Jeudi 21 mai 2009

LE REGNE DES SIGNARES


 


                  La longue proximité des Français et des Africains (du début du 17e siècle jusqu'à la fin du 19e car à compter de cette date, dès que s'installe la colonisation, naît une nouvelle société : la société coloniale avec ses barrières) eut un impact profond et durable en Afrique partout où s'étaient installés les Français. Mais la conséquence la plus immédiatement visible au Sénégal fut l'émergence d'une catégorie sociale nouvelle : celle des métis et surtout des signares (mot dérivé du portugais "senhora", c'est-à-dire une femme métisse née d'un Portugais et d'une Africaine dans tous les comptoirs portugais sur la côte d'Afrique depuis le 15e siècle. Avec le temps, au Sénégal notamment, le terme fini par désigner une femme, métisse ou noire, familiarisée avec la langue et les moeurs françaises qui se distingue ainsi du reste de la population féminine autochtone). 
          La règle édictée dès le 17e siècle par la direction des différentes compagnies françaises d'Afrique interdisant l'introduction de femmes métropolitaines ainsi que les règlements nombreux et drastiques qui interdisaient aux Français du Sénégal de fréquenter les femmes africaines n'eurent aucun effet. Les deux communautés commencèrent rapidement à se fréquenter, se mélanger, à se métisser. Les nombreuses unions libres et les mariages selon "la coutume du pays" entraînèrent un métissage fort répendu sur la côte.
           La présence française aboutit ainsi à une diversification ethnique et sociale, à la constitution d'une catégorie sociale nouvelle. Les mulâtres y jouent indéniablement un rôle prépondérant par leur nombre aussi bien que par leur poids économique et leurs relations (à l'aise entre les deux communautés : véritable trait-d'union entre la France et l'Afrique). 
          Les signares marquèrent profondément la société sénégalaise contemporaine et postérieure et furent à l'origine d'une littérature abondante depuis le 18e siècle qui mettait surtout en relief leur charme. Un directeur de la Compagnie, J.B. Durand les décrit ainsi : 

         
Elles sont belles, douces, tendres et fidèles. Il y a dans leur regard un certain air d'innocence et dans leur langage une timidité qui s'ajoute à leur charme. Elles ont un penchant invincible pour l'amour et la volupté...

          Maints documents évoquent  l'ascendant que ces femmes ont  de bonne heure pris sur les hommes, blancs ou noirs, en cette région d'Afrique, la pénurie de femmes, mais aussi leur beauté et leur charme 

      
 leur conférant une place exceptionnelle dans la société mixte de cette époque. Les mulâtresses et les jolies noires élues par les Français comme concubines, avaient tous les droits, étant entourées d'esclaves à leur service, ainsi que de biens de tout genre au détriement le plus souvent de la Compagnie et du commerce français... Tout leur était permis... 

          D'après un autre document ,

         
Ces signares possédaient de nombreuses cases en 1749 : dix propriétés sur treize leur appartenaient. Elles avaient aussi de nombreux esclaves que leur donnaient les Européens qui les entretenaient. Ainsi Caty Louette, signare du capitaine Aussenac avait 25 captifs et 43 captives de case, ce qui en faisait la femme la plus fortunée de Gorée. Bien plus, les signares commerçaient pour le compte de leurs "maris" et obtenaient à cet effet du directeur commandant les marchandises de France qu'on refusait aux employés d'un ordre inférieur. Elles avaient ration double ou triple, ou pour mieux dire, à souhait... Enfin toutes les choses nécessaires à la vie...

         
En marge de cette "francisation" de quelques Africains, il y eut également "africanisation" de quelques Français

          qui se sont adaptés au mode de vie des Africains, dont certains s'établirent à demeure au pays, oubliant à la longue et la Compagnie dont ils avaient dépendu, et la Métropole... par la naturalisation à la mode du pays qui en faisait "des fils de la terre" après certaines cérémonies magiques. Plusieurs de ces Français "négrifiés" furent à l'occasion des agents que la Compagnie des Indes tenta d'utiliser pour étendre sa sphère d'influence. (Archives Nationales)




         

     



   

Par Tidiane Diakite - Publié dans : HISTOIRE
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Commentaires

" Les signares à l'ombre des vérandas ". Ce passage d'un poème de Senghor ( Joal, je crois) m'a permis de construire dans mon imagination une image de femmes lascives et fières. Je n'étais donc pas très loin de la réalité. Je trouve dommage que l'on entretienne toujours chez les enseignants africains la méconnaissance de l'histoire de l'Afrique et des Noirs en général. Je me souviens que les enseignants savaient peu de choses sur ces fameuses signares. Les connaissances sur notre passé ne constituent-elles pas une matière suffisante pour être considérée comme l'histoire de l'Afrique ? Une Histoire partielle sans doute, mais qui mériterait d'être considérée comme la nôtre et non point la version européenne. 
    
Commentaire n°1 posté par St-Ralph le 23/05/2009 à 12h50

           Précisément dans l'article de ce jour, je signale ce fait : la méconnaissance d'un pan important de l'histoire africaine (non traité par les historiens européens) mais surtout par les enseignants africains. Ceci constitue un défi à relever.

Réponse de Tidiane Diakite le 30/05/2009 à 16h51
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