Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Recherche

12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 16:07
LE MALI A REBOURS DE L'HISTOIRE ?

       Le nouveau code de la famille du Mali, voté par les députés le 13 août 2009, semble mettre tout le pays en émoi.
       Ce nouveau code, remplaçant celui en vigueur depuis 1962, accorde davantage de droits aux femmes :
       - L'âge légal du mariage des filles est relevé à 18 ans au lieu de 12 ans.
       -La "puissance paternelle" est remplacée par "l'autorité parentale".
       -"Les époux se doivent mutuellement fidélité, protection, secours et assistance".
       - Le mariage civil prime sur le mariage religieux
       ...
       Ce nouveau code supprime notamment un article de l'ancien code stipulant que "la femme doit obéissance et soumission à l'homme".

         Apparamment bien des Maliens, surtout des Maliennes rejettent non seulement ce texte en bloc mais surtout certains articles tels ceux concernant l'égalité homme/femme ou la notion même de "droits des femmes". Et pourtant, ce texte évite les questions fondamentales jugées tabou au Mali comme l'excision, la polygamie ou le lévirat.
       Deux catégories  de Maliens semblent particulièrement opposées à ce texte : les chefs religieux et les femmes.
       Certains ont demandé la dissolution de l'Assemblée nationale, d'autres ont menacé de mettre le feu à cette même Assemblée. Une violence, une virulence étonnante dans un pays qui se veut de droit.

Un florilège parmi les plus significatifs :

       -"Ce nouveau code est une trahison des fondements de la société malienne". (un homme)

       - "Dans un pays musulman comme le nôtre, 90% sont musulmans, le mariage ne doit pas être laïc mais plutôt religieux". (un professeur, un intellectuel)

       - " Le gouvernement n'a rien à voir dans nos foyers. Le nouveau code va remettre en cause les valeurs traditionnelles familiales qui fonctionnaient très bien jusqu'ici". (un employé de banque catholique)

       - "Le code va à l'encontre des principes religieux. Il n'y a pas un texte qui mette plus à l'aise les femmes que le Coran". (la présidente d'une association de femmes maliennes)

       - "Les femmes du Mali sont respectées par la coutume et la religion. Je vous invite à rejeter la culture étrangère, c'est-à-dire la culture européenne". (une femme)

       - "Il est normal de marier les filles à 12 et 13 ans, à cet âge, elles savent déjà beaucoup de choses. Cela c'est toujours fait au Mali". (une autre présidente d'association de femmes)

       - "Il ne peut pas y avoir deux chefs dans un même foyer. L'homme est le chef et la femme obéit d'après les traditions et Dieu". (une femme)

      - "La femme reste femme, l'homme reste homme. La civilisation occidentale est un péché". (une femme)
...

       Le Mali est-il un Etat théocratique ?
       Le Mali est-il une République islamique ?
       L'islam est-il religion d'Etat au Mali ?
       N'y a-t-il que des Musulmans au Mali ?
       Et les 10% qui ne sont pas musulmans ?
       Qu'est-ce que la laïcité au Mali ?


       Le Mali court un danger mortel si le caractère laïc de l'Etat n'est pas affirmé avec vigueur et rigueur.
     Le pire serait d'entretenir plus longtemps l'ambiguïté ou la confusion entre laïcité et théocratie. Une clarification s'impose afin de fixer avec précision la ligne de séparation entre les deux sphères : Etat public et religion.

Par ailleurs

       - Aucune tradition n'est immuable. Et de quelles traditions s'agit-il ? Il est des traditions qui élèvent la personne humaine dans sa dignité et d'autres qui la dégradent, la ravalent au rang d'esclave, voire d'animal. De quelles traditions parle-t-on ?
       - Aucune tradition n'est figée, indifférente à l'évolution de l'humanité, du progrès de la science et des techniques. Si  les traditions ancestrales étaient restées les mêmes, nous serions encore des Homo érectus.

De quelle identité malienne s'agit-il ?

       Chaque nation a son identité. Mais aucune identité n'est figée. C'est l'histoire et l'évolution qui font l'identité des peuples et des nations. Il s'agit de marcher dans le sens de l'évolution naturelle, c'est-à-dire dans le sens de l'histoire. C'est une logique implacable à laquelle aucune civilisation, aucun peuple, aucune nation n'échappe. Il faut donc réfléchir à l'identité malienne d'aujourd'hui.

Qu'est-ce que l'identité malienne aujourd'hui ?

           Est-ce la même qu'avant la pénétration de l'islam au Soudan sahélien du 9e au 15e siècle ? Ou celle du temps du royaume Bambara (Bamana) de Ségou dont les rois animistes ont farouchement combattu l'islam imposé par El Hadj Omar venu du Fouta Toro (Sénégal) au 19e siècle ? L'islam est une religion importée en Afrique comme le christianisme.
          L'identité malienne aujourd'hui ne doit-elle pas un peu ou beaucoup à chacune de ces phases de son histoire ? Ou l'identité malienne est-elle strictement la même que celle du temps de Soundiata Kéita et ses contomporains, tous animistes. Est-elle plus riche ou plus pauvre aujourd'hui ?
       Tout ce qui a changé depuis Soudiata Kéita au 13e siècle jusqu'au 21e siècle influe naturellement sur l'identité et les valeurs du Mali actuel. Les Maliens en sont-ils conscients ?

       Ainsi les Français d'aujourd'hui qui n'ont plus la même identité ni les mêmes valeurs que les Gaulois des 1er et 2e siècles avant Jésus Christ, seraient-ils parmi les premières nations du monde sans tous ces apports successifs et les évolutions des traditions "ancestrales"?
Il en est de même pour l'Espagne des Ibères, celle des rois catholiques (15e siècle), de Franco ou d'aujourd'hui.
        Il en est de même pour la Chine des Ming, des Qing ou celle de Mao.
       On pourrait dire la même chose de tous les pays modernes d'aujourd'hui.
       L'Occident n'a strictement rien à y voir, l'Europe non plus : c'est une évolution naturelle de l'humanité.

Le Mali serait-il le seul pays au monde à stagner ?

        Concernant ce nouveau code de la famille, certains arguments avancés, pour justifier le renvoi du texte devant les députés, sont difficilement compréhensibles. D'aucuns pensent que le gouvernement a eu tort de parler de loi. "Le problème vient du fait que la question du code de la famille a été uniquement posée en terme de loi, alors même qu'on est dans un pays de dialogue et de négociation".
       La loi serait-elle incompatible avec le dialogue et la concertation ?
       Les Maliens seraient-ils le seul peuple du monde pour qui le mot "loi" serait banni, à éviter ? Les Maliens seraient-ils le seul peuple qui ne serait pas éduqué dans le sens et la compréhension de la loi ?

       D'autre part, en quoi les valeurs anciennes et fondamentales du Mali : courage, sens de la famille, entraide et solidarité, sens de l'honneur et de l'hospitalité, seraient-elles menacées par ce nouveau code de la famillel ?
       Le Mali peut-il vivre en vase clos, en marge du monde et de l'histoire ? Peut-il faire fi des valeurs et des conventions universelles qui créent une solidarité entre les peuples de la planète et participent de la Civilisation universelle ?

       Le Mali serait-il ce cas unique dans l'histoire où des femmes refusent leurs droits légitimes : ceux que la loi leur accorde, généreusement, sans lutte, ni sang versé ?  En revanche, il s'est vu dans l'histoire des esclaves qui refusent la liberté qu'on leur accorde, préférant la servitude perpétuelle. Mais ce sont des esclaves.






 

Partager cet article

Repost0

commentaires

St-Ralph 14/09/2009 20:22

Bravo pour cette analyse des réactions suscitées par le nouveau code la famille au Mali. Je vais droit au but en disant que presque tous les pays majoritairement musulmans ont beaucoup de mal a séparer l'Eglise et l'Etat. Même le rationnel semble devoir être subordonnée au relligieux. Tes questions sont excellentes pour permettre une sérieuse réflexion au sein des groupes opposés à ce nouveau code ; si toutefois ceux-ci veulent prendre le temps de la lecture, de l'écoute et de la réflexion. Dieu est mort ! C'est ce que l'Europe a fini par proclamer pour que l'évolution de la société ne se fasse pas seulement dans le giron de l'Eglise. Il est bon que dans toute société, de temps à autre des actes soient résolument posés afin de  lui donner du mouvement et susciter des aspirations nouvelles.En tout cas Bravo pour cet article ! 

16/09/2009 17:32



Merci pour la finesse de cette analyse. J'y adhère pleinement. Il faut en effet secouer les conservatismes, surtout en pays musulmans. En ce qui concerne l'Afrique, la tâche est immense. Il faut
en effet éviter de se voiler la face et oser affronter les oppositions à l'évolution.
L'incapacité pour ces pays africains musulmans à séparer la religion de l'Etat, est à coup sûr un frein supplémentaire au progrès. T.D.



Diane 14/09/2009 14:13

Il est surprenant que les femmes refusent ce nouveau droit de la famille...auraient elles peur de devoir assumer seule leur foyer, l'éducation de leurs enfants et surtout d etre abandonnée par leur mari.

16/09/2009 17:18



Merci pour votre commentaire tout à fait pertinent. De toute manière, quelles que soient leurs motivations, c'est une attitude étonnante et peu compréhensible. TD