Partager l'article ! L'AFRICAIN ET L'HISTOIRE: Dans ou hors de l’Histoire ? Lors de rencontres ou de conférences, il ...


Le Blog de
Tidiane DIAKITE
Dans
ou hors de l’Histoire ?
Lors de rencontres ou de conférences, il m’a souvent été posé cette question : Que pensez-vous de cette phrase du président Sarkozy :
« L’homme africain n’est pas assez
entré dans l’histoire ? ».
Tout d’abord, je pense qu’il est difficile de comprendre le sens précis de cette phrase. Que peut-elle signifier ?
A défaut d’un éclairage de l’auteur, le sens que je lui donne, c’est que l’Africain, depuis plus de cinq siècles, a perdu la maîtrise de son destin (je l’ai souvent dit et écrit moi-même et je persiste à le penser).
Si tel est bien le sens de cette phrase, les questions qui s’imposent immédiatement — étant entendu qu’il y a plus de cinq siècles, l’Africain était dans l’Histoire — sont les suivantes :
- Qui a poussé l’Africain hors de
l’Histoire ?
- Comment ?
Pour moi, la question n’est pas de savoir si l’Africain est entré dans l’Histoire ou en est sorti, mais de quelle histoire : l’histoire des vainqueurs ou celle des vaincus ?
A partir du XVIe siècle, le cours de l’histoire africaine change brutalement de direction. Cela se traduit pour les Africains par une perte progressive de la maîtrise de leur destin sur les plans politique, économique, culturel et identitaire. Les XVIIè et XVIIIe siècles firent vivre à l’Afrique noire les périodes les plus sombres de son histoire. Les causes de ce changement de cap historique sont la traite des Noirs (atlantique et orientale) et la décadence matérielle et humaine qu’elle induit, laquelle favorise l’occupation et la domination du continent, bref, la perte de la maîtrise de son destin.
Les XVIIe et XVIIIe siècles apparaissent alors comme une période particulière de l'histoire de l'Afrique noire, un moment entre "l'Afrique africaine" des XIe, XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles et "l'Afrique européenne" des XIXe et XXe siècles, c'est-à-dire l'Afrique coloniale. Nous sommes déjà loin de l'ère des grands empires de l'Afrique de l'Ouest : l'empire de Ghana des Xe et XIe siècles, l'empire du Mali du XIe au XVe siècle, l'empire Sonraï (ou Songhay) du XIIIe au XVIe siècle, mais aussi les royaumes Haoussa et la "civilisation" du Bénin…
A leur effritement, puis à leur disparition politique, le sable a recouvert les routes transsahariennes, celles des caravanes et du commerce ; des villes, jadis célèbres, comme Gao, Tombouctou, Djenné, Kano ne vivent plus que par leur nom et l'écho de la splendeur du passé. Désormais l'Afrique est tournée vers l'océan que sillonnent les vaisseaux européens chargés de pacotille et de chaînes, qui s'efforcent d'ouvrir les nouvelles voies d'un trafic nouveau. Et l'histoire de l'Afrique noire se confond de plus en plus avec celle de la traite atlantique. Ce n'est pas encore l'avènement de l'Afrique européenne, celle des colonies qui naîtra des assises de la conférence de Berlin en 1885. L'Afrique noire plonge lentement dans les abîmes profonds et sombres de l'histoire. Avec l'inexorable déclin de sa population, s'amorce celui de sa civilisation.
Les colonisateurs européens s’évertuèrent à enseigner aux Africains qu’ils n’ont ni histoire, ni civilisation, ni cultures dignes de ce nom, tentant ainsi de mettre l’Africain hors de l’Histoire.
Aujourd’hui, il appartient à ce dernier de sortir du déni de son histoire, de réhabiliter ses valeurs et renouer ainsi avec le fil de son histoire.
Que seraient aujourd’hui l’Afrique et les Africains sans cette rupture du cours de leur histoire ?
Autre question, autre débat.
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