

Le Blog de
Tidiane DIAKITE
LA CUISINE FRANÇAISE AU GOÛT
DES ROIS AFRICAINS
Le goût des Africains pour les produits français en général aux XVII et XVIIIe siècles trouve quelque
reflet dans l'art culinaire ; car les souverains et dignitaires africains étaient souvent invités à la table des directeurs de Compagnies ou de forts et de capitaines français sur la côte africaine. Ces contacts furent le biais par lequel vinrent l'habitude et le goût de la cuisine française. Cela est attesté par maints témoignages tel celui d'André Brüe (représentant de la France au Sénégal) qui relate
l'invitation à sa table du roi de Galam, Tonca Boucani (Sénégal) en juillet 1698. On y apprend que :
le repas comporta les mets ordinaires, plus l'eau-de-vie et du chocolat que le roi apprécia,
avouant qu'il n'en avait jamais goûté.
Le même André Brüe reçut à déjeuner la principale femme du Brak (un roi du Sénégal) le 10
avril 1715 :
On servit le déjeuner, c'est-à-dire de l'eau et du miel, des confitures et
des biscuits de France, de l'eau-de-vie et du vin.
Dans ce domaine comme dans bien d'autres, les rois et chefs ainsi que les grands marchands africains furent les premiers relais de la mode française parmi la population. Des Marchais (déjà cité) nous apprend ainsi que :
Les seigneurs et les marchands ont fait apprendre la manière de faire la cuisine à leurs esclaves chez les Européens et qu'il y en a qui se sont rendus très habiles et qui font une soupe, un ragoût, une fricassée aussi bien qu'en France. Et qu'en plus ceux qui ont de pareils officiers mangent comme les Européens et se font servir par leurs esclaves.
Des Marchais fait la même constatation au sujet du roi de Juda
(au Bénin actuel) lorsqu'il affirme :
Le palais du roi est bien distribué, on y voit des lits magnifiques, des
fauteuils, des canapés, des miroirs, en un mot tout ce qui peut orner une maison ... Le roi, les grands et les marchands riches ont des cuisiniers qu'ils ont fait instruire par ceux des Européens
et qui réussissent à merveille, de sorte que les Européens, à qui ils donnent à manger, ne trouvent aucune différence des tables de ces seigneurs nègres à celles des gens les plus délicats
d'Europe ... On leur porte des vins d'Espagne, de Canaries, de Madère, et des vins français. Ils aiment les liqueurs et l'eau-de-vie, et il leur faut la meilleure des confitures, du thé, du café
et du chocolat ; leurs tables, du moins quand ils donnent à manger, n'ont plus rien qui ressente la cuisine ancienne du pays.
Le plus remarquable est que Français et rois
africains s'invitent mutuellement à la table les uns des autres comme quelque chose de naturel. Bel exemple de mixité ! (Réserve de taille : la
présence d'esclaves chez les uns et les autres)
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