

Le Blog de
Tidiane DIAKITE
SUR LA COTE AFRICAINE, NOUVEAU
VISAGE SOCIAL
L'aspect social des rapports entre Français et Africains en Afrique aux XVIIe et XVIIIe siècles est un domaine riche mais non exploré par les historiens.
Deux siècles de contacts ininterrompus entre les Français et les peuples de la côte
ouest-africaine ne pouvaient manquer d'imprimer un cachet particulier à la vie de ces derniers. Cela se vérifie dans bien des compartiments de la vie sociale,
mais aussi dans l'aspect physique des populations. Une fois de plus le Sénégal s'offre comme le terrain privilégié de l'étude de cette "nouvelle société", bien que cela se vérifie sur toute la côte, mais à un degré moindre.
Cependant, la promiscuité, c'est d'abord celle des Français entre eux. Qu'ils soient issus de la
Noblesse, du Clergé, ou des rangs du Tiers État, qu'ils soient asociaux, instables, mauvais sujets renvoyés de la métropole vers le continent noir, face aux Africains, ils ne formaient
qu'une seule "classe", qu'un seul "ordre" : celui des Français. Cette nouvelle identité française se substituant à la traditionnelle hiérarchie des ordres (noblesse, clérgé, tiers état) caractéristique de la société d'Ancien Régime en France avant la Révolution de 1789.
Un tel brassage permet et favorise la pratique quotidienne et obligée de la langue française. Celle-ci prend alors le
dessus - chez les Français vivant en Afrique - sur le patois, le dialecte ou les "parlers" locaux ayant cours dans les différentes provinces aux
XVIIe et XVIIIe siècles malgré l'effort constant d'unification et de centralisation sous le règne de Louis XIV.
Le résultat en est naturellement une meilleure connaissance et un approfondissement du
français (surtout parmi les soldats) ; les ordres reçus de la métropole, qu'ils émanent du roi ou de la direction des
Compagnies étant rédigés en français, c'est-à-dire la langue de l'Ile de France, lus et commentés dans cette langue. Tout ceci contribue, au delà de la
langue, à une homogénéisation sociale et culturelle des Français d'Afrique.
Ainsi, nombre de ces employés et soldats qui avaient quitté le royaume de France : Gascons ou
Bretons se retrouvent "Français" en Afrique.
D'une certaine manière, à cet
égard, l'Afrique a favorisé l'unité des Français bien avant la Révolution de 1789.
Ce brassage des ressortissants de l'Hexagone au moyen du français devenu progressivement
langue unique des Français d'Afrique facilitera plus tard - lorsque la colonisation se sera imposée à tout le
continent (du moins la partie qui deviendra l'Afrique française) - la naissance de ce qui sera appelé la "société coloniale", en tous points différente de la
libre et naturelle "mixité" entre Français et Africains. C'est ce renforcement des liens, la cohésion des Français ainsi
profondément soudés qui facilitera leur domination sur la masse des autochtones. Cependant, la langue n'est pas seule responsable de cette cohésion, l'idéologie
coloniale alors à l'oeuvre, à partir de la fin du XIXe siècle, avec ses objectifs et ses pratiques, creusait désormais un fossé entre dominants et dominés, maîtres et
sujets.
Cette présence française
en Afrique ne fut pas non plus sans conséquences sur la société africaine en imprimant sa marque sur la vie quotidienne, principalement des rois, des
chefs et de leur entourage. (Ce que nous verrons prochainement)
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