Vous pouvez
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http://raphael.afrikblog.com/archives/2009/01/08/12010375.html


Le Blog de
Tidiane DIAKITE
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L'image du Noir en France : mythes et fantasmes.
L'histoire des Africains noirs vivant en France au 17e siècle constitue un chapitre fort complexe dans les relations entre
Français et Africains. Une étude systématique de la vie de ces Africains fait appel à un certain nombre de notions et de
sciences annexes de l'histoire : psychologie, anthropologie, sociologie ...
Les premières images et le concept ont précédé les Africains en France. Ce concept, ainsi que
les croyances auxquelles il a donné naissance constituent un ensemble qui conditionne l'accueil réservé aux Africains en France au 17e siècle. Il convient de
distinguer trois étapes principales dans la constitution de cette image. L'image du Noir en France (en Europe en général) au 17e siècle est composite,
faite des trois apports successifs et intégrés :
- L'apport de l'Antiquité ou le legs gréco-romain.
- L'apport du Moyen Age, sous le sceau du christianisme, du 5e au début du 16e siècle.
- Enfin la période allant du 16e à la fin du 17e siècle, l'image du Noir étant alors
marquée à la fois par la Renaissance et surtout la traite (et l'esclavage des Noirs), qui atteint son apogée au 18e siècle.
1 - L'image héritée de l'Antiquité
Cette image
est assez complexe, sa nature et ses interprétations idéologiques devraient éviter tout dogmatisme et toute conclusion hâtive ou unilatérale. Qu'il s'agisse de la représention figurée ou
mentale, qui du reste se côtoient et s'imbriquent, l'image du Noir dans l'Antiquité comporte des aspects variés et nombre de nuances.
Les artistes de cette époque ont très souvent représenté le type anthropologique africain sous différentes
formes, parfois caricaturales, voire grotesques ou monstrueuses, ou valorisantes, comme le souligne I.
Sachs (dans L'Image du Noir dans l'art européen) : "dans l'Iliade nous apprenons que zeus va
festoyer chez les parfaits Ethiopiens" (c'est-à-dire les Noirs) ou "dans l'Odyssée, le dieu s'en alla chez les Nègres lointains, les Nègres répartis
au bout du genre humain, dans leur double domaine, les uns vers le couchant, les autres vers l'aurore." D'après Sachs
également "Hérodote situe chez les Ethiopiens lointains, les plus beaux et les plus robustes parmi les hommes qui vivent dans un pays de
Cocagne."
On peut ainsi énumérer longuement des traits physiques et moraux qui se chevauchent, tantôt favorables, tantôt
défavorables aux Noirs, dans l'Antiquité. La couleur noire était donc tantôt prisée, tantôt décriée, mais considérée par tous comme un simple accident
climatique (peau brûlée par le soleil). Pour Galien, médecin grec du 2e siècle après Jésus Christ, les deux traits caractéristiques fondamentaux du Noir sont
: la longueur démesurée du sexe et l'hilarité, forte propension au rire. Sur cette question de la place ou de l'image du Noir dans l'Antiquité, la synthèse faite par le savant américain,
spécialiste de l'Ethiopie dans l'Antiquité, F. M. Snowden Jr. fait autorité. Cette synthèse est ainsi
résumée par le professeur français M.J. Desanges (spécialiste de l'Antiquité gréco-romaine et aussi du thème du Noir dans l'Antiquité) :
"La constatation de portée générale à laquelle parvient F. M. Snowden Jr. au terme de son
enquête est l'absence tout à fait remarquable de préjugé racial à l'égard des Noirs dans l'Antiquité. La couleur passe pour un simple accident climatique qui ne suscite nullement le mépris. Il
n'y a pas de dépréciation morale ou esthétique des Noirs et le métissage ne pose guère de problème. Certes, les Noirs sont souvent esclaves, mais il existe en nombre beaucoup plus grand des
esclaves blancs à l'époque. D'autre part, beaucoup de Noirs sont des hommes libres et de valeur, des artistes, voire des philosophes, comme Memnon, disciple d'Hérodote, et beaucoup d'autres de
grande qualité intellectuelle et humaine. "
Après quelques réserves exprimées tendant à nuancer cette image particulièrement flateuse des rapports entre
Méditerranéens et Ethiopiens proposée par F. M. Snowden Jr., le professeur Desanges poursuit :
"Pourtant, insister outre mesure sur ces aspects déplaisants serait fausser les
perspectives, car l'Antiquité méditerranéenne a su dans l'ensemble dominer la tendance à assimiler le Noir à la mort et au monde infernal, si bien que le tableau composé avec talent et science
par F. M. Snowden Jr., même embelli, reste pour l'essentiel fidèle à la réalité. En fait, il semble que l'Antiquité a su se montrer au-dessus des aspects purement déplaisants concernant les
Noirs."
Cependant tout bascule au Moyen Age, qui ajoute une touche spéciale à
cette image du Noir dont l'essentiel consistera à établir un rapport, une correspondance entre l'aspect moral et l'aspect physique, précisément entre le
caractère, la conduite morale et la couleur de la peau.
2 - L'image héritée du Moyen Age
Le rôle de l'Eglise sera
déterminant dans l'élaboration de la nouvelle image du Noir. L'icônographie chrétienne du Moyen Age abonde en allusions aux Noirs et à l'Afrique. Ainsi à partir de la moitié du 13e siècle
dans la représentation traditionnelle des Rois Mages, figure un Noir. De même, on trouve quelques saints associés à l'Afrique, comme le patron
de Vérone, Saint-Zeus, ou l'eunuque éthiopien bâptisé Saint-Philippe, cette
introduction du Noir est particulièrement sensible à partir des 14 et 15e siècles, I. Sachs le constate ainsi :
"Mais voici donc qu'au commencement du 14e siècle s'opère un changement brusque. Dans de nombreux tableaux l'un
des Rois Mages devient un Nègre par suite d'une double opération intellectuelle. D'une part à Cologne surtout où le culte des Rois Mages est très vif, on fait du légendaire Prètre Jean, seigneur
d'un vaste royaume chrétien situé aux confins du monde, le descendant d'un de ces rois. De l'autre, à la suite des contacts, à Jérusalem, avec des religieux éthiopiens, certains pélerins
allemands se convainquirent qu'il faut identifier le Prêtre Jean avec le roi Négus. En même temps l'empire du Prêtre Jean se transfère d'Asie en Afrique et l'un des Rois Mages doit changer de
couleur et devenir un Noir. Certains textes de la seconde moitié du 14e siècle font des trois Rois Mages les seigneurs de trois Indes : l'Afrique Noire, la Perse, l'Arabie. Ainsi, comme l'a
remarqué fort justement Baudet, le Nègre a été canonisé dans la culture européenne avant même que le bon sauvage indien ait été découvert."
Pourtant, non sans résistance comme le dit Sachs,
il semble que l'image du Roi Mage noir ait été acceptée surtout en Europe septentrionale, où elle n'éveillait aucune association avec les réalités de la vie sociale et faisait figure, pour ainsi
dire, de symbole à l'état pur, à la frontière du merveilleux et du fantastique. La situation était toute différente en Italie qui était beaucoup plus en
contact avec des Noirs en chair et en os comme le précise Sachs en affirmant qu'on trouvait beaucoup de Noirs serviteurs dans ce pays. Il devenait donc ainsi
inadmissible pour la conscience chrétienne italienne, de faire de serviteurs noirs des saints et des Rois Mages. Sachs
l'exprime ainsi :
"Ainsi, le serviteur noir qui emporte le cercueil après la résurrection de Lazare, dans
la fresque de Giotto, à Assise, ne participe aucunement à cet événement capital. Il n'appartient pas à la communauté des hommes et des chrétiens. Tout au long du 15e siècle, dans les tableaux des
Vénitiens surtout, les serviteurs noirs apparaissent tout naturellement dans les scènes collectives."
Donc, les Italiens enlèvent saints et
Rois Mages noirs de leur icônographie chrétienne ; d'où l'aspect bivalent du rôle joué par l'Eglise dans l'élaboration de l'image du Noir en Europe. De
plus en plus, le Noir, surtout à la fin du Moyen Age, symbolise le mal, l'impureté et Satan. C'est pourquoi sur les rétables la représentation figurée du
péché était souvent symbolisée par des Noirs.
La religion rejoint alors le mythe populaire qui assimule le Noir à la nuit, au monde des ténèbres et
aux forces du mal. Il servira également à personnifier le diable dans la même tradition populaire.
3 - L'image forgée par la traite des Noirs et l'esclavage
A partir du 16e et jusqu'à la fin du 17e siècle, l'image du Noir ira se dégradant en Europe du fait de
l'intensification de la traite et de la présence d'esclaves noirs non seulement dans le nouveau monde mais dans toutes les villes d'Europe où ils exerçaient
des activités peu valorisantes (voir l'ouvrage : la traite des Noirs et ses acteurs africains, Berg International, Paris).
Au 17e siècle ces trois images de l'Antiquité, du Moyen Age, des 16e-17e siècles se mêlent dans les
esprits et dans les rapports avec les Noirs en Europe.
LES JEUNES AFRICAINS ONT-ILS DROIT A L'ENSEIGNEMENT
SUPERIEUR ?
Il ne s'agit pas ici des programmes de l'enseignement dans les colonies frainçaises ni de la finalité d'un tel enseignement (sujet passionnant mais très vaste sur lequel on peut revevir ultérieurement) mais de quelques acteurs de
l'école coloniale et de l'éternelle question "fallait-il ouvrir l'enseignement supérieur aux Africains ?"
Sur les principaux acteurs de l'école coloniale, nous empruntons ce qui suit à Jean Suret-Canale :
La plupart des instituteurs européens (dans les années 20-30), il faut le
dire, partageaient les conceptions coloniales de leur milieu ; celles-ci se trouvaient occasionnellement renforcées par les conditions de vie et de travail. Ainsi en Afrique Occidentale
Française, jusqu'à 1946 et en Afrique Equatoriale Française jusqu'à une époque plus tardive, la plupart des instituteurs exerçant en brousse occupaient les fonctions de "chef de secteur
scolaire", dirigeant l'école régionale, inspectant les écoles de villages du secteur et à ce titre déchargés de classe. Ils tendaient ainsi à devenir de petits chefs administratifs, plus
préoccupés de chasses et de réceptions que de problèmes scolaires. [...]
Mais ce tableau doit être nécessairement nuancé et Suret-Canale
n'y manque pas dans la suite de son propos :
Il y avait aussi des instituteurs métropolitains dont la compétence
professionnelle ne pouvait être mise en doute et ayant l'amour du métier ... Même marqués par l'empreinte coloniale ils ne pouvaient, de par leurs origines et leurs fonctions, partager
intégralement les conceptions régnant en milieu administratif (dans les colonies) ; ils croyaient à la "mission
civilisatrice" de la France ; ils croyaient à leur tâche d'éducateurs chargés de former des "Français Africains", et ces vues, en dépit de leurs aspects paternalistes, les conduisaient souvent à
aller dans leur enseignement au-delà des limites fixées par la prudence coloniale.
Quant à Albert Sarraut, Ministre des Colonies et
Président du Conseil, il fixa les règles auxquelles s'en tenir en matière d'enseignement supérieur dans les colonies. Il fit valoir d'emblée la nécessité
absolue d'écarter les autochtones de l'enseignement supérieur arguant ainsi :
Les hautes
spéculations sont un vin capiteux qui tourne facilement les têtes. Certains tempéraments n'offrent aucune résistance aux excitants ... L'enseignement supérieur suppose, avec une hérédité
préparatoire, un équilibre des facultés réceptives, un jugement dont seule une faible minorité de nos sujets et protégés sont encore capables1 ...
Heureusement pour les Africains, la fin de la
2e Guerre mondiale ouvrit une nouvelle période et une nouvelle vision de l'enseignement dans les colonies d'outre-mer.
1. A. Sarraut, Grandeur et Servitude des colonies,
Paris 1931.
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