Il n'y a que les princes et les gens riches qui en mangent. La grande majorité de la population se nourrit de mil... Les jardins consacrés à la culture du henné sont d'un bon rapport.

Aoudaghost possède des puits qui fournissent de l'eau douce. Les bœufs et les moutons y abondent à tel point que l'on peut acheter dix béliers et même plus pour une pièce d'or. Le miel est aussi très abondant.

Les habitants vivent dans l'aisance et possèdent de grandes richesses. A toute heure, le marché est rempli de monde. La foule est si grande et le bourdonnement si fort qu'à peine peut-on entendre les paroles de celui qui est assis à côté de soi. Les achats se font avec de la poudre d'or... La ville renferme de beaux édifices et des maisons très élégantes... Malgré la distance, on fait venir des pays musulmans du blé, des fruits et des raisins secs... ».

 

bouton 007LUC : Si je comprends bien, d'après ce document, on voit tout d'abord que la capitale de cet empire était très peuplée et riche, et que la vie y était assez facile, apparemment. Cet écrit nous permet de voir également que la tolérance y était effectivement pratiquée puisque dans cet État animiste se trouvaient des mosquées et des écoles pour enseigner le coran. Mais surtout on constate que l'or y était abondant puisqu'il servait de monnaie.

 

bouton 007TELLI : Oui parce que l'argent comme monnaie semblait apparemment ignoré des habitants de cet empire. Les échanges se faisaient en or et au moyen du troc. Dans d'autres régions d'Afrique étaient utilisés comme numéraires des barres de fer, des coquillages appelés cauris, des tissus de raphia, de petits pagnes de coton...

A ce propos, nous devons au même voyageur arabe, à la même date, une description assez pittoresque d'une audience donnée par l'empereur qui ne manque pas d'intérêt :

fleche 026« Audience à la Cour de l'empereur du Ghana.

Pour donner audience et recevoir les plaintes de ses sujets, l'empereur s'assied sous un dôme autour duquel sont rangés dix chevaux couverts de caparaçons en étoffe d'or. Derrière lui se tiennent dix pages portant des boucliers en cuir et des épées ornées d'or. A sa droite, se tiennent des princes du royaume, aux habits magnifiques et aux cheveux tressés avec le l'or. Le gouverneur de la ville et les ministres sont assis à terre, devant l'empereur. La porte du dôme est gardée par de très beaux chiens qui ne quittent presque jamais le roi. Ils portent des colliers d'or et d'argent, garnis de grelots des mêmes métaux.

L'arrivée du roi à son audience est annoncée par des coups frappés sur une sorte de tambour, le douba, formé d'un long morceau de bois creusé. En l'entendant, le peuple se rassemble. Les gens de la religion du roi se mettent à genoux et se jettent de la poussière sur la tête : c'est leur manière de saluer le souverain. Les musulmans lui présentent leurs respects en frappant des mains. »

 

bouton 007LUC : Ce texte permet de se faire une idée de l'autorité de ce roi sur ses sujets, de la bonne organisation de sa cour et surtout de sa richesse.

 

bouton 007TELLI : La prospérité de cet empire comme de tous les royaumes du Soudan provenait d'un commerce caravanier très actif avec l'Afrique du Nord à travers le Sahara. Ce désert parsemé de routes caravanières était constamment parcouru dans les deux sens par des files ininterrompues de caravanes. Des documents dont notamment des dessins rupestres retrouvés, attestent l'existence de ces échanges entre les peuples blancs d'Afrique du Nord et les peuples noirs au sud du Sahara depuis la plus haute antiquité. Du Nord provenaient des tissus, du blé, des raisins secs, des armes, du sel... Du sud vers le Nord les principales marchandises convoyées étaient la poudre d'or principalement mais aussi l'ivoire, la gomme, des animaux, des esclaves...

La richesse du Ghana devint légendaire et cela ne fut pas sans conséquence car elle excita la convoitise de peuples proches et lointains.

 

bouton 007LUC : Ghana. Ça existe encore sur la carte d'Afrique ?

 

bouton 007TELLI : Oui. Il existe actuellement un État africain de ce nom situé dans le Golfe de Guinée entre la Côte d'Ivoire et le Togo. II n'a de commun avec l'ancien empire de l'Ouest africain que le nom. Cette ancienne colonie anglaise alors appelée Gold Coast (Côte d'Or) accéda à l'indépendance en 1957. Pour renouer avec le prestige du premier empire noir, le nouvel État prit le nom de Ghana.

En revanche, le deuxième grand empire africain connu, l'empire du Mali, qui succéda à celui du Ghana, appartient à la même zone géographique que ce dernier.

 

bouton 007LUC : Cet empire est aussi différent du Mali actuel ?

 

bouton 007TELLI : Oui, tout à fait, même s'il est plus proche de l'ancien empire du Mali que ne l'est le Ghana actuel de son glorieux homonyme.

 

bouton 007LUC : Quel fut le sort de l'ancien Ghana, la suite de son histoire ?

 

bouton 007TELLI : Sa richesse et la légende qui l'entourait ont fini par provoquer sa perte. Il fut envahi et pillé par des peuples berbères, les Almoravides vers le milieu du XIe siècle. Il perdit ainsi d'abord sa puissance puis son indépendance vers le début du XIIIe siècle. Justement, le nouvel empire du Mali s'est en partie nourri de ses dépouilles puisqu'il fit de Ghana son vassal.

 

bouton 007LUC : Cet empire est né comment ?

 

bouton 007TELLI : Plus que le Ghana, l'empire du Mali joua un rôle de première importance dans l'histoire de toute l'Afrique occidentale. Plus vaste que le premier puisqu'il englobait les États actuels du Sénégal, de la Guinée, du Mali et du Niger en partie.

Ses origines sont assez obscures. Son histoire est en revanche bien connue par les témoignages de voyageurs et écrivains arabes des XIIIe et XIVe siècles mais aussi par des sources orales conservées et transmises de générations en générations jusqu'à nos jours. La tradition orale est aussi l'une des sources de l'histoire des peuples d'Afrique noire qui n'ont pas connu l'écriture (ou n'ont pas une « culture de l'écrit »). Elle est certes moins fiable et plus fragile que l'écrit mais elle reste incontournable pour restituer l'histoire de l'Afrique ancienne, même si elle doit être de ce fait maniée avec précaution.

L'histoire du Mali est incarnée par son empereur le plus prestigieux, Soundiata Kéita, dont les griots de l'Afrique de l'Ouest chantent encore les louanges et les hauts faits d'armes. Il fut comme Charlemagne un grand conquérant, un rassembleur de peuples différents et un bâtisseur d'empire.

Les traditions orales lui attribuent une origine et des pouvoirs magiques. Mais les sources attestent ses victoires militaires qui lui permirent de se proclamer empereur en 1234. Considéré comme le souverain le plus illustre de toute l'Afrique précoloniale, il régna sur un empire admirablement gouverné qu'il prit soin de diviser en provinces à la tête desquelles il plaça des hommes sûrs, généralement ses parents et amis proches. Ces chefs de province, les « farba », jouaient le même rôle que les intendants du roi de France dans l'Ancien Régime. Ils levaient les impôts, assuraient la police, recrutaient des soldats pour l'armée... Grâce à une armée redoutable, Soundiata devint le maître incontesté du Soudan. L'empire du Mali, en remplaçant l'empire du Ghana dans les échanges avec l'Afrique du Nord, devint le point de convergence des caravanes. L'exploitation d'immenses mines d'or contribua à la puissance de l'empire et à la gloire de l'empereur. A la mort de l'empereur en 1255, les successeurs de Soundiata héritèrent d'un empire unifié, pacifié et prospère.

Un de ses successeurs, Kankan Moussa, qui régna de 1312 à 1337 fit un pèlerinage mémorable à La Mecque. Cet événement contribua sans aucun doute à rehausser le renom de l'empire du Mali parmi tant d'autres royaumes africains du Moyen Age pour deux raisons. D'abord parce que ce roi fut le premier souverain noir à faire le pèlerinage au lieu saint de l'islam. La deuxième raison fut sa magnificence et l'éblouissement qu'il produisit dans tous les pays traversés du Caire à La Mecque. En effet selon des sources arabes, il s'était fait accompagner de plusieurs milliers de serviteurs, 60 000 disent certaines sources comme le Tarikh es-Soudan. Ces serviteurs transportaient près de deux millions de tonnes d'or dont il fit présent à ses hôtes arabes. Ces largesses eurent des conséquences immédiates sur le cours de l'or qui s'effondra pendant plusieurs années. Mais surtout elles eurent des échos dans tout l'Orient et aussi en Europe. L'empire du Mali et à travers lui tout le Soudan fut considéré comme le lieu du monde le plus riche en or. Un proverbe dit alors que : « Le Soudan guérit de la pauvreté connue le goudron de la gale. » A l'époque, le roi du Mali fut représenté sur « l'Atlas catalan » du roi de France Charles V, tenant une pépite d'or à la main. C'est ainsi que l'imaginaient les dessinateurs de cet Atlas.

 

bouton 007LUC : L'empire du Mali était donc musulman puisque son roi est allé faire le pèlerinage de La Mecque.

 

bouton 007TELLI : A la différence de l'empire du Ghana dont les souverains étaient animistes, une partie non négligeable de la population du Mali se convertit à l'islam. Mais il n'y eut jamais de la part du souverain d'obligation faite à ses sujets d'embrasser cette religion.

 

bouton 007LUC : Que devint ce grand empire du Mali ?

 

bouton 007TELLI : Sans doute fut-il aussi victime de sa légende. Mais plus concrètement, la succession du roi Kankan Moussa fut difficile. Des querelles de palais entraînèrent la dislocation de l'empire et le mirent à la merci d'un rival jadis vassal du Mali. Tout comme après Charlemagne et la mort de son fils Louis le Pieux en 840, lorsque des querelles entre les trois fils de ce dernier aboutirent à la dislocation de l'empire carolingien et à son partage par le traité de Verdun en 843. Ce traité ouvrit la voie à une vague d'invasions : celle des Vikings d'abord, des musulmans ensuite puis des Hongrois. Les Carolingiens ne parvenant pas à défendre leurs peuples contre ces envahisseurs, les anciens gouverneurs des provinces, les comtes, puis les grands propriétaires en profitèrent pour s'emparer des pouvoirs du roi sur les territoires dont ils avaient la charge. L'empire du Mali connut le même sort. En 1345 sa capitale fut occupée puis ses principales villes les plus riches dont Djenné et Tombouctou par les princes de Gao, un petit royaume vassal du Mali. Le plus illustre d'entre eux, Sonni Ali, surnommé Ali Ber c'est-à-dire Ali le Grand (régnant de 1464 à 1492) bâtit sur les ruines du Mali un immense empire très riche et bien administré qui prit le nom d'empire de Gao (ou empire Sonraï ou Songhay).

 

bouton 007LUC : L'empire de Gao était-il musulman ?

 

bouton 007TELLI : Son fondateur Ali Ber ne fit pas preuve d'une grande ferveur à l'égard de l'islam. Au contraire, bien que se disant musulman, il persécuta les chefs religieux dans toutes les grandes villes de son État et fit fermer leurs écoles coraniques.

A l'inverse, son successeur, Askya Mohammed, un de ses lieutenants, fut un fervent musulman qui fit le pèlerinage de La Mecque.

Précisément ce voyage en Arabie réveilla les souvenirs des fastes de celui de l'empereur du Mali et aussi des convoitises, notamment celles du royaume du Maroc en particulier qui l'attaqua et le vainquit définitivement en 1591.

 

bouton 007LUC : Mais le royaume du Maroc n'était-il pas musulman ?

 

bouton 007TELLI : Il l'était.

 

bouton 007LUC : Alors pourquoi s'attaque-t-il à un autre royaume musulman ?

 

bouton 007TELLI : La religion n'était pas le motif premier dans cette attaque. Les raisons étaient matérielles. Le Maroc acceptait mal la domination du juteux commerce transsaharien par les empereurs de Gao au moment où lui-même était confronté à de graves difficultés financières.

En effet, après la reconquête menée par les rois catholiques d'Espagne (expulsion des Arabes du pays), puis l'occupation de l'Algérie par les Turcs, le royaume du Maroc connut de grosses difficultés de trésorerie. La solution imaginée pour résoudre ces difficultés financières fut la conquête de Gao qui permit la mainmise marocaine à la fois sur les ressources du commerce et sur les nombreuses mines d'or du Soudan.

 

bouton 007LUC : Le Maroc a annexé le Soudan ?

 

bouton 007TELLI : Non. La conquête de l'empire Sonraï eut de terribles conséquences pour tout le Soudan et toute l'Afrique de l'Ouest. Le roi du Maroc fut incapable de gouverner la région. Les gouverneurs nommés à la tête des provinces étaient indociles et se disputèrent le pouvoir. Les Touaregs, ces « rois du désert », pillèrent les villes et vinrent à bout des représentants du lointain pouvoir central au Maroc. Ce fut l'anarchie et le déclin. La sécurité et la paix que les puissants empereurs successifs de Ghana, du Mali et de Gao avaient su faire régner dans tout le Soudan disparurent. Les pillages des nomades du désert dépeuplèrent les villes marchandes et ruinèrent la région. Le Soudan ne s'en remettra jamais.

Avec la fin de Gao commençait une ère sombre pour l'Afrique de l'Ouest, voire pour l'Afrique toute entière.

 

bouton 007LUC : Il n'y aura plus d'empire africain ?

 

bouton 007TELLI : Quoique moins souvent cités, d'autres royaumes existèrent et brillèrent de mille éclats dans les domaines politique, économique, artistique, culturel.

Les royaumes Mossi (dans l'espace du Burkina Faso actuel), constituèrent un ensemble d'États bien organisés. Ces États résistèrent longtemps à l'islam et s'opposèrent à la traite esclavagiste. A l'est (Nigeria actuel), les États Haoussa développèrent une civilisation originale. Le royaume du Bénin, dans le delta du Niger (actuel Nigeria), connut une brillante civilisation décrite par les Portugais qui avaient abordé le pays dès 1486. Ils se déclarèrent émerveillés par la beauté des cités, « la bonne organisation » ainsi que « l'habileté des artisans, sculpteurs et fondeurs ».

En Afrique équatoriale, les royaumes bantous, par leur organisation et leurs cultures, avaient fait l'admiration des voyageurs européens, surtout portugais. Le royaume du Congo est sans doute le mieux connu des États de cette région grâce aux récits des Portugais. C'est, de l'Afrique centrale, l'ensemble politique le mieux connu en raison de son contact précoce avec les Portugais mais aussi de son organisation et de ses cultures. Ses rois se convertirent au christianisme au contact des Portugais. Il fut l'un des royaumes africains les plus célèbres du XVe à la fin du XVIIe siècle. Ses souverains, à commencer par Alfonso 1er (1505-1543) qui traitaient d'égal à égal avec le roi du Portugal, contribuèrent à faire connaître leur royaume par le contenu d'une correspondance soutenue avec le roi portugais.

D'autres royaumes dans cette partie de l'Afrique sont nés de l'affaiblissement du royaume du Congo comme jadis, en Afrique de l'Ouest, les royaumes qui ont succédé au royaume de Ghana après l'affaiblissement et le pillage de ce dernier. C'est le cas des royaumes du Loango (situés en bordure de l'océan Atlantique, correspondant approximativement à l'actuel Congo Brazzaville), puis du royaume d'Angola (situé à peu près dans l'espace de l'actuel Angola). On peut également citer plus à l'est du continent, le royaume d'Éthiopie, l'un des plus anciens et des plus célèbres royaumes africains, et les royaumes malgaches. Il en existait encore beaucoup d'autres mais on ne peut les citer tous avec leur organisation, leur société, leur culture. Tous ces royaumes vécurent et développèrent leur splendeur entre le IXe et le XVIe siècle.

 

Pendant cette même période se développèrent sur toutes les côtes Est de l'Afrique des rapports étroits avec l'Orient par l'Océan Indien. La mer Rouge et l'Océan Indien constituèrent les axes d'échanges importants entre l'Afrique et le monde arabe (de l'Éthiopie à l'actuelle Tanzanie). Depuis l'Antiquité, la mer Rouge fut ce lien entre l'Orient et l'Afrique. Du IXe au XVe siècle cette côte orientale de l'Afrique devint un carrefour où se développa une civilisation originale faite d'influences diverses : arabes musulmanes, malaises, indiennes, chinoises... autour de cités marchandes florissantes et actives — Paté, Malindi, Kiloa, Sofala... L'influence arabe y demeura prépondérante et la population était à majorité islamisée. Mais les échanges fructueux avec l'Inde et la Chine furent brutalement interrompus au XVIe siècle avec l'arrivée des Portugais dans la région. Leur tentative de se rendre en Inde en contournant l'Afrique les mit en contact avec la côte orientale de ce continent dont ils prirent le contrôle en dominant l'Océan Indien. Les brillantes cités marchandes furent détruites sous les coups des Portugais désireux de s'assurer le monopole du commerce entre l'Afrique et l'Orient.

Tidiane Diakité,

L’Afrique expliquée. Réponses aux questions des jeunes,

Cultures Croisées

Afrique 7e

 

Les Etats africains du 7e au 16e siècle

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commentaires

Cameron 01/12/2019 11:54

En réponse à Mazarin.
Votre remarque est paradoxale.Vous accusez les colonisateurs d'avoir divisé l'Afrique et vous voudriez qu'une fois de plus les ex-colonisateurs interviennent.
C'est le rôle des Africains eux-mêmes de mettre fin à cette situation, s'ils le jugent opportun.
L'Allemagne ne l'a-t-elle pas fait en 1989 ?
Elle n'a pas attendu que les pays qui l'ont divisée après la guerre de 1945 le fassent.
Il doit en être de même pour les pays africains : qu'ils prennent leur destin en main et cessent de toujours demander aux Européens ou autres pays étrangers de tout faire à leur place.

08/12/2019 15:59

Point de vue très intéressant ! Merci.

Mazarin 28/11/2019 20:32

Salut nous sommes aujourd'hui au 21ème siècle j'aimerais savoir pourquoi l'Europe(les colonisateurs) ne veulent t'ils pas remettre les vrais frontières comme ils étaient avant leurs arrivées car c'est eux qu'ils l'ont diviser es toujours(diviser pour mieux régner) et l'Europe veulent montrer au monde l'unité européenne.

01/12/2019 10:46

Quelles frontières avant les Européens? Et pourquoi conserve-t-on les frontières actuelles? Cherchez les réponses dans l'histoire africaine. TD

Mouhamadou diop 18/10/2018 14:21

jai besoin du nom de l'auteur de cet article pour le souligner dans mon travail. merci

21/10/2018 09:29

Tous les articles de ce blog (hormis les commentaires) sont de Tidiane Diakité.

patrick kouame 31/03/2018 20:24

salut, j'ai, avec joie et bonheur pris connaissance de la richesse de l'histoire de l'Afrique au travers de ses écrits. je voudrais en premier lieu vous exprimez toute ma gratitude pour ce fabuleux travail de restitution de l'histoire voilée de l'Afrique. mais en deuzio qui est une proposition, dont je prie de voir ce rêve être une réalité; vous priez de travailler à un programme d'enseignement de l'histoire de l'Afrique en générale, depuis les primaires. pour permettre aux jeunes africains de connaitre l'histoire de leur continent, voir de leurs pays.
je pense pour ma part que cela sera le plus grand bien ou héritage restitué aux africains. car vous êtes sans ignorer que tous développement, se repose sur un socle. et le socle de tout développement, c'est l'histoire. l'histoire nous donne de connaitre notre identité. "L’ÂME D'UN PEUPLE OU D'UN CONTINENT SE VOIT AU TRAVERS DE SON HISTOIRE"
merci à vous

01/04/2018 11:16

Je suis content de constater que mon article vous a intéressé. Je suis en parfait accord avec vous sur la nécessité de connaître son passé (surtout africain), pour pouvoir avancer. Je prends note de votre intéressante proposition.
Cordialement. TD

camara 18/09/2017 22:29

bonsoir , je me mets de vous ecrire , je suis une jeune etudiante en L1 bambara , aujourd'hui nous avons etudié les royaumes littoraux de la senegambie au 8eme siecle , un peu perdu j'ai redigé mon cours du mieux possible , a propos des dissertations je pars un pied dans le platre etant du filière professionnel j'apprehende car j'en n'ai jamais fait

23/09/2017 09:20

Je ne comprends pas le sens de votre message. TD

Calypso 28/03/2017 18:22

Bonjour, ce texte est très impressionnant car il m'a fallu pas mal de recherches avant de trouver une source aussi riche portant sur l'Afrique noire avant l'époque précoloniale! Sauriez-vous aussi me dire si le Rwanda et le Burundi ont connu un empire avant l'arrivé des colons?

03/04/2017 10:28

Bonjour, le Rwanda et le Burundi sont souvent associés par les historiens car il a existé un empire ancien qui réunissait tous les peuples de la région. Voir
1.Scherer J H , Les anciens royaumes de la zone interlacustre.
2.Kagamé A., Le Code des Institutions politiques du Rwanda précolonial.
3.Kagamé A., La généalogie dynastique et l'histoire du Rwanda.
Pour une vue plus générale, voir Hubert Deschamps, L'histoire générale de l'Afrique noire. TD.

03/04/2017 10:25

Bonjour, le Rwanda et le Burundi sont souvent associés par les historiens car il a existé un empire ancien qui réunissait tous les peuples de la région. Voir
1.Scherer J H , Les anciens royaumes de la zone interlacustre.
2.Kagamé A., Le Code des Institutions politiques du Rwanda précolonial.
3.Kagamé A., La généalogie dynastique et l'histoire du Rwanda.
Pour une vue plus générale, voir Hubert Deschamps, L'histoire générale de l'Afrique noire.

Kamdoum 26/03/2017 00:01

S'il vous plaît j'aimerais savoir en vu de la spécificité observé que ce soit sur le plan politique, économique que social, j'aimerais savoir quel a été le véritable problème, qu'à observé l'Afrique noire, sur ces 3 plans

26/03/2017 10:19

L'article présente l'Afrique avant les Européens, dresse un tableau de la société, de l'organisation politique , économique et sociale, tableau différent de celui d'aujourd'hui. On ne peut pas les comparer sans risquer un anachronisme. Mais peut-être pourriez-vous approfondir et préciser votre question. TD

zeina 05/01/2017 19:01

j adore cette histoire

08/01/2017 10:16

J'en suis heureux. Bonne lecture du blog.Amitiés. TD

zaid 16/10/2016 17:43

quelle est la situation économique, politique et socioculturel de l'Afrique du nord sous la période de l'Empire ottoman

23/10/2016 10:15

Il faudrait un autre espace pour développer ce sujet. Je peux vous fournir quelques éléments de bibliographie si vous le souhaitez. TD

Freddy 10/10/2016 22:10

quel sont les preuve de l existence de l histoire africaine avant la colonisation

16/10/2016 10:42

En réponse à votre question, je vous invite à retrouver les articles anciens déjà publiés sur le même thème sur ce blog.
-l'Afrique avant les Européens
-les grands empires ouest-africain du 7e au 16e siècle
-l'empire de Ghana
-l'empire du Mali
-l'empire Songhai ou empire de Gao
-Comment écrit-on l'histoire ancienne de l'Afrique avant la colonisation? TD