Lundi 2 novembre 2009 1 02 /11 /2009 14:04

DES AFRICAINS A VERSAILLES

         
Les relations entre Français et Africains restent à écrire, pour l'essentiel, au-delà des rapports de nature strictement politique ou marchande.
          Il existe tout un pan ignoré, en tout cas fort peu abordé (rapports d'avant colonisation notamment). Ce "pan caché" gagnerait cependant à être davantage exploré et mis en lumière pour permettre une lecture plus conforme aux réalités des relations multiséculaires entre deux peuples à la fois si éloignés et si proches l'un de l'autre.
          Les contacts furent nombreux et de qualité entre les rois de France et les Africains. Ce sont ces rois de France qui frayèrent le chemin. Si Louis XIV n'innonve pas en ce domaine (Zaga-Christ, fils supposé du Négus d'Ethiopie, s'était rendu en France et fut reçu à la cour du roi), il fut incontestablement celui qui laissa le plus de témoignages et qui manifesta le plus grand intérêt au continent. Ce qui peut paraître contradictoire, avec la promulgation du "Code noir" par le roi en 1685 (1), pour un homme d'aujourd'hui mais qui était un progrès pour l'époque.
          Il est incontestable que le règne du Roi-Soleil enregistra le plus grand nombre de visiteurs africains parmi lesquels deux sont éminemment représentatifs parce que les mieux connus : Matéo Lopez, ambassadeur du roi d'Ardres en 1670 et Aniaba, prince supposé.
          L'ambassadeur Matéo Lopez fut reçu avec faste et solennité, avec tous les honneurs dus à son rang, non seulement par Louis XIV en personne, mais aussi par la Reine, le Dauphin, le Duc d'Orléans, ainsi que par les Grands du royaume. Il fut très fortement impressionné et par cette réception, et par les "merveilles de France", au point d'affirmer "qu'il ne fallait rien voir sous l'univers après avoir vu la France". Il fut honoré par le Roi qui manifesta à travers lui mille égards pour le souverain d'Ardres. Ce dernier avait fait présent à Louis XIV de deux javelines remises par son ambassadeur. Le présent que Louis XIV fit en retour au roi d'Ardres par le même émissaire, témoigne par sa valeur de l'importance qu'il accordait à ses relations avec ce roi : un riche fauteuil, le portrait encadré de Louis XIV, deux grands miroirs encadrés, huit tapisseries de Beauvais, différentes étoffes précieuses et brocarts.



          Quant à Aniaba, il fut sans aucun doute la personalité africaine la mieux reçue à la cour de Louis XIV (si l'on en croit les archives) et dont le souvenir est resté le plus vivace, à la fois comme symbole des rapports entre la France et l'Afrique, mais aussi de l'intérêt du roi pour ce continent, ainsi que du respect qu'il avait pour ses souverains. Arrivé à la cour de Louis XIV en 1688, les Français le traitèrent en prince, et comme tel, il fut baptisé en 1692, en grande pompe à Notre-Dame où il fut accompagné par Bossuet, précepteur du Dauphin.
          Louis XIV assista à la cérémonie en tant que parrain, et à cette occasion, lui donna son nom : Aniaba devint alors Louis Aniaba par la grâce du roi de France. Il servit ensuite dans l'armée du roi. Lous XIV le nomma capitaine dans la cavalerie française.
           En 1700 il résolut de retourner dans son pays d'où il établit une correspondance régulière avec le roi de France, son parrain, jusqu'à la mort de ce dernier.
           Mais la cour des rois de France ne recevait pas que des ambassadeurs ou des princes africains. Elle comprenait également parmi ses serviteurs, des domestiques noirs. Sous Louis XIV, plus précisément vers la fin du 17e siècle naissait en France la mode de la domesticité noire et surtout à partir du moment où de "nouveaux riches" des Antilles commencèrent à revenir s'établir en métropole. Les Noirs domestiques en France provenaient soit directement d'Afrique, soit des Antilles (mode plus ancienne au Portugal, en Espagne et en Italie où elle date du 16e siècle environ).

(1) En effet, il nous paraît étrange aujourd'hui que cette ordonnance (dont un certain nombre des dispostions étaient visiblement inspirées par l'Eglise) ait été considérée à l'époque comme apportant des progrès sensibles au sort de l'esclave en donnant notemment une existence légale et en limitant le pouvoir tout puissant de son maître. C'était la lecture qu'en faisait Louis XIV lui-même. De fait, le Code noir ne semble apporter aucun progrès par rapport aux pratiques habituelles les plus barbares qui puissent être imaginées. Il aura simplement conféré à l'esclave un statut intermédiaire entre les biens meubles et les hommes libres. 

- Publié dans : HISTOIRE
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